La révolution sociale dans l'industrie
La politique sociale de la Révolution
Nous pouvions, dans les pages précédentes, constater que, par contraste avec la Révolution française de 1789, la Révolution russe après 1918 a apporté non un progrès, mais une décadence progressive à l’agriculture paysanne, ce qui a conduit à l'erreur des kolkhoses.
Le véritable salut de son agriculture consiste pour la Russie à élever la capacité de rendement de son industrie, qui seule peut fournir les moyens d’une culture plus intensive du sol.
Là est la racine du mal. Mais comment l’extirper?
Considérons les caractères particuliers de l’industrie en Russie soviétique.
La guerre mondiale n'a pas seulement amené la chute du tsarisme, mais celle aussi des trois grandes monarchies militaires de l'Europe occidentale. Dans tous ces pays, elle a fini par une révolution politique qui a porté les partis prolétariens au gouvernement de l'Etat. Par cette révolution, la classe des travailleurs salariés a bénéficié d'importantes améliorations dans son état d'existence: la journée de 8 heures, le commencement d'une démocratie dans l'usine par l'institution de Conseils d'exploitation, ainsi que l'assurance contre le chômage. Chacune de ces innovations a beaucoup favorisé les syndicats, et d'autre part a elle-même encore augmenté en partie la’ nécessité de syndicats forts si elles doivent recevoir leur pleine application.
Il y a bien des prolétaires, notamment parmi les communistes, à qui ces conquêtes paraissent trop peu de chose pour être comptées comme conquêtes révolutionnaires. Elles en sont pourtant, d'abord parce qu'elles ont été l’œuvre d’un boule-
versement politique, ensuite parce qu’elles n’ont pas été, comme d'ordinaires les réformes sociales, faites graduellement, pas à pas, mais d'un coup. Et si on les compare, non pas à l’image idéale de l'Etat futur auquel nous tendons, mais à l’état de choses antérieur, il est impossible qu'on déprécie l'importance de ces résultats de la révolution. Elles n’ont guère moins amé- Jioré la situation du salariat que ne l'a fait, par exemple, la suppression des entraves corporatives dans la Révolution française.
En Russie, la révolution a apporté aux ouvriers les mêmes conquêtes dont nous parlons ici. Si un bouleversement politique devait amener au gouvernail un parti qui voudrait faire perdre aux ouvriers ces fruits de la révolution, ce serait à coup sûr une contre-révolution et appeler à la combattre serait notre devoir. Mais, pour le moment, on ne voit là-bas personne qui travaillerait à rendre pire la situation des ouvriers, si ce n'est les gouvernants soviétiques. Eux, ils y travaillent depuis longtemps déjà.
Mais n'est-ce pas une calomnie de malintentionnés ? N'ontils pas remplacé la journée de huit heures par la journée de sept heures ? N'y a-t-il pas là un grand pas au delà de la mesure atteinte dans les pays capitalistes ?
C'en serait un, certes, si réellement à la place de la journée de huit heures celle de sept heures s’était établie. Mais cela n'est pas le moins du monde. Ce n'est pas « la journée» de sept heures qui a été introduite, c'est « l’équipe > de sept heures. Et c’est tout autre chose.
J'ai déjà indiqué Îles réserves à faire sur les sept heures de travail de nuit comme institution permanente. Mais dans l'innovation accomplie en Russie, ce n’est pas cela qui est le pire. On s'attendait généralement que chaque période de travail serait occupée par une équipe particulière. Là où antérieurement deux équipes travaillaient chacune huit heures, le nombre des ouvriers serait, à l'avenir, pour occuper la troisième période de sept heures, augmenté d’un tiers. En réalité, il n’est pas question de cela. Comment a-t-on fait ? Voici un seul exemple entre beaucoup, la filature et tissage de NaroFomin.
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