‹ Le bolchevisme dans l'impasseChapitre 13 sur 52 · VERS · texte numérisé non relu

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pour faire des employés de chemins de fer un bétail électoral au service du gouvernement, et surtout pour se procurer une noüveille source de revenus indépendante du Parlement, ce n'étaient pas le moins du monde des mesures socialistes, ni directes ni indirectes, ni Consciemment mi inconsciemment. (1) |

Seule la façon d'utiliser les exploitations d'Etat décide si l’étatisation est dans le sens du socialisme ou non. Celui-ci veut bien-être et liberté pour le peuple travailleur. Quand cette fin est favorisée par une étatisation, nous devons marcher pour. Une étatisation qui éloigne de ce but doit rencontrer notre opposition.

Maintenant, les mesures de socialisation en Russie soviétique étaient certes fondamentalement différentes de celles de Bismarck, et a priori socialistes en ce qu elles émanaient du prolétariat et étaient prises dans l'intention d'accroître son bienêtre et sa liberté. La seule question est de savoir si on y a réussi à réaliser cette intention et ce qui en est effectivement sorti.

La liberté ne manqua pas tout d’abord aux ouvriers dans les entreprises étatisées de la Russie. Lénine et ses hommes avaient crié aux ouvriers salariés : Emparez-vous des usines et des mines ! Exploitez-les à votre gré. Vous avez assez de cervelle en tête pour vous y entendre. Ce n’est pas si difficile!

Au fond, l’idée était du pur bakounisme. Le tantinet de marxisme qu'y amalgamait Lénine n’améliorait pas la chose. D'après la conception anarchiste, les fabriques devaient appartenir aux ouvriers qui y travaillaient. Cela, Lénine ne le voulait pas. Elles devaient être propriété de l'Etat, mais être librement gérées par les ouvriers. Autrement dit, on donnait aux ouvriers, en plus de la pleine liberté anarchiste, la perspective que l'Etat leur paierait leurs salaires. C'était encore plus beau que le régime d’anarchie, sous lequel il n’y avait pas d'Etat pour se préoccuper des salaires.

L'usine Poutilov recut pour une période déterminée 96 mi!:lions de roubles de subvention de l'Etat; 66 millions furent

(1) Note du ch. 2 de la Ille partie. Traduction de Bracke, à paraître dans les œuvres de Frédéric Engels (A. Costes, éditeur).

employés en salaire, la valeur totale de la production n’atteiemant pas la somme de 15 millions. (1)

Les ouvriers trouvèrent en effet que la tâche de faire marcher une usine était la chose la plus simple du monde. Les bolcheviks avaient mené leur propagande, pour la rendre vraiment populaire, d’une façon excessivement primitive et grossière, prêchant l'Evangile de la main calleuse de l'ouvrier, qui, dans l'élément arriéré de la classe ouvrière russe — et c'en était la grande majorité — trouvait un public au surplus très naturellement préparé. Non seulement les capitalistes, mais encore les employés furent considérés comme des « maïtres » gênants et des frelons superflus, et chassés, quand on ne les assomma pas sur l'heure.

La masse des ouvriers russes était dépourvue de tout savoir, mais aussi de toute discipline volontaire, indispensable si l'on veut qu’une grande exploitation continue à produire avec succès sans pression capitaliste. Le meilleur moyen d'inculquer aux masses ouvrières cette éducation et cette discipline, ce sont les syndicats, ordinairement supérieurs en cela aux partis socialistes, qui, la plupart du temps, ne réussissent pas au même degré à englober la grande majorité des ouvriers. Les syndicats n’ont pas seulement des tâches pour le présent. Des années de mouvement syndical intensif constituent aussi la condition indispensable pour l'éducation de l'élément humain qui seul sera en état de remplir en une discipline volontaire le devoir qui lui incombe dans la marche de la production.

Le tsarisme n’avait pas laissé se produire en Russie un mouvement syndical fort. Aussi la plupart des ouvriers salariés y manquaient-ils complètement de ces conditions préalables sans lesquelles il est impossible qu'une libre exploitation en grand donne de bons résultats.

Toutefois, même la plus grande discipline syndicale ne supprimera jamais la nécessité d’une direction de l’entreprise. Et cette direction est plus nécessaire éncore pour la circulation

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1) Dr, GAwWeoNSKY, Le bilan du bolchevisme russe (en lallemand) Berlin, 1919, D. GS.

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