‹ Le bolchevisme dans l'impasseChapitre 15 sur 52 · C. — Le prolétariat érigé en classe dominante · texte numérisé non relu

C. — Le prolétariat érigé en classe dominante

Tout autant que par l’étatisation générale des moyens de production, les bolcheviks croient réaliser le programme du marxisme par la situation qu'ils assignent au prolétariat, aux ouvriers salariés, dans l'Etat, dans la production, dans la société. Ils l’érigent en classe dominante, ils parlent de dictature du prolétariat.

Qu'est-ce qui faisait l'intérêt de Marx et Engels pour le prolétariat ? Comme les autres socialistes, ils furent, eux aussi, portés à leurs idées socialistes par la misère qu'ils voyaient autour d’eux et qui les indignait. Toute misère, toute servitude produisait en eux une révolte, et non pas seulement les conditions lamentables des ouvriers salariés.

Cells-ci se montraient, il est vrai, sous un jour particulièrement cru dans les premières années du siècle dernier, attirant d'autant plus sur soi l’attention générale qu'elles faisaient encore, par leurs nouveautés, un effet de surprise.

Mais la condition des salariés n'était pas tout ce qui préoccupait Marx et Engels. La première grande détresse que Marx prit la parole pour combattre (1843) fut celle des pay-

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sans vignerons de la Moselle. Le premier manifeste de l'in

| ternationale que rédigea Marx après l'adresse inaugurale de | 1864, fut pour féliciter Lincoln au sujet de l’affranchissement

des esclaves noirs.

Si néanmoins l'intérêt de nos maîtres s’adressa, plus qu à tout le reste, au prolétariat salarié de l’industrie, c'est en raison de son rôle historique, qu'ils avaient découvert.

Dans aucune autre classe exploitée, asservie, dénuée de

| droits, qu'ils observaient, ils ne pouvaient noter aucune capa- | cité de se libérer elle-même par une transformation sociale. Ni le bas prolétariat (Lumpenproletariat), ni les esclaves ne

ns, fige

le peuvent. Aux serfs du moyen âge aussi ou à d'autres paysans asservis, il fallut que la liberté fût apportée des villes.

: Les jacquerles paysannes ont toutes échoué.

Tout autre est la classe ouvrière urbaine, celle des salariés de l’industrie. Elle ne grandit pas seulement, elle, dans la production capitaliste, bien plus rapidement que le reste des classes et des couches laborieuses, elle se trouve aussi en meilleure situation pour s'organiser et s’éduquer. Elle est, de par le capital, arrachée aux conditions d'autrefois, dans lesquelles vivaient ses ancêtres, elle est moins dominée par des idées traditionnelles, elle est plus libre de préjugés, plus facilement à même de comprendre des idées nouvelles.

Il y a près de quatre-vingt-dix ans que Marx et Engels reconnurent dans le prolétariat industriel non seulement sa présente misère, mais aussi sa future grandeur. Îls voyaient

. dès lors la capacité et la force qu'il allait, au cours de ses

luttes de classe, grâce au progrès incessant de la grande industrie, acquérir pour se faire maître de l'Etat et à l’aide du pouvoir politique adapter toute la marche de la production aux besoins de la classe ouvrière.

Ce n’est pas là cependant tout ce que nos maitres découvrirent dans le prolétariat industriel. Avant celui-ci déjà, il y eut des classes qui, de la bassesse et de l'asservissement, montèrent à la liberté et à la main-mise sur l'Etat. Mais cette ascension, jusqu’à présent, ne représentait pas une diminution de la misère sociale, elle ne faisait que changer le personnel

qui en souffrait. Le prolétariat, lui, est de toutes les classes la plus inférieure. Marx et Engels pensaient qu'il ne pourrait employer le pouvoir politique à s'élever lui-même, en nouvelle classe dominante, au-dessus d'autre classes et à les tenir opprimées, mais seulement à mettre fin à toute domination de : classe, à tout asservissement.

C'est cette grande mission historique qui donne au prolétariat industriel une valeur particulière aux yeux des marxis-

: tes. C'est elle aussi qui l'élève moralement et intellectuellement au-dessus de toutes les classes laborieuses, elle qui le met audessus des classes exploitrices, avant tout moralemient, parfois même intellectuellement par sa faculté de saisir des idées nouvelles. L'homme grandit en se donnant des buts plus grands.

Mais justement, il ne grandit qu'en se proposant ces buts plus grands ou en acceptant qu'on les lui propose. Au début, le prolétariat, échelon inférieur de toutes les classes laborieuses, est réduit à des conditions tellement inhumaines, telle-

ment dégradantes, qu'il constitue la partie la plus grossière

À et la plus ignorante de la population. C'est seulement au cours

! de ses luttes de classe, mais surtout, c’est par ses hautes visées:

affranchissement de l'humanité tout entière, qu'il se relève de

la boue où il est enfoncé pour gravir les plus hautes cîmes de l'idéalisme humain.

Marx et Engels n'étaient pas des admirateurs aveugles du prolétariat en soi. Nul n'a décrit d’une façon plus émouvante qu'eux la dégradation profonde où l’a plongé la fureur d’exploitation capitaliste. Mais nul non plus n'a vu plus clairement t la grandeur à laquelle peut se hausser le prolétariat, parce 1 quil est la seule classe qui, dans la société capitaliste, ait encore de grands idéaux.

Leur intérêt allait aussi bien au prolétaire descendu au plus bas degré, jusqu'à n être plus un homme, qu'à celui qu'à relevé bien haut l'idéal socialiste. Par contre, ils n'en avaient aucun pour des ouvriers salariés réussissant à se tirer de la misère, mais qui ne pensaient en cela qu'à eux-mêmes, préoccupés, non d'utiliser ce qu'ils avaient conquis de force pour

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