‹ Le bolchevisme dans l'impasseChapitre 20 sur 52 · N 14} Ê [4 | FI · texte numérisé non relu

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niser solidement leurs milices, quelque répugnance qu'ils éprou-

cent à régler des différends politiques à main armée. Seuls les mencheviks de Géorgie reconnurent de bonne heure ce qu'exigeait alors la situation. Dès le 5 septembre 1917, ils fondaient à Tiflis la Garde ouvrière, composée de camarades éprouvés et organisés.

Dans le reste de la Russie, les socialistes démocrates eurent à expier durement leur manque de défense. Âu rebours, la force défensive des bolcheviks exerça un grand attrait sur beaucoup de révolutionnaires de tendances diverses, notamment sur les socialistes révolutionnaires de gauche.

Après la dissolution de la Constituante, la lutte des partis dans l'Etat russe revêtit complètement la forme d'une guerre civile. De nouveau, généraux « gardes blancs » se soulevèrent et enrôlèrent des bandes pour la lutte contre la Révolution. Sans Parlement, sans liberté de la presse et de la parole, de

| réunion et d'association, il devint impossible de faire opposition

au gouvernement autrement que les armes à la main. Les bolcheviks eux-mêmes célébraient la guerre civile comme la forme suprême de la rénovation de la société.

De même qu’en Allemagne, en Autriche et dans d'autres Etats encore, la durée infinie de la guerre n’avait pas seulement produit en Russie une terrible lassitude de la guerre, elle avait aussi enlevé à beaucoup de jeunes gens tout goût d'un travail paisible. D'une part, nous trouvons largement répandue dans les masses la plus profonde horreur pour le métier des armes, mais d'autre part nous voyons des éléments isolés, et malgré cela nombreux, les uns visionnaires, les autres gouapes, devenir de vrais natures de soudards, ne chercher que bataille et pillage et courir se joindre à tout chef de bande en train de racoler des forces de ce genre.

Les luttes armées des partis auraient sans doute pris une fn plus prompte si chacun d’eux avait été réduit à des camarades désintéressés et convaincus. L’afflux de ces natures de soudards, héritage de la guerre, prolongea la guerre civile. Dès lors, l’intérieur de la Russie, qu'avait épargné l'invasion étrangère, fut également ravagé.

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Le nombre des combattants s’augmenta du fait que d'une part comme de l’autre on fit appel aux prisonniers de la guerre mondiale. Un assez grand nombre de Tchèques, parmi les prisonniers que la Russie avait faits dans la guerre, s'étaient laissé enrôler comme « légionnaires > pour combattre l'Autriche. Ils firent alors front contre le bolchevisme. En revanche, celui-ci se

! posa en ami des prisonniers de guerre allemands, dont beaucoup : furent enrôlés, soit volontairement, soit de force, pour servir

dans |” « armée rouge ».

La situation des social-démocrates, et aussi des autres socialistes non bolchevistes fut, dans les luttes de cette période, pleine de tourments. Il leur était impossible de prendre fait et cause pour les bolcheviks, qui venaient de dissoudre la Constituante, qui supprimaient toute liberté dans l'Etat, qui barraïent toutes les routes menant au relèvement moral, intellectuel, économique, du prolétariat, qui abattaient à coups de fusil, comme un chien enragé, tout socialiste qui ne se soumettait pas docilement à leur direction.

Mais pouvaient-ils se mettre de l’autre côté? Sans doute ceux qui faisaient la guerre au bolchevisme proclamaient souvent que leur but était le rétablissement de la démocratie et de l’Assemblée nationale constituante. Mais dans la lutte armée, ce qui dominait, ce n'était pas les hommes politiques, c'était les officiers. L'ancien corps d'officiers, avec ses sympathies tsaristes, aristocratiques, capitalistes, fut le facteur déterminant dans tous les soulèvements qui éclatèrent contre les bolcheviks dans la période de 1918 à 1920. Ils avaient à leur tête des officiers supérieurs de l’ancienne armée : après le général Kornilov et son successeur Alexéiev vinrent bientôt le général Denikine, l'amiral Koltchak et finalement le général Wrangel. Quand ces gens avaient du succès, ils montraient bien vite le bout de l'oreille réactionnaire. Des socialistes et des démocrates se laissaient-ils prendre aux paroles de liberté de ces généraux et passaient-ils de leur côté, cela finissait par une amère désillusion et souvent une haine acharnée.

Un grand nombre de démocrates et socialistes ne pouvaient 0 L < e 9, en bonne conscience se battre dans ces guerres civiles ni d'un

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