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côté ni de l’autre. Or, il était alors difficile en Russie d’avoir une action politique autrement que les armes à la main. C’est ainsi que les social-démocrates et les autres partis voisins d’eux furent dans ces luttes écartés de la scène politique. D’un côté ou de l’autre, il n'y avait pas de milieu!
Mais toujours est-il que la victoire des officiers, de Kornilov à Wrangel, menacçait du retour de l’ancien régime. Les bolcheviks au contraire n'avaient pas encore développé les conséquences de leurs coups d'Etat. Ils apparaïssaient comme les défenseurs de la nouvelle propriété paysanne, en ce que celle-ci venait de se constituer par le partage des terres des grands propriétaires fonciers. Ils apparaissaient comme les protecteurs des Conseils ouvriers, qui avaient apporté aux salariés la liberté et, politiquement comme socialement, un relèvement en face des capitalistes. Tout ce que le bolchevisme avait de funeste, son terrorisme, son omnipotence policière, sa suppression des libertés politiques ainsi que le déclin économique, cela ne semblait être que des effets de la guerre civile, qui disparaîtraient avec elle.
À cela s’ajoutait que, pour appuyer les généraux ennemis du bolchevisme, des gouvernements capitalistes étrangers firent marcher leurs troupes en Russie, Anglais, Français, Italiens, Japonais, quand l'invasion allemande eut été refoulée. Des troupes polonaises passaient la frontière russe dès la fin de 1919; en avril 1920, il y eut entre la Russie et la Pologne une guerre en règle, qui fut menée avec des alternatives de bonheur et de revers, où les chefs bolchevistes remportèrent tout d'abord de grands succès, puis essuyèrent à leur tour des défaites sensibles. Lénine mit complaisamment fin à la guerre, pour avoir les mains libres contre Wrangel dont il vint alors à bout rapidement (novembre 1920).
Alors, les bolcheviks apparaissaient comme la seule puissance en Russie qui fût en état de défendre les prolétaires et paysans contre le retour de leurs oppresseurs et exploiteurs de la veille, capitalistes, aristocrates, bureaucrates, comme de repousser les invasions de l'étranger. Si jamais ils conquirent la majorité de la population de l'empire russe, ce fut à ce
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} moment. Ils ont, il est vrai, prétendu qu'il en a toujours été Ÿ ainsi: cependant ils se sont soigneusement gardés, même aux jours de leur plus grande popularité, d’en laisser faire la preuve en permettant à l'ensemble de la population de voter librement.
B. — La Constitution soviétique
Par le coup d'Etat d'octobre-novembre 1917, les bolcheviks avaient obtenu, après la sortie des mencheviks et des socialistes révolutionnaires de droite, un Congrès des soviets où n'étaient représentés qu'eux ou des socialistes tolérés par eux, comme par exemple les socialistes révolutionnaires de gauche. L'alliance avec ceux-ci cessa quand les bolcheviks opposèrent les « pauvres du village >» aux autres paysans et les organisèrent séparément et quand le gouvernement des soviets capitula devant l'empire allemand. L'opposition des socialistes révolutionnaires de gauche aux bolchevistes prit rapidement une fin lamentable. Depuis, ces derniers exercent dans les soviets un pouvoir absolu (juillet 1918). Cela se manifesta dans la Constitution de l'Etat soviétique, qui fut votée par le cinquième Congrès panrusse des soviets le 10 juillet 1918.
En apparence, ce qu’elle fonde n’est pas, il est vrai, la toute-puissance du Parti communiste, mais seulement la souveraineté de la classe ouvrière salariée.
Le Congrès panrusse des soviets a été érigé en instance suprême de la République. Il se compose de représentants des ouvriers des villes et de la population rurale, Il y a là déjà une différence faite au préjudice des paysans. Voilée, à la vérité. Dans les villes il y a un député pour 25.000 « électeurs », dans les campagnes par 125.000 « habitants ». Pourquoi le nombre des députés n'est-il pas, ici comme là, fixé par électeurs ou par habitants? Pas d’autre motif concevable pour cela que de rendre moins aisé à saisir le désavantage des paysans.
Le droit de vote a été donné aux deux sexes à partir de dix-hut ans. Les habitants adultes des villages ayant presque : tous le droit de vote, il y a là bien plus de 25.000 électeurs \ pour 125.000 habitants. Il peut y en avoir environ 70-000,
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Ainsi, les prolétaires des villes se voient, de par la Constitution, attribuer deux à trois fois plus de puissance électorale que les paysans.
Au-dessous des ouvriers salariés et des paysans, une masse qui n'est pas calculable statistiquement, mais qui est loin d’être minime, est complètement privée du droit de vote. D'ailleurs, même le privilège électoral des ouvriers salariés n’est pas grand’chose. Tous les procédés que, depuis 1848, la réaction a inventés pour étouffer la voix du peuple et l'empêcher de se
. faire entendre aux élections, quand on n'osait pas abolir ouver-
tement le droit de suffrage, ont été fidèlement empruntés par les bolcheviks, qui se sont, du moins à cet égard, montrés bons élèves de la civilisation occidentale, à la vérité seulement par son côté délibérément contre-révolutionnaire.
Comme sous le système des trois classes en Prusse, le vote est public et indirect. Ni les ouvriers ni les paysans n'élissent directement les députés au Congrès panrusse des soviets; ce n’est qu'indirectement. Et non pas même en élisant des électeurs. Non, les députés au Congrès panrusse sont nommés par les soviets des grandes villes d’une part et de l’autre par les Congrès des soviets des gouvernements (départements).
À ces congrès de gouvernements envoient des délégués : 1° également les soviets des grandes villes, qui ont ainsi un double droit de suffrage indirect pour le Congrès panrusse; 2° les soviets d'arrondissement. Ceux-ci à leur tour émanent d'élections par les soviets des petites villes et des districts (Volost, cantons). Les soviets de district enfin sont élus par les soviets de village.
Quels magnifiques résultats produit ce droit électoral si subtilement raffiné, on le voit par quelques chiffres que nous empruntons à l'étude très documentée parue à ce sujet dans le VII° volume déjà cité de Woytinsky, « Le monde en chiffres » (pages 26-33). En 1924, dans les soviets d'arrondissement, on ne comptait pas moins de 64 %, de fonctionnaires de l'Etat, et par contre 8 % d'ouvriers. Les membres
: du Parti communiste se trouvaient cette année-là 8 % dans les | soviets de village, 20 % dans les soviets de district, 58 % dans
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les soviets d'arrondissement, 68 %. dans les soviets de gouvernement. Au congrès panrusse enfin, les non-communistes — les « sans-parti >» — sont en quantité négligeable. C’est lui seul qui élit le Comité exécutif central de 485 membres.
Quelle complication de tamisage des délégués, multipliée encore pour les représentants des paysans! Avec le vote public cela seul devrait déjà suffire à rendre en tout temps impossible toute opposition ouverte au gouvernement dans les soviets. Mais il s y est ajouté bien vite après le coup d'Etat de novembre la suppression de toute la presse non communiste, celle de toutes les associations libres, y compris les coopératives et syndicats qui n’ont pas voulu se laisser dégrader au rang d’instruments aveugles du communisme, de même que le manque absolu de protection pour les candidats et les délégués, à qui l'immunité n'est assurée en aucune manière. En revanche a été instituée l’omnipotence de la police politique et, en outre, ont été créés des tribunaux révolutionnaires qui «ne sont limités par aucunes dispositions dans le choix de leurs moyens contre la contre-révolution, le sabotage, etc. ». (Décret du Comité exécutif central du 17 juin 1918).
Comme sous les mots « contre-révolution » et « sabo- | tage », et surtout sous la formule « etc. » on peut entendre tout ice qu'on veut, on a par là proclamé toute opposition hors la loi.
Dès lors, tous candidats et délégués autres que communistes ou tolérés par le Parti communiste, à plus forte raison tous orateurs délibérément d'opposition, étaient dès lors rendus tout à fait impossibles. Le droit de suffrage est une farce, quand :il n’y a pas de candidats de tendances diverses entre lesquels on peut se décider. Cette organisation du suffrage n'a plus pour but que de faire accroire aux ouvriers qu'ils sont, dans le système soviétique, la classe dominante. Et ce but, d'ailleurs, le droit de suffrage soviétique le remplit, du moins chez des âmes naïves parmi lesquelles on peut trouver plus d'un auteur et penseur en vue, non seulement en Russie, mais encore dans le reste du monde.
Le comble, ce fameux droit de suffrage y atteint dans les
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