C. — La démocratisation des soviets
Le nombre n'est pas petit parmi nous de ceux qui cherchent l'élément révolutionnaire de la Constitution soviétique dans la position privilégiée qu'elle fait aux ouvriers et aux Conseils d'ouvriers. Ils ne voient pas que l'octroi d’un privilège politique aussi bien que social dans la Russie des soviets est acheté par eux bien cher de leur dégradation morale, intellectuelle, économique et de leur soumission à l'arbitraire illimité
| d’une organisation de secte particulière, les communistes.
J'espère avoir montré dans ce qui précède que ces faits ne coïncident pas fortuitement, mais qu'il y a entre eux un enchaînement nécessaire.
C'est pour cela que fatalement doivent échouer tous les essais de maintenir la Constitution soviétique en la purgeant de ses tares. On peut prendre comme exemple d'un tel essai l'effort pour démocratiser cette constitution.
Un mot d'ordre en ce sens avait été lancé déjà par une bonne partie de mes amis menchevistes peu de temps après la dissolution de la Constituante. Paul Axelrod le combattit aussitôt (ef. ses « Observations sur la tactique des socialistes dans la lutte contre le bolchevisme » (1): Ce qu'il y disait contre la « démocratisation des soviets >» conserve aujourd hui encore sa valeur.
Malgré cela, cette tendance nest pas encore complètement abaridonnée. Le dernier Appel de l'Exécutif de l’Internationale ouvrière socialiste pourrait même être interprété en ce sens. Il y est dit :
I] faut que soit rendue aux peuples de l’'U.R.S.S. la liberté, aussi indispensable aux ouvriers et aux paysans que l'air et l'eau.
Et ensuite on réclame :
Liberté de parole! Liberté d'organisation! Vote libre et secret !
Cela fait déjà un singulier effet, que la liberté semble n'être indispensable que pour les ouvriers et paysans, non pour tous les hommes. Et puis, pourquoi ne réclamer que le vote libre et secret, et non en même temps le suffrage universel?
Même le programme des bolcheviks revendiquait encore, au temps où ils chassèrent la Constituante, le « droit de suffrage universel, égal, direct et secret ».
Naturellement, nul ne pense dans VI. O. S. à abandonner cette revendication. Mais y aurait-il des camarades qui croiraient devoir faire une exception pour la Russie? Comme si fatalement, là-bas aussi bien que partout, une classe, du fait qu’elle reçoit des privilèges particuliers, n'était pas condamnée
1} Paris, 1927.