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C'est ainsi que la revendication de démocratiser les soviets peut devenir un des points d'appui pour mettre un terme au règne communiste. Si une telle revendication surgit spontanément, 1l pourrait être utile de la soutenir. Pourtant, nous ferons bien de rester bien persuadés que cette démocratisation ne peut pas mener à une amélioration du système des soviets. Son importance consiste en ce que, précisément par le contresens qui est en elle, elle ne ferait que pousser au delà d’ellemême, à la pure démocratie complète.
Et nous avons toutes raisons d'affirmer toujours avec énergie qu'une telle démocratie est notre but politique.
Nous n'avons pas le droit d'oublier que le prolétariat ne saurait remplir les grandes tâches historiques qui lui sont imposées par sa situation sociale sans collaboration des intellectuels : la science et les ouvriers, selon la formule de Lassalle. Seul le prolétariat peut donner au mouvement socialiste la force sociale sans laquelle il ne peut pas vaincre. Seuls des hommes de culture supérieure, sympathisant avec lui et avec ses buts, peuvent acquérir et répandre la vue profonde du réel qui est nécessaire pour que le mouvement prolétarien n'avance pas en tâtonnant dans l'obscurité, mais avance en suivant une route claire et précise et sache épuiser à plein ses victoires.
Les intellectuels ne sont pas, j'ai souvent insisté là-dessus, une classe, ils sort une catégorie qui s’est jusqu’à présent attachée en majorité à la classe capitaliste, mais qui n’est liée à elle par aucun intérêt de classe. Plus le prolétariat s'élève haut, plus il exerce d'attraction sur les intellectuels, plus le nombre est grand dans leurs rangs de ceux qui viennent adhérer à lui. Aider à ce mouvement est une des tâches les plus importantes du socialisme.
En Russie, où les intellectuels étaient plus qu'ailleurs intensément poussés dans l'opposition par l’état politique arriéré, où d'autre part le capital était particulièrement retardataire et, en comparaison de lui, le prolétariat particulièrement élevé dans
; les trente ou quarante années qui ont précédé la guerre — en ! Russie, le penchant des intellectuels pour la cause prolétarienne
À était plus grand que dans les Etats de l'Occident. Et en même ; temps, le prolétariat russe avait encore plus besoin d'eux, vu À la terrible ignorance de la population laborieuse par suite du 1 manque d'écoles et de journaux.
Nulle part une étroite collaboration d'un large contingent des intellectuels avec le prolétariat n’est aussi aisément possible, aussi nécessaire, nulle part elle ne peut porter de meilleurs fruits qu’en Russie.
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La Révolution de mars 1917 ouvrait pour cela les perspectives les plus heureuses, une fois la malheureuse guerre terminée. Les deux coups d'Etat bolchevistes de novembre 1917 et janvier 1918 ont brutalement interrompu cette collaboration et rempli le prolétariat de haine et de méfiance envers tout intellectuel qui ne s’engageait pas sous les drapeaux communistes. Tous les autres intellectuels, les communistes les traitaient sur le pied de criminels.
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Ainsi, les bolcheviks ont, par égoïsme myope de fraction,
amené une scission profonde entre les deux éléments les plus
f avancés de Russie, dont seule la collaboration peut tirer de la
Révolution russe les fruits que lui permet de porter l’état général de la Russie.
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Un des devoirs les plus importants de ses véritables révolutionnaires consiste à mettre fin à ce malheureux obstacle, à | ‘cette mutilation de la Révolution. C’est impossible sur la base | du système soviétique, qui prive de droits tout intellectuel qui | } ne s’abaisse pas à être l'instrument docile de la dictature. Seul IE à le rétablissement d’une pleine égalité démocratique peut combler entre intellectuels et prolétaires l’abîme qu'a, pour le plus grand dommage des deux parts, creusé le coup de force bolcheviste.
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Nous ne devons laisser aucun doute là-dessus. Nous pouvons au besoin utiliser cette revendication : « Démocratisation des soviets >» à titre de & transition » à la pleine démocratie, d nous ne pourrons jamais l'accepter en « remplacement » de \ cette démocratie.
D. __ Jacobins ou bonapartistes ?
Nous avons mis en lumière le système soviétique sous ses faces les plus diverses : économique, sociale, politique. Nulle part nous n'avons réussi à apercevoir un progrès au delà de ce que la Révolution russe avait, de mars 1917 au coup d'Etat des bolcheviks, ou déjà conquis ou préparé et qui serait devenu le point de départ d'une montée rapide de la Russie et de ses classes laborieuses. Ce que les bolcheviks y ont ajouté depuis était certa nement dans leur intention, et plus encore dans leur phraséologie, quelque chose de superlativement magnifique. En réalité, cela s’est simplement montré entraver, amputer, paralyser tout ce que la Révolution avait fait jusqu'à la prise du pouvoir par' le bolchevisme.
Pendant un temps, bien des révolutionnaires l'ont contesté, même dan: nos rangs. Mais le nombre de ceux qui nient encore la décadence continue de la Russie dans tous les domaines sous le régime soviétique diminue d'année en année. Les faits parlent trop fort pour quiconque est accessible à leur langage et n’est pas un illusionniste fieffé.
Eh bien, n’a-t-on pas, dans ces conditions, le droit de qualifier l’action des bolcheviks de contre-révolutionnaire ?
Les amis. du bolchevisme, ne pouvant alléguer de faits en sa faveur, ont recours à une comparaison historique. Ils se réfèrent à la grande Révolution française. Ce qui est arrivé alors, disent-ils, est arrivé maintenant. Tout d’abord, il y eut après 1789, à côté des monarchistes constitutionnels, les faibles de la Révolution, les Girondins: à ces derniers ont correspondu en 1917 les socialistes révolutionnaires et les mencheviks. Audessus de ces faibles se levèrent les vrais révolutionnaires, qui seuls déployèrent assez de force et d'énergie pour mener Îa Révolution à la victoire: ce furent, de 1792 à 1794, les hommes de la Terreur, les Jacobins, le parti de la Montagne. Personne ne voudra qualifier ceux-ci de contre-révolutionnaires. Eh bien, ce que furent alors les Jacobins, c'était de nos Jours les bolcheviks.
A cela il faut opposer que comparaison n'est pas raison.
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