‹ Le bolchevisme dans l'impasseChapitre 28 sur 52 · MARTEL · texte numérisé non relu

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pole de parti dans l'Etat menacé. L' « Histoire illustrée de la Révolution russe de 1917 » (1), où cette proclamation est reproduite ainsi qu’une autre (vraisemblablement socialiste révolutionnaire) du 28 février 1921, fait là-dessus cette remarque :

L’étonnant n’est pas que les mencheviks et les socialistes révolutionnaires. aient répandu de pareilles proclamations. 11s le faisaient déjà auparavant, Ce qui était nouveau, c’est qu’elles étaient lues et même faisaient impression. Le gouvernement soviétique sentit dans ces manifestations mouve les un grand danger politique qui semblait menacer l’œuvre de la classe ouvrière (p. 5959).

L’ « œuvre de la classe ouvrière », c'est dans le vocabulaire communiste l’œuvre du Parti bolcheviste sous une direction dictatoriale.

Le danger devint encore plus sérieux, lorsque les marins prirent en main la cause de la hiberté des ouvriers et paysans. Ils n'envoyèrent pas de délégués aux autorités, ils agirent comme Lénine et Trotzki le leur avaient appris, ils prirent les armes.

Ils étaient les interprètes non des ouvriers des villes, mais

des paysans. L'ouvrage que je viens de citer dit que c'étaient

« des gars de village déguisés en marins >» (p. 560).

Des « Informations du Comité révolutionnaire » publiées par les mutins à Cronstadt, |’ « Histoire illustrée de la Révolution russe > a cité une série de textes qui tous attestent à quel point dès lors, quand à peine paraissait écarté le danger garde-blanc, la haine contre les communistes était profonde au village. Un point caractéristique, et important pour l'inteiligence de la situation actuelle de la Russie soviétique, c'est que les paysans étaient particulièrement irrités de l'institution de grandes exploitations privilégiées dans les campagnes. Un marin, Koptelov, écrivait :

Du haut de leurs tréteaux ensanglantés, ils crient que 1a

terre appartient aux paysans et les usines aux ouvriers. Pourtant, les communistes ont organisé partout des domaines Com-

1) Illustrierte Geschichte der russischen Revolution 1917. Berlin, Willi Mûnzenberg, 1928.

Fr»

munistes, en choisissant pour cCeia les meilleures terres, et ils ont chargé les pauvres paysans plus fort et plus dur encore que n'avaient fait auparavant les propriétaires. (p. 561).

Il vaut la peine encore de citer cette phrase :

Il en résulta un nouveau éervage communiste. Le paysan devint dans les exploitations soviétiques un esclave, l’ouvrier dans les usines un jaurnalier. Le monde des travailleurs intellectuels périi.

Voilà comment les paysans considéraient, dès 1921, la bénédiction que leur avait apportée le bolchevisme.

Le monde intellectuel pouvait bien périr ou mener une existence d'ilotes. Des ouvriers, Lénine pensait être déjà venu à bout. Mais pour les paysans et l’armée, il avait des égards. Sans doute :l réussit à écraser dans le sang la révolte de Cronstadt, mais l’avertissement ne s’en perdit pas dans le vent. Le seul moyen d’agir sur les bolcheviks qui ait jusqu'à présent fait ses preuves, c’est l'insurrection armée ou la menace d'insurrection — la mutinerie des « gars du village déguisés en &« marins » ou en soldats. C'était vrai en mars 1921 pour Lénine; c'a été vrai en mars 1930 pour Staline.

En réponse à la mutinerie, Lénine proclama la « Nouvelle Economie Politique » la « Nep ». Elle relâcha les liens de la dictature pour la production et le commerce des marchandises à la ville comme aux champs :

Désormais, le « communisme » qui avait exercé son action durant trois années, au nom duquel des centaines de mille hommes étaient allés dans les prisons, dans les camps de concentration, dans les caveaux de ‘a Tchéka et de là à la mort, ne fut plus qualifié « travail de construction socialiste », mais triste nécessité imposée par la guerre civile, « communisme de guerre ». (1).

Toutefois ceux-là se trompaient fort, qui pensaient que dorénavant s’ouvrait une ère nouvelle de liberté de mouvement pour les travailleurs, non seulement dans la production,

mais aussi dans la politique.

1) Th. Dan, La Russie des soviets, etc., D. 55.

Même dans le domaine de l’économie, la nouvelle liberté n alla pas loin et ne dura pas longtemps : simple « pause pour respirer ». Certes, les bolcheviks eussent volontiers fait des concessions au capital étranger pour lui donner envie d’affluer en Russie, car ils en avaient d'autant plus besoin que leur propre industrie était plus insuffisante. Mais ils ne voulaient ni ne pouvaient renoncer à leur régime arbitraire sans miner leur propre domination. Or, sans sécurité de la propriété, ni accumulations ni investissement de capital.

La Nep resta un phénomène passager et partant l'impulsion économique apportée par elle n'eut nécessairement qu une existence très courte. Mais plus elle faiblit et faillit plus la détresse augmenta de nouveau, et plus rapidement se succèdent à la ville et aux champs les expériences désordonnées, qui n'ont qu'un point commun, le constant accroissement de l'oppression exercée sur les ouvriers et paysans : réduction du salaire, intensification du travail, à plusieurs reprises prolongation de la durée du travail, et pillage des paysans aisés, à qui l'on prend d’abord leurs instruments, leur outillage, puis aussi leur terre, la limite où l’on fait commencer l’ « aisance » étant abaissée de plus en plus profondément.

Telles furent les conséquences de Cronstadt, côté économique.

Du côté politique, elles n’amenèrent pas même transitoirement une amélioration, mais bien plutôt elles empirèrent les choses immédiatement.

Les bolcheviks avaient vu avec terreur que les idées des mencheviks et des socialistes révolutionnaires recommençaient à agir sur les ouvriers et paysans, dès que ces classes avaient l’occasion d'entendre une parole un peu libre. Il fallait à tout prix empêcher cela. Fermer hermétiquement aux ouvriers et paysans le contact de tout courant d'air libre fut dès lors chose pratiquée avec plus de sollicitude et plus de conséquence qu'auparavant. Jusqu'à la moindre wmossibilité de s’informer autrement que par la presse et les orateurs du Parti communiste leur fut enlevée. Les suites de ce régime isolant : et désorientant ont un effet de rachitisme intellectuel non seu-

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