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que l'entremise des organismes de l’Internationale, informés de tous les côtés, sera dans bien des cas à même d'amener une entente sans vainqueurs ni vaincus.
Oh ! certes, on ne pourrait pas toujours y arriver et réussir, par exemple. à supprimzr les frontières traditionnelle: que des années et des années d'histoire du parti ont tracées entre les organisations socialistes. Il est à espérer que les conditions pour cela seront créées dès qu'en Russie naîtront pour les classes travailleuses la possibilité de libres organisations et actions de masse, notamment de libres batailles électorales. Sur ce terrain, les conditions manquent pour cela complètement à l'émigration.
Toutefois, une entente sur un programme d'actions communes devrait être possible. Nos camarades italiens ont donné un bon exemple. Ils ont surmonté leurs différends et se sont concentrés en une organisation commune. Il est vrai que les éléments qui subissent une influence de la Russie ont refusé d’y collaborer. Mais ce ne sont que des communistes complets ou des indépendants semi-communistes.
Entre les socialistes russes, les conditions d'une concentration des diverses tendances ne sont pas précisément favorables.
Dans l’histoire du socialisme moderne, nous pouvons distinguer trois grandes périodes, au moins pour le continent européen. L'une s'étend (en laissant de côté la Russie)! des commencements du socialisme après la grande Révolution fran- Çaise jusqu’à la guerre franco-allemande et à la Commune de Paris. Les conditions économiques, et plus encore politiques, n'étaient pas favorables alors à la naissance de partis prolétariens de masse, et la plupart du temps les rendaient tout à fait impossibles. Le mouvement socialiste restait limité à de petits cénacles dans chacun desquels dominait une autre personnalité, Le sectarisme, l'émiettement du mouvement prolétarien, la dictature des chefs prédominaient.
La vie prise par la démocratie dans les années 60 ainsi que la fondation de l'empire allemand et de la République française constituent pour la première fois des conditions favo-
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rables aux organisations de masse. Le passage de la secte au parti de masse trouve le fondement théorique qu'il lui faut dans le marxisme, là où celui-ci n’est pas lui-même conçu dans un esprit étroit de secte.
Par là, le mouvement socialiste entre dans sa deuxième période.
Ces partis de masse sont révolutionnaires comme l'avaient été les sectes, non seulement au sens social, ce qui va de soi, mais au sens politique. C’est du moins vrai pour les monarchies militaires.
Une opposition irréconciliable est la tâche des partis prolétariens dans cette période; mais aussi un conflit aigu avec les partis de l'opposition bourgeoise. C’est que la masse des ouvriers est encore dans leur camp et il s’agit de les en détacher.
Ce dernier travail était presque accompli dans la plupart des Etats d'Europe lorsque arrivèrent la guerre mondiale, après la guerre le renversement des trois grandes monarchies militaires, et ainsi la troisième période de l’histoire du socialisme moderne, la période où nous vivons à présent.
Les besognes politiques des partis prolétariens sont fondamentalement modifiées par la révolution et ses conséquences. L'Etat où nous vivons n’est plus la monarchie militaire, mais la République démocratique, qui, menacée par la réaction, ne trouve sa sûre sauvegarde que dans le prolétariat. Maintenir la République, c'est-à-dire l'Etat existant, et non la renverser est maintenant notre fonction. Dans cette mesure, la socialdémocratie cesse d'être révolutionnaire et devient conservatrice. Non en ce qu’elle abandonne quelque chose des fins auxquelles elle tend, mais parce qu'elle en a réalisé une partie essentielle. Ce n’est pas elle qui a changé, mais l'Etat. Après la révolution politique, l'idée de révolution politique perd ainsi tout sens.
Cependant, quoique nous défendions la République démocratique, elle est néanmoins encore loin — sans parler du tout de l’organisation socialiste du mode de production — d'avoir pris les formes auxquelles nous tendons. Elle n’en offre que le point de départ. Le prolétariat a le plus vif intérêt au dévelop-
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pement ultérieur de la République. Il ne peut le confier aux partis bourgeois seuls. Il doit s'efforcer d’y collaborer positivement. |
Mais en même temps, le prolétariat a aussi pris une telle extension, acquis de telles forces, qu'il arrive, quoique non pas encore à la prépondérance, du moins à l'égalité avec les partis
bourgeois. Un parti socialiste ne peut pas encore gouverner ! seul, mais il n’a plus besoin de se tenir en opposition irrécon-
cihable à tout gouvernement, à tout autre parti. Cela d’autant moins que pour l'essentiel est déjà remplie sa tâche de détacher le prolétariat des partis bourgeois et de le rassembler en parti de classe. Là où les socialistes n’en sont pas encore arrivés là, ils continuent, il est vrai, à être en antagonisme irréconciliable avec les radicaux.
Toutes ces raisons font que depuis les révolutions qui ont suivi la guerre mondiale, les socialistes sont partout obligés de renoncer à la répugnance de principe contre les coalitions occasionnelles avec d’autres partis qui les avait guidés jusqu'alors, et guidés avec raison dans les conditions d’alors et en vue des tâches politiques qui en résultaient pour le prolétariat. Le quatrième et dernier stade de la lutte pour le socialisme commencera dès que nous aurons conquis une assez grande majorité pour constituer seuls un gouvernement fort et marquer la législation à notre sceau.
La Russie, étant le grand Etat économiquement et politiquement le plus retardataire d'Europe, se trouve jusqu'ici encore au stade où florissait le sectarisme du socialisme. Mais ce n'est vrai que relativement. Certes, la Révolution commencée en 1917 s’est encore à bien des égards accomplie dans des conditions qui rappellent la France de 1789. Mais la Russie ne vit pas en dehors du monde. Elie participe à ses progrès et aux formes les plus avancées que le progrès y prend, et cela déjà rend impossible qu’on veuille trouver dans la Révolution russe actuelle une simple répétition des stades parcourus par la Révolution française du XVIII siècle. En Russie, ce qu'il y a de plus primitif et aussi de plus évolué s’accouple dans un amalgame singulier. Des rappels de la révolution bourgeoise du XVIIF siè-
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