‹ Le bolchevisme dans l'impasseChapitre 5 sur 52 · TI · texte numérisé non relu

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Néanmoins, bien des socialistes en Europe et en Amérique ont continué de croire qu'il était trop tôt pour prononcer sur lui un jugement définitif. IL nous fallait attendre ce que serait la présente année. Les bolcheviks éuxmêmes la considèrent comme l’année criique du plan quinquennal. Si elle se montre fructueuse, le chemin est ouvert vers le (règne de mille ans y. Si c’est une faillite, la calastrophe est alors inévitable.

Lorsqu'en été 1929, un rédacteur de ln Gazette de Francfort (Feiler) alla en Russie pour y étudier les condilions économiques, un chef communiste lui fit cette déclaration : (11 faut que nous réalisons le plan quinquennal, autrement nous sommes fichus dehors. »

C'est effectivement l’état des choses. T'el est le progrès accompli depuis les premières années du bolchevisme. Alors il croyait encore en lui-même, en sa force irrésistible. C'est aussi ce qui fit la cohésion étroite du Parti communiste. Aujourd'hui, se mulliplien! dans son sein les membres du parti qui se rendent coupables de «déviations » de droite ou de gauche. Hommes qui se rendent comple que cela ne peut pas continuer et que la route où l'en s est engagé conduit à l’abîme.

Cette seule constatation, certes, ne signifie pa: encore qu'ils connaissent un chemin meilleur. Dans les premières années, ils avaient encore cette conviction : (QSi ça ne marche pas comme cela. ça marchera autrement, mais il faut que ça marche. >» Aujourd’hui, au contraire, ils en sont à dire : (Si ça ne marche pas selon le plan quinquennal ça ne marchera plus du tout. »

Faut-il donc encore attendre cette année pour savoir ce que l'on doit penser des desseins du bolchevisme 2 Ne suffit-il pas pour cela des fondements théoriques jetés pan Marx et Engels, et que, dans le travail continu de trois âges d'homme, eux-mêmes et leurs disciples ont approfondis et de plus en plus solidement établis, ainsi que des ex-

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périences fournies par treize ans de règne bolchevik ? Devons-nous réellement attendre encore ‘cette seule année pour fixer nos pronostics sur ce règne? Eh] qu'-stece qu'un ordre social dont la capacité de vivre dépendrait du hasard d’une année 2

On serait porté à penser qu'à lui seul ce renvoi à une année critique du plan quinquennal devrait suffire pour montrer à tout homme politique, à tout socialiste, à tout humanitaire, que l'effondrement de la Russie soviétique est proche et que c’est pour chacun d'eux une nécessité urgente de réfléchir à l'attitude à prendre devant ce fait. Qu'on n'aille pas croire, en effet, qu'un événement aussi terrible demeurera sans contrecoups sur le reste du monde. Il est de l'intérêt le plus pressant pour tout l'univers civilisé que du chaos qui naïîtra de là, la démocratie surgisse victorieuse. Elle ne peut être créée que par les forces démocratiques de la Russie elle-même. Une intervention de l'étranger ne saurait que nuire. Mais la démocratie de Russie sera d'autant plus forte qu'elle gagnera et méritera la confiance des ouvriers et paysans, c’est-à-dire qu'elle représentera plus résolument leurs intérêts, qu elle sera moins divisée nationalement et que les sympathies de forces démocratiques de l'étranger pour elle se manifesleront avec plus de chaleur et d'énergie.

Les partis ouvriers de tous les pays, unis dans l'Inlernationale ouvrière socialiste, ont eu depuis toujours conscience de l'importance extrême qu'ont les événements de Russie pour la lutte d’émancipation du prolétariat dans le monde entier. Mais on ne pèse pas partout les chances de ruine de la Russie soviétique et les problèmes qui en résultent. Si le présent écrit réussit à éveiller un accroissement d'intérêt à ce propos, il aura atteint son but.

K. KAUTSKY Février 1931.

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