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L'ALLEMAGNE EN FACE DE LA VÉRITÉ

Le 29 février 1836, M. Thiers qui, dans le ministère noiuvellement reconstitué, venait de prendre le portefeuille des Affaires étrangères, écrivait au comte de Saint-Aulaire, notre ambassadeur à Vienne, à propos de l'occupation de Varsovie par les troupes autrichiennes : « Ne croyez pas que l'aie peur des affaires. Je les accepte, quand elles viennent^ et je résoudrai celle-là, comme une autre, avec le vrai. Mais, je vous en prie, hâtezvous de me faire connaître k vrai ». Cette disposition d'une diplomatie franche, l'homme d'Etat nouvellement promu au pouvoir ne l'introduisait pas dans son département. Elle y était une tradition ancienne et elle y demeura, elle y demeure toujours après lui. La loyauté, la droiture, qui est, en somme, la plus habile et en tous cas la plus honnête des politiques, a déserté depuis longtemps la chancellerie allemande. Nous le savons, et l'Europe, non moins que l'Amérique du Nord et du Sud, en est convaincue.comme la Chine et le Japon. Mentir et falsifier les pièces est devenu,

pour la cour de Berlin, un système, un de ces besoins auxquels la nécessité qui autorise tout, accule, de leur aveu, les Empires du Centre. Mal engagés dans la guerre où leur duplicité a fait naufrage, ils sont contraints, comme le confessait ingénuement un de leurs journalistes dès les débuts du conflit, à remettre, après la conclusion de la paix, ce qu'il nommait naïvement le retour à c( leur sincérité native». Le mot est assez joli pour un peuple dont les historiens de Rome avaient déjà souligné la propension au mensonge. Mais quand Velleius Paterculus ne nous aurait pas marqué ce trait, quand la fameuse expression, querelles d'Allemand, en plein cours chez les di- ^ plomates du xvi^ siècle, ne nous avertirait pas de nous défier fortement des négociateurs d'outrellhin, la preuve est désormais surabondamment ; écrite dans le triste Livre blanc (supplément compris) que le gouvernement du Kaiser a sciemment trompé son peuple et voulu tromper les autres en rejetant sur autrui la responsabilité de la guerre. Que Guillaume II persévère dans son audacieuse affirmation, rien de plus inévitable ; qu'il emploie toutes les ruses pour persuader à l'Allemagne, qui en a besoin plus que jamais, que lui, le pauvre empereur si pacifique, si méchamment attaqué, n'a pas voulu cette guerre, comment en pourrait-il être autrement ? Il lui faut bien maintenir et con-

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lirmer la thèse effrontée de son livre diplomatique, aggravée par la publication en avril 19 16 des « Pièces diplomatiques relatives à l'explosion de la guerre, éditées par le département des Affaires étrangères ». Cent fois l'étude a été reprise des origines de la guerre voulue et préméditée par l'Allemagne, déclanchée à l'heure choisie par elle. Si l'on en veut un résumé à la fois succinct et complet, appuyé sur des preuves claires et accompagné d'excellentes références, on le trouve au second chapitre d'un excellent opuscule publié par le président de la Société d'Archéologie de la Drôme : Mgr Charles Bellet, sous le titre : La haine de r Allemagne contre la vérité {Faris, A. Picard, 1916, In-8° de 76 pages). Puisque, malgré l'invraisemblance du fiait, il est encore nécessaire, nous dit-on, de traiter ce sujet et que, même hors de l'Allemagne soigneusement protégée contre l'infiltration des vérités contraires au Livre blanc, certains esprits ignorent encore comment s'est déchaîné le cataclysme, la lecture de cette étude sera utile. La parfaite tenue du ton, aussi ferme que modéré, la clarté de l'exposition rendent le livre précieux, d'autant que la copieuse bibliographie des sources consultées par l'auteur en fait un résumé intéressant de la littérature de guerre qui tous les jours s'enrichit de publications nouvelles. A bon droit le rapporteur de tant de pièces

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du vaste procès a donné la primauté aux sources officielles et authentiques. Conduit par la confrontation des documents qu'invoquent les divers peuples à s'inscrire en faux contre la conclusion par trop ironique du Mémoire allemand qui déclare son pays victime de la plus noire machination et uniquement préoccupé de la paix et du bonheur des peuples, il conclut :

« La vérité est quelque peu différente. Elle ressort nettement de l'étude comparée de tous les documents diplomatiques. Cette étude autorise tout historien vraiment impartial à formuler le jugement suivant :

Après avoir, au mois d'août 19 13, essayé d'attaquer la Serbie, l'Autriche dut y renoncer devant l'attitude de l'Italie.

Le 24 juillet 19 14, elle a remis à la Serbie une note avec des conditions si exorbitantes qu'il fallait s'attendre à une guerre austro-serbe. »

Après avoir rappelé comment, malgré la méritoire soumission du gouvernement de Belgrade, « l'Autriche estima la réponse insuffisante, sans même ravoir examinée » et déclara la guerre, l'auteur détaille les responsabilités de l'Autriche, repoussant a toute conversation avec la Russie », la proposition de Sir Edw. Grey, les deux formules de transaction dues à M. SazonofF, et il ajoute :

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« Enfin, elle a, la première, commencé la mobilisation et les opérations militaires i>.

Cette question capitale et bien mise au point, ce qui était indispensable, car c'est ici que les faux et les réticences du Livre blanc font merveille, ont amené les conclusions suivantes où l'on voit à l'œuvre la main de l'Allemagne conduisant le conflit au terme espéré et attendu par l'Etat-Major de Berlin :

« L'Allemagne a laissé à l'Autriche les mains libres contre la Serbie, refusant d'intervenir sérieusement auprès de son allié pour l'amener à plus de modération, bien qu'elle sût qu'un conflit européen résulterait du conflit austro-serbe.

Elle a toléré que l'Autriche envoyât à la Serbie une note, véritable ultimatum avec des conditions excessives.,. Elle en connaissait d'avance la teneur tout en feignant de l'ignorer.

La guerre une fois déclarée, ce qui était pour l'Allemagne le préliminaire indispensable à la réussite de son dessein, elle a hypocritement fait croire à des tentatives de conciliation, dont les documents diplomatiques ont démontré l'inanité voulue.

Elle n'a jamais adhéré, continue le réquisitoire motivé extrait de la confrontation des livres diplomatiques, aux propositions conciliantes et très ac-

ceptables de la France, de T Angleterre et d^ l'Italie, demandant une voie de médiation qui aurait ménagé toutes les susceptibilités.

Elle a cherché à obtenir de l'Angleterre la promesse de sa neutralité, et par là elle a ouvertement dévoilé son intention bien arrêtée de faire la guerre, alors que les puissances alliées, ycompris l'Italie, travaillaient activement au maintien de la paix.

Elle a rendu la guerre inévitable par son brutal ultimatum à la Russie, suivi de celui qu'elle a porté à la France, prétextant faussement, et cela sciemment, que la Russie avait la première mobilisé, alors que ce grave tort est imputable à l'Autriche seule. »

Si l'on avait le loisir de se reporter aux détails topiques qui soulignent l'audace des déclarations de guerre de l'Allemagne, on insisterait sur les motifs gravement allégués à Paris par M. de Schœn, sur ce « bombardement de Nuremberg; par les aviateurs français signalé le 3 août à 5 heures du soir pour justifier la rupture diplomatique, fable que les Allemands eux-mêmes ont été ensuite forcés de démentir un an après (i). Mais à quoi bon s'attarder aux mensonges secondaires, alors que l'aveu forcé des faux Allemands

(i) Voir \t Journal des Débats du 29 mai 19 16, et plus haut, p. 82.

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