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L'ALLEMAGNE ET LA VÉRITÉ

ressort non seulement de la comparaison des divers livres diplomatiques et des pièces qu'ils ont révélées, mais des silences calculés, des omissions d'ailleurs maladroites opérées à dessein dans le mémoire apologétique allemand, le plus pauvre en pièces justificatives (28 en tout), alors que le Livre bleu serbe en avait produit à lui seul 58 ?

<L Les Allemands, conclurons-nous avec l'auteur cité, ont beau payer d'audace et rejeter les responsabilités sur les autres ; ils ont beau frelater leurs documents et dénaturer les faits, la vérité les domine de haut, et, loin qu'ils l'aient pour alliée, ainsi qu'ils le prétendent, c'est elle, au contraire, qui est leur ennemie, qui leur fait la guerre et qui triomphera de leur perversité, y)

En effet, le vrai, cet auxiliaire de la diplomatie franche auquel M. Thiers faisait appel en 1836 à propos de la délicate affaire de Varsovie, suffira de plus en plus à ruiner les tentatives malhonnêtes et maladroites d'une propagande pro-allemamledont les efforts multipliés font plus, chaque jour, pour la cause des alliés et du bon droit que des apologies superflues. Il est superflu d'exposer amplement la suite des falsifications germaniques. Nous avons de meilleurs aveux ; car, après avoir cherché à nier leur injuste agression, les Allemands, bourreaux de la Belgique qu'ils avaient violée, ont tenté de salir leurs victimes. La trop ingénieuse

no

légende des francs-tireurs belges, loin d*effacer les atrocités de Visé, de Louvain et de Dinant, a fait descendre plus bas dans le mépris des peuples civilisés ce peuple qui fait de la calomnie scientifique son arme de prédilection. Telle diplomatie, telle armée. L'Allemagne qui avait souvent insisté sur le rôle subordonné des chanceliers et des ambassadeurs à l'égard de l'Etat-Major, chef suprême du pays allemand en guerre, n'aura pas lieu de se réjouir, pour sa réputation future, des hauts faits de ses hommes d'Etat. Les successeurs de Bismarck n'ont su imiter que sa duplicité, moins la manière, moins le génie du mensonge.^

9 février 191 7.

L'ensemble des Allemands, — car il faut fairel part d'honorables exceptions du moins possibles, bien que muettes encore — s'obstine à couvrir et à défendre à outrance les procédés de leur Kaiser. Ce nouveau Messie > d'étrange sorte, est au-dessus de tout, et ses trop dévoués sujets s'indignent des épithètes qu'il s'est attirées. Pour un peu, ilsdé- .nonceraient, dans ces atteintes au respect qu'ils prétendent dû à leur idole, des crimes de lèsemajesté. Ils y voient surtout de graves infractions à la neutralité. Aussi je ne suis pas bien certain que le qualificatif Guillaume le Négrier dont l'insaisissable et courageuse « Libre Belgique» flétrit le César allemand, ne constituera pas un délit de presse, passible au moins de la censure. Le caviar ou les tribunaux trop amis de l'im partialité sereine et du bon renom du sanglant souverain qui gère les Empires du Centre ne pourront rien pourtant contre les stigmates qu'infligera l'histoire. Elle dira comment la rénovation en grand, en colossal, de l'esclavage antique tenta de faire reculer

riiumanité jusqu'au siècle d'Alaric ou d'Attila.

Demeurons aujourd'hui dans des régions purement historiques, au temps où la Grèce luttait contre ses bourreaux turcs, alliés tout désignés du grand directeur des déportations de Belgique. En 1826, à la Chambre des Pairs, Chateaubriand, alors un des chefs de l'opposition, trouva le moyen de se déclarer pour la Grèce victime et de protester contre la traite des blancs que les Ottomans pratiquaient alors sur leurs navires et même sur des vaisseaux neutres.

Bien qu'il fût interdit de traiter à la tribune la politique étrangère, de peur de nuire aux combinaisons timides du cabinet de Villèle, l'ancien ministre glissa sa déclaration, à la faveur d'un ingénieux amendement, dans un projet de loi alors débattu sur la police des mers du Levant. Son discours, prononcé à la séance du 13 mars 1826, mérite d'être rappelé. En voici quelques fragments : « Messieurs, j'ai remarqué dans le projet de loi soumis à votre examen une lacune considérable et qu'il est, selon moi, de la dernière importance de remplir. Le projet parle des contraventions... Il en résulte que ces contraventions, etc. (non prévues par les lois pénales) ne peuvent être atteintes par les lois pénales existantes. Ainsi, par exemple, Messieurs, il a été loisible d'entreprendre la traite des noirs jusqu'au jour où on l'a défendue. Eh

bien ! un crime pour le moins aussi effroyable, que je nommerais la traite des blancs, se commet dans les mers du Levant, et c'est ce crime que mon amendement vous propose de rappeler afin qu'il puisse tomber sous la vindicte des lois françaises. »

Le noble pair taisait remarquer que l'expression trop spéciale i< toute part quelconque qui sera prise au trafic connu sous le nom de traite des noirs sera punie» désarmait nos consuls contre les capitaines devaisseaux qui transporteraient des esclaves blancs ramassés par les Turcs, et supposant deux navires abordant ensemble à Alexandrie, un négrier parti d'Alger, de Tunis ou de Tripoli et c( un autre vaisseau chargé de malheureux esclaves grecs enlevés aux champs dévastés d' Argos et d'Athènes :8 , il ajoute : « Vos lois puniront dans le même lieu, dans le même port, à la même heure, le capitaine qui aura vendu un homme noir, et elles laisseront échapper celui qui aura trafiqué d'un homme blanc ». Chateaubriand demandait donc que les mots plus compréhensifs trafic des esclaves fussent substitués à traite des noirs.

L'amendement fut combattu par le garde des sceaux comme superflu et visant un crime réputé impossible. Nous savons, aujourd'hui plus que jamais, que toutes les horreurs, même invraisemblables, même omises comme telles dans les conventions de La Haye sont aussi lam.entablement

fréquentes que les contraventions à ces mêmes prohibitions humanitaires, foulées aux pieds par l'Allemagne. Le « chien enragé de l'Europe », suivant le mot expressif de Lord Curson, s'embarrasse peu de noyer des innocents ou de contraindre des civils à travailler dans des usines de guerre contre leurs compatriotes. Mais en 1826 on ne pouvait prévoir Guillaume IL Appuyé par Laîné, l'amendement ce en faveur des Grecs »tut voté par les Pairs, mettant le ministère en mauvaise posture devant l'opinion.

Le Journal des Débats an 16 mars 1826 soulignait en ces termes la véritable portée de ce succès : « La victoire obtenue sur le ministère dans la chambre haute par M. le vicomte de Chateaubriand et Laîné est un véritable événement. C'est une chose glorieuse pour la Chambre desPairs, glorieuse pour notre temps, glorieuse pour la France, que la consécration de ce principe qu'un Français est criminel aux yeux de son pays quand il concourt à réduire un de ses semblables en servitude. Ainsi une pratique abominable que l'antiquité inventa, que sanctionnèrent ses philosophes, à laquelle s'associèrent dans le monde entier ses législateurs et ses sages, l'esclavage est hautement réprouvé, hautement flétri par les législateurs dont notre patrie s'honore ».

On peut laisser au lecteur le soin d'appliquer ces textes aux événements d'aujourd'hui. Les phénomènes de régression dont la Kultur nous donne le spectacle dans la traite des civils condamnés aux travaux forcés et réduits en esclavage pour « sauver )) l'Allemagne ne peuvent qu'éclairer le monde et justifier le mot cruellement smistre de Ruydard Kipling : « L'Humanité se divisera désormais en deux catégories : les Hommes et les Allemands».

Revenons à Chateaubriand et aux séances de la Chambre des Pairs où il combattait pour la Grèce et pourThumanité. Il est assez piquant de constater que la lacune qu'il signalait dans îa législation française avait été partiellement comblée trois ans auparavant par une|ordonnance de Charles X, en date du i8 janvier 1823.

Le Journal des Débats qui en signale la découverte et la cite dans son numéro du 19 mars, y joint ces réflexions : a On voit... que cette ordonnance fut rendue lorsque M. de Chateaubriand, nouvellement entré dans le Conseil des Ministres, avait vraisemblablement alois quelque influence dans le Conseil, et que les ministres aujourd'hui avaient si complètement oublié cette ordonnance qu'ils ne s'en sont même pas servi pour combattre l'amendement du noble pair ». A quoi il est permis peut-être d'ajouter que le noble pair avait lui-

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même assez oublié l'ordonnance pour ne pas en fortifier son amendement. Les Déhats continuent : « L'eussent-ils fait, on eût adopté l'ainendement » , parce qu'une loi inviolable partout l'emporte sur une ordonnance de simple police ».

C'est d'un intérêt très rétrospectif de constater avec l'opposition d'alors que les ministres niaient en 182e ce qu'ils avaient affirmé en 1823. Mais il est plus curieux de constater, comme nous y invite certain « Diplomate » anonyme qui nous adjure de ne point faire de politique de sentiment ni d'escompterla « reconnaissance » future des nations, combien la Grèce est aujourd'hui loin de ce que la rêvait Chateaubriand. Raison déplus peut-être pour citer ses paroles. Il avait dit, dans le discours du 13 mars, prévenantou aiguillonnant les alarmes du Cabinet résolu à ne point intervenir pour les Grecs, de peur de se brouiller avec les Turcs et avec d'autres peuples plus voisins de nous : a Ne craignez pas, Messieurs, que je vienne vous faire ici un tableau pathétique des malheurs de la Grèce, que je vous entraîne dans ce champ de la politique étrangère où il ne vous conviendrait peut-être pas d'entrer. Plus mes sentiments sont connus sur ce point, plus je mettrai de réserve dans mes paroles. Je me contente de demander la répression d'un crime énorme, abstraction faite des cause» qui ontj

produit ce crime et de la politique que TEurope chrétienne a cru devoir suivre. Si cette politique est erronée, elle sera punie ; car les gouvernements n échappent pas plus aux conséquences de leurs fautes que les individus » .

Cette leçon aux peuples et à ceux qui les gouvernent est de tous les temps. Combattants et neutres peuvent se m.ettre à l'école de ces réflexions philosophiques et il est certain que les crimes collectits, qu'ils soient d'abstention ou d'action, ne peuvent être payés que par les collectivités qui s'en rendent coupables. Il n'y a pas d'au-delà pour les nations : elles sont châtiées ou récompensées icibas.

Dans sa réplique au Garde des sceaux, Chateaubriand avait dit : «( M. le Garde des sceaux ne me semble pas avo détruit ni ce que j'ai avancé touchant le crim i ce que j'ai soutenu sur la complicité du j n:e. Il se contente de tout nier. Mais nier n'es } as prouver. Et moi, pour soutenir que les transports d'esclaves existent, je m'appuie sur les rapports de tous les voyageurs, sur les récits de toutes les gazettes imprimées en Orient... Voilà, Messieurs, des faits connus de tout l'univers ! »

Encore une fois, l'actualité de ces souvenirs d'histoire ancienne est inutile à signaler. Nous connaissons cette tactique qui nie tout. // n est pas vrai, c'est le couplet des 93 (c intellectuels » aile-

mands ; couplet commode qui prouve peu contre des faits trop prouvés.

Jadis, célébrant la victoire signifiée par l'adoption de l'amendement du 13 mars^ le journaliste des Débats avait écrit : « Il y a enfin un grand peuple qui a pris fait et cause pour ia Grèce, qui a dénoncé à l'humanité ses bourreaux, qui a intercédé pour les martyrs de tout ce qu'il y eut jamais de grandes et saintes causes sur la terre, la patrie, la religion et la liberté ».

Aujourd'hui, c'est l'Europe entière, ce sont les deux mondes qui s'émeuvent pour réprouver les déportations de la Belgique, du Luxembourg et des pa5^s occupés par l'Allemagne. Qui osera jamais réhabiliter les bourreaux ? Qui ne méprisera l'auteur responsable de cette traite des blancs qui nous fait reculer jusqu'aux siècles barbares ? Aces tristesses, il est une compensation pourtant, c'est de voir clair, c'est de retrouver les Germains de Tacite, combattant ad pradam. Peuple de proie, pirates et égorgeurs, ils n'ont changé que leurs armes ; les âmes n'ont pas varié. Guillaume le Négrier est leur digne monarque ; mais a-t-on le droit de le dire ?

12 février 1917.

Parmi les bons ouvriers qui travaillent à réparer les ruines accumulées sous l'influence de la guerre, il faut certainement compter le R. P. Gillet, de l'Ordre de Saint-Dominique. Son livre, L'Eglise et la famille, que vient d'éditer la maison Desclée, est une de ces œuvres utiles qui comptent et opèrent le bien qu'elles tendent à promouvoir. Ce livre en effet est « le produit de dix conférences données à l'Institut Catholique de Paris pendant le premier trimestre de l'année scolaire 1916-1917 ». La question sociale et vitale qui est traitée mérite entre toutes Tattention. a Si l'on réfléchit, lit-on dans !a préface après une statistique douloureuse et effrayante des décroissances progressives de la natalité française depuis quarante années, si l'on réfléchit que depuis lors, la guerre, en décimant nos jeunes gens par milliers, a posé ce redoutable problème de la population à l'état aigu... on conviendra qu'une étude sur l'Eglise et la famille s'impose d'elle-même à... tous les Français qui ont

gardé au cœur le culte de la patrie et de la religion. 1

On a dit : la guerre détruit, l'éducation cons-'Jjj truit. C'est profondément vrai et l'un des plus efficaces remèdes aux maux présents est de faire oeuvre de saine éducation. La vérité nettement vue et courageusement dite est toujours salutaire et l'auteur du nouveau volume n'a pas eu tort de penser que parmi les arguments de nature à ramener ceux qui croient et veulent pratiquer leur foi à l'observation des règles morales qu'elle leur enseigne, le rappel « de cette triste réalité sociale que beaucoup ignorent » aurait son efficacité. Il a donc voulu montrer aux catholiques que les fautes commises en m.atière de limitation volontairedes naissances, « en compromettant personnellement leur salut..., mettent aussi en péril celui de la société... attendu qu'en justice^ ils sont tenus de donner à la société les enfants dont elle a besoin ».

Les austères leçons que rassemble ce livre répondentàcette constatation indiscutée : la véritable cause delà dépopulation en France, c'est la faiblesse de la natalité. Cette faiblesse étant non pascongénitale (la légende de notre dégénérescence propagée par l'Allemagne a fait long feu) mais voulue, on a le droit de dire : au premier rang de ces causes de la stérilité volontaire et intentionnelle, il faut

placer la disparition quasi absolue de T éducation religieuse.

« C'est, ajoute Tauteur, de la plupart des familles chrétiennes que l'éducation a disparu en France... et c'est pourquoi, en abordant un problème aussi vaste et aussi complexe que celui de la Famille française, à l'heure présente, je l'aborde surtout en éducateur. »

Malgré les précautions qu'a prises le P. Gillet pour ôter à sa thèse ce qu'elle pourrait offrir d'absolu et ne point présenter ce Téducation religieuse )) comme une panacée universelle, il n'est point inutile de constater que des îlots, trop clairsemés sans doute et des élites, moins rares peutêtre que leurcondition d'exception ne le laisse entendre, ont subsisté chez nous. Certaines listes de « belles familles » ont étonné le monde et un peu nous-mêmes. Français, qui nous ne nous connaissions guère et savions nous dénigrer à plaisir. Mais ces réserves faites, et elles ne sont pas superflues, il faut donner acte au conférencier qu'il a eu raison de professer que l'éducation religieuse « n'est qu'un remède entre beaucoup d'autres, tout en étant supérieur aux autres.»

Il a de meilleur que les autres remèdes d'entrer plus profondément dans le vif du sujet, d'atteindre aux sources profondes de la volonté. Mais en cette crise, aucune solution utile ne doit être écartée et

le mal est assez pressant pour que tous agissent suivant leurs moyens et leur influence.

« Rendre à la nation le goût de la famille par la réforme des mœurs et des lois, c^est à quoi doivent tendre tousles efforts, d'où qu'ils viennent. Or, s'il appartient surtout à l'Etat de réformer les lois, c'est avant tout le propre des éducateurs de réformer les mœurs, s On ne saurait mieux exprimer ces vérités trop évidentes et d'autant plus connexes que les lois, on le sait trop, ne peuvent rien contre les mœurs et que les réformes ne se décrètent guère efficacement ni utilement si chacun n'y aide. Dans un article déjà ancien, car il date du 28 juin 1916 et porte sur un sujet tout difî"érent du nôtre,^M. Jean Herbette, sous le titre : Au bruit du canon anglais, soulignait la manière empirique de l'organisation anglaise dans Teffort réalisé pour devenir « une grande puissance militaire ». Il écrivait : « En Angleterre même, on a reproché à l'organisation anglaise d'être empirique et lente. Reconnaissons à notre tour, non par complaisance pour nos alliés, mais dans l'intérêt de nos espérances actuelles et de notre politique future, que l'empirisme a produit l'ampleur, et que la lenteur a produit la solidité.

M. André Chevrillon a admirablement exposé, dans son ouvrage sur l'Angleterre et la guerre, la différence radicale qui existe entre l'effort anglais

et l eftort allemand. L'effort allemand vient d'une idée préconçue qu'un gouvernement impose à la masse. L'effort anglais est la somme d'une infinité de volontés individuelles qui se forment au contact des faits et qui se disciplinent pour atteindre un but commun. lien résulte que l'effort allemand se déclanche dès le premier moment comme une machine bien montée, mais qu'à la longue il est toujours court par quelque endroit : car un plan préconçu ne peut pas tout prévoir, surtout quand il est immoral. L'effort anglais, au contraire, s'accroissant et s'endurcissant chaque jour au choc des réalités, peut suffire à la tâche la plus lourde, à condition qu'il ait le temps pour lui.

Le temps, c'est la France qui Ta apporté. » Il n'est pas difficile d'appliquer à la réforme des familles les principes énumérés dans le parallèle fait par M. André Chevrillon entre les deux manières du quasi collectivisme allemand et de l'individualisme anglais. Ce sont d'ailleurs de graves problèmes sociaux que soulève la tentation trop commune d'opposer l'individu à la société jusqu'à les mettre en conflit ou sacrifier l'un à l'autre. Le R. P. Gillet a traité cette question avec ampleur et il convient de renvoyer à son étude. Ce qu'il est permis de retenir ici, c'est la netteté de son programme. « Tout homme, écrit-il, a le devoir de

contribuer à la perpétuité de sa nation, exactement comme ii a le devoir dé la défendre. Voilà la vérité essentielle qu'il s'agit de mettre en lumière et que je voudrais voir inculquer à tous les Français. » C'est là un enseignement « humain » et universel et si les peuples, quels qu'ils soient, s'en inspirent, la prospérité qui est leur fin sur la terre, leur sera certainement assurée. Une fois de plus il sera démontré que la loi morale est la meilleure, la suprême, sinon l'unique garantie des sociétés. L'éducation « religieuse » à laquelle Tauleur attribue avec raison un rôle si important dans la solution du grave problème qui est et restera, quoi qu'on fasse, à l'ordre du jour pour longtemps, a la prétention, et justifiée, démontrer que pour répondre à la fois aux exigences de la science et de la raison, dans la question des rapports réciproques de la société et de l'individu, il faut audessus de ces deux termes, qui ne sont pas des fins, « admettre l'existence d'un Etre qui, par sa transcendance même soit la raison d'être absolue de la société et des individus... la règle inviolable de leurs droits et le fondement inébranlable de leurs devoirs ».

Il en faut bien revenir à la parole du Psalmiste : Nisi Dominus adificaverit domum, et reconnaître l'inanité des constructions sans base éternelle. Or, pour que chaque homme reconnaisse

à la fois son automonie et sa subordination native pour qu'il soit aidé, mais non absorbé par l'être collectif dont il fait partie, sa condition sociale lui doit être enseignée au vrai. Aussi l'auteur du livre est-il en droit de conclure le chapitre où sont magistralement discutées les données rationnelles du grand problème de demain par cette déclaration :

« Si les individus d'une part, et la société de l'autre, au lieu de tant parler de leurs droits, s'occupaient un peu plus de leurs devoirs, ils seraient bien près de résoudre la question sociale... Le redoutable problème de la famille qui nous préoccupe tout particulièrement ne paraîtrait pas aussi insoluble. Tout le monde finirait par comprendre que, sans porter atteinte aux droits réciproques de la société et de l'individu, tout homme a le devoir de contribuer à la perpétuité de sa nation exactement comme il a le devoir de la défendre. »

La question est assez vaste et actuelle pour qu'il soit opportun de revenir encore sur le volume où elle est traitée (i).

19 février 1917.

(i) Voir plus bas, § XVII, p. 133, et § XVIII, p. 144.

ENTRAINEURS D'AMES

Dans toutes les institutions et sous tous les régimes, et plus que jamais peut-être quand, au lieu d'un pouvoir monarchique et centralisé, l'opinion gouverne, faite d'une collectivité de volontés tendues vers le même but, le rôle des élites a été souverain. Les vrais et efficaces courants directeurs sont la résultante des vues les plus éclairées, des emprises les plus fortes et l'union, comme la discorde, dépend de l'influence des entraîneurs d'âmes. On l'a vu plus qu'auparavant peut-être durant cette guerre véritablement sans précédent connu dans l'histoire. Les glorieux Livres d'or et de sang dont se réclament à bon droit toutes les professions, libérales ou manuelles qui nombrent leurs morts et pèsent les grands exemples inscrits à l'actif des divers € corps de l'état » membres de la famille française, attestent cette puissance d'action des véritables dirigeants, parfois inconnus la veille. L'héroïsme anonyme a coulé à pleins bords, mais c'est parce que dans le flot des dévouements obscurs entraînés en une seule masse compacte il est possible de dis-

tinguer les éléments actifs qui donnaient au courant sa force et son orientation. Ce n'est ni le grade en soi ni la fonction qui créent cette mai- j trise et cette autorité qui se révèlent à l'heure de 1 Taction. Qui dira pourquoi et comment, dans une ^ troupe subitement privée de ses chefs, l'œuvre utile à faire, le moyen le meilleur de sauver ou de rétablir la situation jaillit tout d'un coup d'un de ceux qui sont là tous égaux devant le danger, et d'un commun accord acceptent et comprenent le mot d'ordre, le cri de ralliement spontané sorti au moment opportun et tout à la fois proféré et écouté par une sorte d'instinct collectif ? Le mystère de ces influences, on peut laisser aux psychologues le soin de l'expliquer, s'ils en ont le loisir ou l'habileté. L'important, pour le bien de tous, c'est que le fait existe. On Ta maintes fois constaté depuis que la « nation armée» ne fait plus qu'un front devant l'ennemi. Il importe que l'ambition noble 1 et salutaire d' « égaler » les meilleurs, de s'élever, mais pour mieux servir, et non pour se servir des autres, possède tous les cœurs. La dette de tous sera immense envers ceux qui sont tombés; la -fl besogne sera formidable pour continuer leur effort et refaire, selon leurs vues, la c< plus grande France » qu'ils ont rêvée et pour laquelle ils sont morts. Comment ne point trouver dans de si poignants souvenirs et devant une tâche si belle et si vaste

ENTRAINEURS D AMES 129

les mobiles d'une émulation égale pour tous et inspirant A chacun l'intense désir de s'appliquer de son mieux à sa part d'action et d'influence? A l'heure où se trncent ces lignes, un même élan n'emporte-t-il pas contre les Vandales dont ils surprennent les traces fraîches et les abominables méfaits, tous nos soldats avides de venger les victimes et d'infliger au bourreau surpris en pleine besogne de destruction le châtiment mérité ? Ce vouloir collectif qui discipline et unit l'effort des combattants, chacun suivant son arme et à son poste, il n'y aura pas moins de nécessité de le prolonger lorsqu'il sera question de réparer les ruines accumulées par l'envahisseur. Il faudra que, pourcela, les élites marchent en tête, et qu'en même temps tout Français rêve d'entrer dans ces élites, d'être de ces vaillants qui s attelleront à la tâche. Rien ne semble dénature à unir davantage qu'une même passion pour un même objet, lorsque ce b'.n des communs efforts, au lieu d'être susceptible de partage ou de diminution entre les concurrents qui s'y attachent, est comme cet amour maternel dont le poète disait :

Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier.

Or il en est ainsi, n'est-il pas évident, de cette grandeur de la France ardemment aimée et servie

qui a groupé en un faisceau et les entraîneurs d'âmej et les âmes entraînées.

On a maintes fois signalé l'accord et la parenK d'action des instituteurs et des prêtres à l'armée. Sans disserter ici sur leur préparation antérieur^ et à n'accepter que le fait, il suffit de rappel( cette boutade d'un instituteur sous-lieutenant?! « Croyez que parmi les plus braves, sans vantardise, se trouvent toujours un instituteur et un' curé. D M. Raymond Thamin, qui la cite dans son bel article : L Université de France et la guerri {Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 19 16) l'a faî! précéder de la lettre d'un simple soldat (un Père] Jésuite) à un capitaine de vingt-huit ans, instituteur. Elle est trop expressive pour être omise et| tiendra lieu d'une plus ample démonstration.

Mon capitaine... Je veux vous remercier de toutj ce que vous avez fait pour moi et pour les autres de la coQjpagnie. Je vous remercie de ce que vous vous faites aimer de vos hommes en étant bon pour eux et en leur montrant que vous les aimez; je vous remercie aussi de ce que vos hommes vous voient souvent, et de ce que votre présence vient souvent leur rendre courage et ardeur, et cela, même la nuit, même lorsque le temps est mauvais, même quand sifflent les balles et que les obus ne tombent pas loin ; je vous remercie de ce que vous dites à vos hommes de se baisser, tout en regardant, vous, au-dessus du parapet, car tout cela

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redonne courage au soldat et rend la vie moins dure. Je ne vous dis pas cela pour vous flatterflatter est une chose bête qui ne sert à rien. Mais je vous dis cela, parce que je sais que cela donne courage et force à un homme de savoir qu'il réussit à faire du bien. Et je serais heureux si j'avais pu alléger et rendre moins dure en quelque sorte votre tâche si pénible de chef de guerre.

Laissons de côté ce qu'a pu avoir de réconfortant ce témoignage si à propos envoyé pour payer iofficier de ses peines. Le fait, le trait matériellement pris de cette entr'aide mutuelle suffit à luimême à titre de symbole et en résume des milliers d'autres. Que l'on songe seulement, car l'avenir nous est plus précieux que le passé, à ce quepourra faire, à mesure qu'elle se multipliera, la moisson des entraîneurs qui ne doit pas cesser de croître. La réponse est trop évidente pour que la question soit utile à poser.

Un vœu suffit. Quelle que soit la condition sociale de chacun, tous tiendront à honneur de réaliser le programme que traçait aux membres de renseignement universitaire M. Raymond Tliamin, lorsque rappelant le bilan des hécatombes, il ajoutait : a II reste aux générations futures et aussi aux survivants le devoir de travailler double pour remplacer cette génération de sacrifice ». La société française tout entière aura besoin de ces

LE BON COxMBAT

élites par lesquelles vaut un peuple et qui haussent à leur idéal le corps tout entier qu'elles animent et dont elles émanent. Mais ces « entraîneurs » ont de qui tenir et leurs « aînés dans la carrière » leur ont montré les sommets.

23 février 191 7.

UxNIR

La guerre détruit hommes et richesses; elle disperse en efforts nuisibles les activités faites pour converger vers le bien-être et le mieux-être de l'humanité. Les méfaits de la lutte doivent donc être combattus et réparés autant qu'il est loisible pendant qu'elle dure et nous devons aussi, pour le temps où elle cessera (car elle cessera un jour), disposer tout pour effacer au plus vite les traces funestes que les conflits meurtriers laissent derrière eux.

Tout ce qui contribue au développement de l'éducation morale nous doit être précieux. Les véritables leçons de la guerre doivent être appliquées pendant la paix, mais il les faut tirer, même la guerre non finie, au tur et à mesure que l'expérience en montre la nécessité ou les avantages.

Dans le livre qu'il a écrit, sur la question de la dépopulation, sous le titre L Eglise et la famille, le R. P. Gillet disait : « S'il appartient surtout à l'Etat de réformer les lois, c'est, avant tout^ le propre des éducateurs de réformer les mœurs. Et

si l'union sacrée doit survivre aux circonstances tragiques qui l'ont fait naître, il importe que ce soit sur ce terrain mouvant de la reconstitution de la famille, puisqu'à brève échéance l'avenir d'une France même victorieuse en dépend. »

Il est impossible de ne point souscrire à ce vœu, mais il est consolant aussi de constater qu'il émerge de toutes les âmes, comme par une germination spontanée qui n'a rien d'étrange. Ce besoin universe l d'entente qui est venu d'une commune résistance à un ennemi commun a eu l'avantage de révéler les uns aux autres maints esprits faits pour se comprendre, mais que séparait jadis une triste barricade. Il suffirait, pour en avoir la preuve, de parcourir les numéros parus de la feuille mensuelle intitulée : Pour T Union sacrée, scolaire. La penséede cette « Union » est née dans les tranchées, nul n'en sera surpris. Elle a groupé déjà bon nombre d'adhérents venus des pôles les plus opposés et <" prenant pour devise, expérience faite des heureux résultats de cet accord des âmes les plus diverses, la résolution de ne rien perdre, après la guerre, des conquêtes réalisées sous le feu de l'ennemi. L'œuvre qui suit modestement son chemin n'a point fait et ne cherche pas de réclame. Mon dessein, en la mentionnant, sans nommer du reste encore les promoteurs, est seulement de glaner dans la moisson déjà récoltée quelques phrases

plus significatives, afin de répondre par des faits aux suggestions ennemies qui essaient de semer, à l'étranger surtout, des ferments de discordes. Voyez comme ils se déchirent, disent volontiers les propagandistes hostiles à la France, essayant de persuader, trop tard et en vain, que nos divisions survivent à la guerre ? Comment le feraientelles, puisque la guerre n'a fait que révéler et hâter les gerjies de rapprochement qui surgissaient déjà des âmes attentives à l'action profonde et préservées par leur labeur utile des excitations politiciennes qui fermentaient seules ou surtout des discordes dont elles vivent?

Prenons-en pour preuve cette citation d'une conférence contradictoire, tenue à Conflans le 6 février 1913, publiée dans le numéro 4 du Bulle tin sous le tiire Instituteur et Curé.

« Je suis navré de penser aux luf^es fratricides qui se livrent sans cesse autour des prêtres et de l'instituteur.

« L'un et l'autre appartiennent aux familles les plus laborieuses et les plus honnêtes du pays ; l'un et l'autre ont senti leur cœur palpiter devant une œuvre, peu lucrative, pénible entre toutes, mais où il leur -era possible de servir un grand idéal et, ils sont partis, abandonnant leurs champs, leur chaumière, l'un pour le séminaire, l'autre pour l'école

normale, se préparant à leur missiorîfuturepar un' labeur acharné ; à 23 ans, ils reviennent tous les. deux dans la solitude de leurs villages de campagne, ils y trouvent les déceptions, l'isolement, l'ingratitude ; ils s'efforcent pourtant de surmonter tous les obstacles et de mener à bien leur mission quand même. Mais voici que la hideuse] politique prend ces deux hommes, faits pour sei comprendre et pour s'estimer, et les jette l'un' contre l'autre, dans une lutte néfaste dont vosi enfants sont les premières victimes.

« La commune se divise en deux camps, celui d( l'opposition et celui du bloc. Celui-ci montrant le curé aux entants qu'il est chargé d'instruire] leur dit : Voici le Calotin. Celui-là désignant l'instituteur, reprend : Voici l'Aliboron. Et vouî voulez que vos enfants vous respectent et se préparent aux grandes tâches sociales alors que vous' couvrez ainsi de boue les deux éducateurs chargés de les élever, je vous dis que c'est de la démence et que, plus tard, nos fils rougiront de nous,! si nous ne parvenons pas à nous ressaisir ! »]

On n'a que l'embarras de choisir entre tant de] déclarations concordantes que l'on aurait qu'à! copier au hasard. Toutes rendent le même son ;] mais les plus suggestives sont celles où la guerre aUx malentendus est le plus hautement proclamée,

Ainsi, cette attestation de M. Tabbé Antoine Dieuzayde, S. J. aumônier régional de l'Association catholique de la jeunesse française. (( Aumônier depuis plus de dix ans à l'hôpital de X... mes meilleurs amis et plus souvent mes meilleurs paroissiens ont été des instituteurs. J'ai eu l'occasion de donner une retraite à des institutrices publiques laïques. Nous nous sommes admirablement compris. Je n'ai pas encore trouvé sur mon chemin — ce témoignage ne dépasse d'ailleurs pas mon expérience personnelle et je ne prétends pas avoir rencontré tous les instituteurs de France — je n'ai pas rencontré jusqu'ici l'instituteur forte tcte, sectaire et mangeur de curés : et je crois que de même les instituteurs, de leur côté, ont rarement rencontré la caricature du ratichon que les journalistes leur ont si souvent dessinée. Les caricatures sont de bien mauvais documents.

Aux deux pôles de la pensée, on tend au même but : l'union française. Un peu partout, il y a des âmes singulièrement parentes. Leur faiblesse a été de ne pas s'être groupées. Groupons-les.')

Citons aussi côte à côte la formule d'un abbélieutenant disant ce qu'il a vu et constaté, et la touchante espérance, motivée d'ailleurs, que M. G. Desdevises du Désert, doyen honoraire de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrant, exprime à propos de l'avenir de F Union sacrée scolaire.

De M. rabbé f. D. lieutenant :

<( Comme prêtre officier, j'ai connu particulièrement deux instituteurs officiers dont la nature spécialement franche et droite m'avait séduit. Plusieurs fois, dans ces conversations intimes dont le service procure si souvent l'occasion, nous avons senti combien l'œuvre du prêtre et celle de l'instituteur sont faites pour aller ensemble. Quelle faiblesse pour un pays lorsque ces deux influences éducatrices divergent ! Quelle force pour ce même pays lorsque ces deux influences sociales sont convergentes ! »

M. G. Desdevises du Désert écrit :

(c Le secret de l'union sacrée, c'est le respect d'autrui, le respect de la personne, de sa dignité, de son honneur, de sa liberté. Cette vertu est extrêmement rare chez nous. Elle est oblitérée par l'esprit de secte et l'esprit de parti. Je désire de tout mon cœur que l'union subsiste après la guerre ; j'espère qu'il y aura quelque chose de changé, qu'on sortira de l'atmosphère de mensonge ovi l'on étouffait ».

Aussi bien, faudrait-il tout citer. Terminons par l'attestation de M. J. Magnez, instituteur public à Paris, inspecteur des Eclaireurs de France de la Seine.

« ... Je suis dans mon arrondissement (le XP), un défenseur convaincu de l'Union sacrée autour de l'école et dans la jeunesse, et j'ai le plaisir de constater que maire, curés et pasteurs recommandent ma section aux familles. Les résultats en paraissent satisfaisants puisque mes jeunes Eclaireurs ont donné, depuis le î" août 1914, 10.300 journées de services de guerre dans les hôpitaux militaires sans encourir un reproche.

« ... La pensée philosophique et religieuse animant la vie d'un honnête homme mérite autre chose que la tolérance : elle commande le respect. »

Ce sont là des faits et des preuves, heureusement entre un grand nombre, sans compter les traits encore inconnus. Semés partout, ces gages d'une véritable entente indestructible porteront leurs fruits et toute la France entendra la voix d'outre-tombe évoquée par M. îmbart delà Tour, nous montrant à l'œuvre dans la pensée d'unir d'abord et partout, le regretté marquis de Vogué :

« Le marquis de Vogué, loin du « stérile remous de nos querelles », conserva « le sens aigu de nos intérêts permanents j> : « Unir d'abord. Rapprocher les esprits, apaiser les haines, celles d'idées ou celles de classes... L'union lui semblait nécessaire partout... Et combien plus encore l'eût-il

voulue entre fils d'un même pays î La France pouvait-elle attendre la toui^mente pour retrouver sa force dans son accord?... Et ce fut enfin une autre de ses maximes, que, quel que fût le succès d'une pareille œuvre, le devoir était de l'entreprendre ».

« C'est en pensant à nos morts, écrivait un autre adhérent, M. Paul Wiriath, Directeur de l'Ecole supérieure de Commerce de Paris, que nous pourrons maintenir l'Union sacrée des vivants pour la France. »

Tant de témoignages convergents sont plus qu'une promesse ; l'idée vit, elle marche et, comme la Renommée antique, elle attire à soi les forces qu'elle multiplie et répercute.

5 mars 1917.

« La guerre en même temps qu'elle est une source de ruines sans nombre, écrit M. Léon Bourgeois, peut devenir, par l'excès même de la souffrance, la source de nouvelles et fécondes énergies. » Cela doit être et c'est par là que sera déjoué le calcul infernal de haine qui dicta aux Allemands ce propos rapporté récemment par des réfugiés des régions évacuées par leurs armes, a Nous serons battus, nous le savons, disaient ces sujets du kaiser et ces hérauts de la Kultur^ mais vous serez ruinés ». Les ruines, ils les ont multipliées à plaisir, plaisir, de brutes qui ne réfléchissent point aux conséquences qu'entraînera pour leur pays cette série de dévastations. c< Heure viendra qui tout paiera », dit le proverbe wallon dont l'application commence. Il est vrai que trompés ou le voulant être, ces anciens « vainqueurs» escomptent encore effrontément des c< indemnités » de guerre. Leurs dirigeants, aujourd'hui débordés par les événements et menacés dans leur existence, les leur promettent encore. Il y a mieux à faire que

de réfuter ou de discuter ces inepties, bonnes pour l'Allemagne intérieure. Le véritable résultat de la guerre est entre les mains non seulement des combattants du front, mais du peuple entier des vainqueurs. « Il faut, disait encore M. Léon Bourgeois, qu*après la guerre, rien ne soit perdu de l'accroissement de force que cette fièvre généreuse a fait circuler dans le sang de la nation. » Or, pour qu'il en soit ainsi, il ne faut nullement attendre l'après-guerre ; on doit dès maintenant relever les ruines et il en est de tous les ordres.

Des conférences dans lesquelles V Alliance d'hygiène sociale a étudié dès le dé' ut de la guerre, toutes les réformes imposées* par les nécessités actuelles sont maintenant publiées en volumes. Le premier, qui vient de paraître sous le titre Enfance et jeunesse touche de trop près au sujet déjà signalé précédemm.ent des vies humaines à sauvegarder et à multiplier, pour ne point provoquer l'attention. En voici les principaux chapitres : « La guerre et la vie de demain » — « La santé de la race ». — « La défense de l'enfant avant sa naissance et dans le premier âge ». — « Le rôle de la femme ». — « La tutelle des orphelins ». « L'hygiène scolaire, etc., etc.. »

Ce sont là problèmes multiples et urgents auxquels doivent s'appliquer en esprit d'union tous ceux qui ont à cœur de racheter et compen-

ser les ravages des luttes meurtrières, destructrices de tant de vies fauchées dans leur plein épanouissement. Un peuple ne peut survivre que s'il rétablit, comme tout être vivant attaqué dans sa santé et son intégrité, ses cellules constitutives, et la véritable cellule des sociétés, c'est la famille. Saines, fortes, nombreuses, les familles rendront à la France sa vitalité, la maîtrise de son sol si riche en ressources de tout genre, et c'est pourquoi rien ne peut intéresser plus vivement la pensée contemporaine, je ne dis point seulement chez nous, mais chez tous les peuples qui réfléchissent, que les ouvrages où sont sincèrement posés et creusés ces problèmes de la vie qui regardent l'humanité tout entière. Quelle que soit la politique de demain et que l'on rêve ou non ces Etats-Unis d'Europe dont la pensée se présente à l'esprit au milieu même des batailles engagées, il est certain qu'il faudra vivre, et pour ceia chaque nation devra se soumettre aux conditions de la vie. Au lieu de ces conflits aigus de la lutte des classes qui sont, en pleine paix, des guerres plus funestes que les hostilités entre peuples voisins,

Plus quant civilia hella.

des déchirements plus impies que les guerres civiles, au lieu de ces antinomies irréductibles entre

l'individiret la société dont il est membre, l'un retusant d'être noyé dans la masse, l'autre s'efforçant d'absorber les éléments qui la composent, il importe que l'équilibre s'établisse et que la vraie paix, Tordre stabilisé règne pour le bien de tous. Le R.P. Gillet en a heureusement résumé en ces termes le programme idéal. « Ni sociologisme, ni individualisme, ni absorption des individus par la société, ni de la société par les individus, mais union harmonieuse des individus et de la société sur le terrain ferme de leurs devoirs qui est aussi celui de leurs droits (car on a le droit de faire ce que l'on doit). » Mais il a montré aussi que cet accord ne peut exister entre les deux termes qu'à la condition de chercher hors et au-dessus de l'un et de Tautre le fondement absolu des devoirs et des droits en Dieu, créateur et législateur des sociétés et des hommes qui les composent.

« C'est pourquoi, ajoute-t-il, les droits de l'homme ne sont que l'envers de ses droits. Ce qui est premier, ce n'est pas le droit, mais le devoir, le devoir crée le droit. »

Voilà sans doute pour rassurer contre la victoire de l'Entente ceux qui croiraient encore que l'Allemagne préconise seule les sociétés stables et la^ hiérarchie des pouvoirs. Aussi bien, elle adonné sa mesure sur sa conception pratique du droit. Celu

de la force qu'elle reconnaît seul, va permettre aux vainqueurs de l'aider à comprendre qu'il en est d'autres. Les sanctions et garanties qui sont le seul but de guerre revendiqué par l'Entente n'ont pas d'autre objet que de fixer comme il est équitable la « rançon delà guerre ».

9 mars 1917.

LA BOxNNE BESOGNE

Personne ne met en doute que la guerre, comme la peste ei la famine, est un fléau ; nul ne souhaite en prolonger l'horreur. Le refus de conclure une paix qui ne serait pas la fin de la guerre ne procède, de la part de l'Entente, que de la résolution de mettre un terme aux maux actuellement soufferts. Suivant la très précise formule par laquelle M"*' Jules Siegfried concluait, le 7 mars dernier, la déclaration des femmes de France : « Nos cœurs aspirent à la paix ; nos consciences nous l'interdisent maintenant », la paix sera et doit être sanctionnée par la victoire du droit et c'est aux combattants du front aussi bien que de l'arrière d'y travailler de tout leur pouvoir. Tous s'y doivent employer sans ménagement et, pour abréger la lutte, rien ne vaut un véritable esprit de guerre, à savoir d'endurance, de labeur et de résolution.

La meilleure façon de guérir les maux de la guerre, sans attendre même qu'elle soit achevée, c'est de se mettre partout à la bonne besogne, la

besogne positive qui atténue les désastres inhérents à ces terribles conflits entre nations dont on peut rêver la suppression future, à condition d'y ^] parer de son mieux tant qu'ils existent défait. La guerre est un fléau comme destructrice de vies humaines, semeuse de ruines, entrave désespérante à la civilisation et au progrès. Tout ce qui J conjure ou répare ces attentats contre la vie et le légitime développement des richesses fructueusesj de l'humanité combat la guerre et les effets funestes de la guerre. La guerre décime les peuples,; les prive des utiles résultats de leurs efforts et dis-, perse? en pure perte pour tous, les ressources d< tout genre qu'on applique à la destruction systématique; elle démoralise et conduit à laregres-| sion vers les temps barbares l'humanité en marche; qui avait si durement franchi les étapes passées.

C'est pourquoi, travailler à tout ce qui estca-j pable ds rendre à la vie ses raisons d'être et de sej développer, reconstituer les foyers, les richesses, encourager le travail productif, c'est combattre la guerre, sans trahir pourtant, bien mieux, en fav< risant le triomphe de son pays. Or. ce devoir d( reconstruction, d'édification patiente^ en face desl ruines, cette lutte contre l'anéantissement auquelj aboutit de soi la guerre, s'affirme de plus en plus, à mesure que se prolongent les hostilités, comme^ le lot de tous, sans distinction de belligérants ou;

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