LA BONNE BESOGNE
de neutres. Le bien de l'humanité, la défense du patrimoine de chacun exigent ceteflPort tendu pour contrebalancer les effets du conflit mondial où se consument tant de ressources. Il n'est point de condition qui exempte de réagir contre la guerre. Ne fùt-elle pas à nos portes, qui peut se croire à l'abri de ses contre-coups ? D'aucuns se sont dits d'abord au-dessus et hors de la mêlée, auxquels l'évidence montre aujourd'hui que difficilement on peut faire abstraction de la guerre et s'abstenir de toute action, au moins lointaine, pour en conjurer les suites. Un labeur, non pas uniforme, mais universel s'impose soit aux spectateurs, soit aux acteurs de ce drame plus vaste que l'Europe. On ne peut même pas dire des morts, aujourd'hui hors de ce monde, qu'ils ne comptent plus. Leur nombre et leur souvenir pèse dans les destinées des survivants. Leur sacrifice est d'autant moins achevé qu'il se prolonge dans les deuils multiples que leur disparition a semés.
Mais parmi ceux qui vivent encore, quel est celui dont l'action soit indifférente et qui ait vraiment le droit de se désintéresser de l'enjeu, sa terre natale ne fùt-elle pas en cause ? Ce n'est certes ni le combattant des tranchées ni sa famille qui aspirent à voir se terminer et se bien terminer de rudes angoisses, accompagnées de tant de risques incertains. Que le prix de telles alarmes ne
soit pas une assurance de sécurité, quel homme de bon sens le peut envisager de sang-froid ? L'armée' de l'arrière, de sa part, n'est-elie pas laborieuse-j ment appliquée à Teftort de production d'enginî de mort ou de ressources de ravitaillement d'oi dépend le salut de la patrie ? Si nous songeons au: mutilés qui ont déjà payé de leurs membres, d( leur vue, d'une part de leur sang et de leur vie 1( résultats obtenus, aux réfugiés des régions à re« conquérir, là non plus, personne n'entendra limiter ou restreindre Tefiort nécessaire au pleii triomphe. Le prisonnier ne sera point davantage en dehors du conflit dont il a été victime, et sei souffrances, pour être seulement devinées de loin! par les siens et trop difficilement soulagées, n'en; pèsent que plus peut-être dans la balance du succès final. De leur exil, même fortement adouci pour! ceux que l'internement en Suisse a soustraits auxj geôles de l'ennemi, eux aussi, ils servent leurpays;j ils combattent à leur façon et résistent à la guerre ravageuse d'hommes et de richesses. Une copieuî et instructive « littérature » a exprimé déjà lesj pensées de cette nombreuse phalange de victimes] de la guerre. Une des manifestations les plus heureuses a été la publication de ce journal clandestii de i-risonniers français qui, cent jours durant, etj au prix de quelles habiletés! surent maintenii leur moral de soldats. Ce fut vraiment une