‹ Le bon combatChapitre 5 sur 23 · ANNÉE NOUVELLE · texte numérisé non relu

ANNÉE NOUVELLE

phèmes avec lesquels nos adversaires prétendent couvrir, de son nom, leurs défis à la civilisation chrétienne. Aidons-le, aidons-nous. Loin de nous dispenser de l'action, le vieux proverbe nops y provoque : il nous appelle à l'union, à l'énergie concordante des sacrifices nécessaires.

Aidons cette puissante directive des événements qu'est la providence secondée par un méritoire concours de la liberté humaine. Au seuil de l'année nouvelle, ces vénérables adages d'autrefois valent tous les pronostics.

Ils traduisent notre résolution, expriment notre énergie et groupent, comme une devise de combat et un cri de ralliement, la concordance de nos pensées et l'unité de notre but.

Achever la guerre pour assurer la paix. C'est un programme clair pour l'année qui s'ouvre, enfermé dans les vieux proverbes :

Fais ce que dois.

Aide-toi pour que le Ciel faide.

i^r janvier 191 7.

« Il est encore des fonctionnaires qui ne se doutent pas que les lois de la guerre ne sauraient être celles de la paix. C'est un grand malheur. »

Ainsi se terminait une des excellentes chroniques de Pierre Mille, sur Arras, la ville assassinée^ dans le Temps au 31 décembre 191 6.

La plainte qu'on lui a permis d'exprimer, car on ne lui a pas laissé tout dire, ce n'est pas taire œuVre de malsaine propagande de la répéter. Signaler les abus, sans se lasser, flétrir les inconscients ou les malfaiteurs qui en vivent et les maintiennent, c'est faire besogne de bon patriote. Dénoncer le mal,quel qu'il soit et où qu'il soit, c'est servir la cause du bien et celle-ci est internationale.

Sans doute, ainsi le voudrait le trivial et pratique proverbe, il est certaines lessives qu'on fait chez soi, et des critiques que les journalistes français réservent volontiers à leurs lecteurs de France.

Pourtant dès que l'abus déborde les frontières et que ses eôets désastreux ne se renferment plus au de-

dans, il est légitime, il est français de le poursuivre en tout pays. Or peut-on dire que bon nombre de méfaits du fonctionnarisme, du favoritisme et des multiples manifestations du protéiforme égoïsme qui se retrouve en tout pays de 1' « hommerie », ne sévissent que chez nous ?

Nos Alliés, comme nos adversaires, en souffrent et les travailleurs, les producteurs, les gens honnêtes et probes ont à déplorer la scandaleuse exploitation de leurs efforts par quelques profiteurs pour qui le mot patrie est une rengaine usée et chez lesquels aucun sentiment ne subsiste que celui de jouir et tirer parti de tout au détriment de tous.

Une ligne universelle contre ces frelons se pourrait fort bien superposer à la guerre^ ou pour mieux dire, il y a en tout pays, belligérant ou neutre, une commune indignation contre les oisifs et les traitants qui vivent des angoisses ou des privations d'autrui et les voient croître sans déplaisir. Il serait donc aisé de provoquer une entente. Ce n'est point à cela pourtant que visent ces réflexions. Elles se bornent à constater que les desiderata critiqués chez nous et que la censure n'a pas toujours desservis, sous prétexte de limiter le nombre des plaintes, n'entament en rien le moral de notre nation, et ceci est bon à montrer au dedans comme au dehors.

Un peuple qui réclame contre les abus, qui crie sa soif de réparation, qui demande la punition des accapareurs est un peuple sain et vigoureux.

Il conserît à payer l'impôt du sang et celui de Tor, mais il veut aussi qu'on demande des comptes à ses exploiteurs, témoin ce qu'écrivait hier, dans V Œuvre Française, M. Urbain Gohier :

« Quand on crée 700 millions d'impôts nouveaux, il faudrait recouvrer les centaines de millions volés au peuple français par des fournisseurs malhonnêtes et par des administrateurs complices.

« J'ai proposé, dans le Journal, l'établissement d'une chambre de justice pour les recouvrements.

« On ne prescrit pas contre l'Etat. Nous pouvons rechercher et reprendre ce qui nous a été pris depuis 1 autre guerre.

a Feuilletons l'histoire politique, financière, judiciaire de ces trente dernières années : nous trouverons à reprendre les milliards.

«Il semble que c'est le moment ou jamais, plutôt que de pressurer les honnêtes contribuables. j>

La besogne malsaine de certains légistes funestes qui, dans leur formalisme étroit de bureaucrates, éternisent des abus dont ils vivent, nous la connaissons, mais c est pour la flétrir hautement. Nul ne l'a fait avec plus d'énergie queM. Joseph Reinach.

« Nous croyons, écrivait-il, que nous sommes gouvernés tantôt par tel parti, tantôt par tel autre. Nous sommes gouvernés par des bureaux à la solde d'un mystérieux syndicat de marchands de papier.

« Il faudra une révolution plus profonde que celie de 89 pour nous débarrasser de la routine administrative. Il en faudrait une autre pour nous délivrer du favoritisme (i). )>

Et décrivant cette plaie dont la guerre même n'a pas encore réussi à nous guérir, le très compétent rapporteur du service de santé ajoutait :

(( Il a été iait, je tiens à le dire, un très sérieux eflort^ mais l'aposiille a reparu. La recommandation s'est faite, ingénieusement, scientifique».

Nous savons donc et nous flétrissons tout haut les méfaits de ce souci, de la « clientèle » et des préoccupations électorales qui entravent l'action salutaire du patriotisme tendu vers la « libération du territoire », vers la paix victorieuse que la patience tenace et le dévouement laborieux de chacun devront conquérir.

Aussi les sursauts irrités contre les abus, contre les embuscades odieuses sont le meilleur signe de la santé populaire. Le pays veut servir, mais il ne veut être ni asservi, ni exploité, ni

(i) Le service de santé pendant la guerre p. 9. (Pages actuelles, n° 63-64),

écœuré par le spectacle de certaines oisivetés criantes. Tous à Vauvre et chacun à sa place. Ce cri de ralliement contre le formalisme encouragé par une routine buraliste plusieurs fois séculaire, c'est en somme l'expression de Funanime dévouement des Français révoltés contre les exceptions de régoïsme. On en peut avouer sans honte les multiples manifestations. Elles font honneur à qui, sans se lass^îr de protester et de s'indigner, empêche ainsi de prescrire les lâches compromissions et renie les mauvais citoyens qui assistent, repus et satisfaits, aux souffrances que leuravidité exploite ou que leur inconscience méconnaît. Ronds de cuir ou profiteurs sont également odieux, et la France le leur crie en toute justice.

Cette lassitude, cette impatience générales me semblent avoir été traduites par deux journaux d'inspirations bien différentes, VEcho de Paris et la Victoire, qui s'accordent à demander, l'un, des sanctions pour les responsables, l'autre, l'exclusion des incompétents. Laissons-leur le soin de conclure.

Lysis écrit dans La Victoire :

« On reparle d'abolir la diplomatie secrète, laissant entendre que les guerres n'auraient pas lieu si les tractations des peuples se faisaient au grand jour et s'il était donné à ces derniers d'intervenir dans les négociations, sinon directement, * 3

au moins par rentremise de leurs représentants au Parlement.

« Flagornerie de laisser croire à Félecteur qu'on interroge déjà sur toutes sortes de questions, militaires, économiques, administratives, financières, étrangères à sa compétence, qu'il est à même de conduire aussi sa politique étrangère en connaissance de cause.

M Autre flatterie de dire aux peuples qu'ils sont foncièrement pacifiques et ne disputeraient jamais, s'il n'y avait pas de mauvais gouvernements, pour semer entre eux les divisions.

<i Quand en finirons-nous avec ces inepties ?

« Les peuples appartiennent à des races, ils ont leurs qualités, leurs défauts comme les individus, il y en a de doux, de méchants, de francs, de rusés, de bons, de vicieux.

« L'examen des réalités mène à des conclusions bien différentes de celles que préconise le vieux socialisme. Le développement des relations économiquesdétermine une extension croissante des rivalités des peuples et fait surgir une foule de ques- * tions spéciales dont il est impossible aux citoyens ordinaires de comprendre la portée. Loin d'accroître le domaine de l'incompétence, il faut de toute nécessité le diminuer. »

A cette déclaration conforme au bon sens et

amenée par révidence d'événements très douloureux, il faut joindre le désir inné de justice qui réclame des sanctions sévères pour ceux que leur incompétence n'a pas détournés des charges et qui n'en ont voulu prendre que les profits. Citons ici VEcho de Paris :

ce II n'y a, en fait, dans les grands services publics, d'où dépend le salut de l'Etat, ni responsabilités véritables, ni sanctions d'aucune espèce. Or, c'est dommage : et non que les humbles concitoyens d'un ministre ou d'un important directeur soient curieux de marquer par de rudes châtiments leur honnête rancune : mais la sécurité abusive de nos maîtres et employés a de fâcheuses conséquences. Tel qui ne connaît rien du tout à un tel emploi ne renonce pas, pour le futile motif de son ignorance, à le réclamer ; que risque- t-il au bout du compte ! Il est au pouvoir, il est en place ; le plus pénible serait alors de n'y pas rester longtemps : il prolongera son aubaine • autant que possible.

« Il ne faut pas se le dissimuler, le pays est las, très las, de ces pratiques indulgentes et onéreuses. L'époque où nous vivons a montré, dans les plus formidables conjonctures, l'influence bonne ou détestable des individus.* Nous savons comme jamais que tant vaut l'homme et tant vaut la besogne.

Gare à qui revendique l'honneur et non la fatigue de la besogne ! Le temps des joyeuses et profitable sinécures passe : Le pays demande que les folies ou les paresses qui lui ont coûté cher coûtent quelque chose, en outre, à ces messieurs. »

Ces très légitimes exigences d'un peuple résolu à s'assurer la paix, il est réconfortant de les publier et chez nous et chez les autres. Nos amis nous en estimeront davantage.

5 janvier 1917.

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