LE FRANÇAIS ET L'ANNONCE
La vraie note française, ce n'est pas dans les annonces de journaux, ni dans les circulaires commerciales, ni dans les en-têtes de lettres, ni dans les cartes d'affaires de nos négociants qu'il faut aller la chercher.
Là, plus que partout ailleurs, les anglicismes, les barbarismes, les traductions serviles et mal faites abondent.
La page des petites annonces de nos journaux quotidiens est remplie d'expressions méli-mélesques.
En voici quelques échantillons pris dans une seule page :
— " Charretiers demandés pour tombereaux (aussi une dompeiise seule) pour charbon loiisser.
— *' Couseur de turns demandé."
— *' Fille générale demandée."
— '' Homme demandé pour voyager dans ( !) V épicerie et les vins."
— " On demande des rouleuses et des buncheiises de cigares."
— " Examineuse d'expérience dans le fittage des chaussures."
— '' A vendre, 500 parts préférentielles (actions privilégiées)". . .
— " Terre claire (libre) de toute hypothèque."
Comme véhicule éminemment propagateur de termes propres ou impropres, il n'y a rien de comparable à nos journaux.
L'acheteur désirant se procurer un objet dont il a vu l'annonce dans une gazette, désignera infailliblement cet objet par le terme indiqué. De là vient l'importance pour notre langue que chaque article soit désigné par le terme approprié.
Certains grands magasins de Montréal et de Québec se réservent des pages complètes de nos grands quotidiens et en confient le soin à un ré-
dacteur d'annonces plus ou moins qualifié. Ces pages-réclames se ressentent du plus ou moins de compétence, d'esprit patriotique et de bonne volonté de celui à qui la charge en est attribuée. Des maisons de cette importance, pour leur renom et pour l'honneur de la race canadienne qu'ils ne manquent pas d'exalter dans leurs tintamaresques '' ventes patriotiques ", ne devraient nommer à cet ploi que des hommes ayant du vocabulaire commercial français la connaissance la plus parfaite.
Si l'on suit attentivement ces pages-réclames, on voit qu'il y a sur ce point une considéarble amélioration.
On ne dit plus :
Mop, mais vadrouii.i.K ;
Freezer, mais sorbetikrK;
Pine apple, mais ananas ;
Beurre de peanut, mais. . .d'arachides;
Yoke, mais empiècement;
Frill, mais ruche;
Net à cheveux, mais rESIixE ;
Chaussons (demi-bas), mais chaussettes;
Corn flakes, mais ei^ocons de mais ;
Tordeurs, mais Essoreuses;
Moulin, mais machine (à laver, à coudre, à tricoter) ;
Sweaters, mais chandaii^s;
Guillaume, mais guingan ;
Ploss ou flàse, mais Fii^osELivE ;
iS-
Kideaiix à ressorts, mais stores; Rideaux de portes, mais portières ; Leghorn, mais paille de LivournE.
Certains annonceurs prétendent que, s'ils emploient le mot français, ils ne seront pas compris.
Cette objection a de la valeur jusqu'à un certain point, mais elle est facile à résoudre.
Pour cela, il n'y a qu'à employer le véritable mot français et à mettre, entre parenthèses, le -mot populaire, en caractères moins voyants, si possible :
CHANDAIL (sweater).
MOUFLE (mit).
ANANAS (pine apple).
LAITERIE (dairy).
Après quelque temps, le mot français sera popularisé, et on pourra enlever le mot vicieux mis d'abord entre parenthèses.
Le mot set commence à se faire plus rare. Souhaitons qu'il disparaisse complètement. En effet, n'est-il pas à propos de dire, au lieu de ser:
Jeu d'avirons.
Collection de livres.
Garniture de boutons.
Service à fumer.
Batte:riE de cuisine.
Parure de fourrures.
Service à liqueurs.
Trousse d'outils.
Paire de pentures.
D'autres mots ou expressions sont encore à remplacer :
Tout est réduit, par rabais général.
Vieux stock, par marchandises def^rai-