‹ Le Bon français en affairesChapitre 6 sur 35 · REDACTION DES ANNONCES · texte numérisé non relu

REDACTION DES ANNONCES

Est-il opportun dans la rédaction des annonces, d'employer, de préférence au terme exact, le terme anglais, parce qu'il est plus populaire et mieux compris ?

Il est vrai que la publicité n'est pas une oeuvre d'éducation — dans l'esprit de ceux qui la font — mais côja n'emp:che pas que de fait les annonces ont un incroyable effet sur le langage populaire.

Les néologismes commerciaux nécessités par les inventions et les améliorations constantes passent chez le peuple par la voie de l'annonce. S'il s'agit d'une nouveauté, pourquoi ne pas choisir un bon mot français, bien dans le génie de notre langage ?

Pourquoi les Canadiens français ne favorisentils pas leur langue toutes les fois qu'ils peuvent le faire sans nuire à leur commerce? Le financier ne doit pas l'être à outrance; il doit se rappeler qu'il a des compatriotes et une patrie et faire sa part pour le bien commun.

Si les articles annoncés ne sont pas d'invention

;américaine et ont un équivalent français,

;jpourquoi ne pas prendre le mot français? Je

donne comme exemples: "mop, sweater, toaster,

rug".

Si l'annonce est illustrée, le mot anglais n'esc pas du tout nécessaire, car la gravure parle aux yeux. Il suffira de mettre : 'Vadrouille, chandail, grille-pain, carpette". Tout le monde compren- .dra.

S'il n'y a pas de gravures, on pourra ajouter .entre parenthèses, en lettres moins voyantes, le imot anglais :

VADROUILLE (mop).

CHANDAIL (sweater).

'GRILLE-PAIN (toaster).

CARPETTE (rug).

On a prétendu que cela augmentera les frais •d'annonce. Pas d'une façon appréciable, si le même mot est répété plusieurs fois, il ne sera pas .nécessaire de répéter le mot explicatif. Apres ■quelques annonces, le mot français sera devenu ^populaire et le mot anglais sera superflu. L'im-

primeur ou le peintre faisant la chose à l'entreprise, ne prendront certainement pas un sou de plus pour la typographie ou le lettrage du mot anglais. De sorte qu'il serait difficile d'expliquer comment le budget d'annonce d'une maison serait grevé à cause de cela.

Supposons que tous les Canadiens français comprennent le mot anglais, on n'en peut dire de même des étrangers de langue française qui liront ces annonces. Ils ne comprendront pas le mot anglais. En mettant les deux mots, on atteint deux catégories différentes de personnes.

Si par là on enlève un peu d'attrait au texte, d'un autre côté on tire l'oeil et on frappe l'imagination à cause de la nouveauté de la chose et aussi parce qu'on a appris à nos lecteurs des mots qu'ils ignoraient. Combien sont nombreuses les personnes qui ont constamment dans l'esprit un point d'interrogation :

— Comment se dit donc cela en français?

En ces jours de lutte, il y a un mouvement général en faveur de l'assainissement de notre langue et de nos sentiments. On porte plus d'intérêt au français, on est friand du terme propre, du mot précis. Le client sera heureux d'apprendre des mots nouveaux sans se déranger, sans avoir à fouiller le dictionnaire, ce que tant de gens négligent de faire. Il se dira que le vendeur a le souci et le respect de sa langue qu'il propage et à laquelle il tient. Au fond de sa mémoire, il

conservera le nom du vendeur ainsi que celui de l'article annoncé pour l'acheter au moment propice. Il pensera à tout cela, alors qu'une annonce ordinaire avec les mots "sweater, toaster, mop,. rug", n'aurait attiré ni son oeil ni son attention.

Je n'en veux d'autre exemple que le fait suivant :

Un jour, un zélé de la cause française rencontre un de ses amis tapissier et meublier. .

— Quand vas-tu finir, lui dit-il, d'annoncer des rugs dans les journaux? Parle-nous donc de linoléums, de carpettes, de moquettes, de descentes de lit, de devants de foyer, de devants de lavabo, mais de grâce, purge donc tes annonces du mot rug!

Quelque temps après, les deux amis se rencontrent.

— Merci, dit le tapissier, de ton bon conseil. Je n'ai jamais vendu autant de rugs que depuis que j'annonce les linoléums, des carpettes, des moquettes, des descentes de lit, des devants de foyer et des devants de lavabo.

Dernièrement, le propriétaire d'une cordonnerie vint me demander de l'aider à rédiger une circulaire commerciale et m'expliqua ainsi ce qu'il voulait dire au public:

— Je fais du "quick shoe repairing" à la machine. Je pose des ''rubbers heels" à la machine aus-

si, et avec des vieilles bottines, j'en fais des neuves "while you wait''. Les personnes qui ne veulent pas se déranger n'ont qu'à m'appeler au téléphone. J'envoie un petit garçon chercher les chaussures et je les retourne après les avoir bien raccommodées, rendues solides, avec un "shine", etc.

L'un aidant l'autre, nous fîmes la circulaire suivante :

Vos chaussures recousues, ressemelées, lustrées, caoutchoutées, remises complètement à neuf par des procédés mécaniques, vous seront rendues à rinstant, si vous les confiez à la

CORDONNERIE MECANIQUE Ne vous dérangez pas; appelez Est 4381, et vos chaussures, prises à domicile, vous seront bientôt rendues, belles, luisantes, solides, meilleures que des neuves.

Un souhait à formuler, c'est que dans tous nos magasins, les vendeurs et vendeuses de chaque rayon connaissent le terme français de chaque article dont la vente leur est confiée. Ce n'est pas trop demander aux commis de s'exprimer en bon français.

Un jour, dans un magasin de cette ville, un client était à marchander ce tissu que tout le monde appelle "corduroi'' (de l'anglais Corduroy) et dont ie nom véritable est velours à côtes.

Je dis au commis:

— Ce tissu n'est pas du ''corduroi", mais du velours à côtes.

— Comment ? me répond-il, vous appelez ça du velours à côtes ; ce n'est pas pour faire des coats, mais pour faire des jupes.

Que peut penser un client qui demande une vadrouille (mop) et un chandail (sweater), si on renvoie au département des fruits cannés ; une garniture électrique (fixtures), si on le dirige vers le comptoir des dentelles; des flocons de maïs (corn flakes), si on lui dit de s'adresser h la quincaillerie?

Que chaque commis se renseigne. Qu'il étudie les dictionnaires ou les livres de mots par l'image, les catalogues français, les annonces du magasin qui l'emploie, quand elles sont bien faites.

En se servant du mot propre, les commis les apprennent à beaucoup de clients qui, au lieu de désigner les objets par V affaire qui..., l'affaire que..., l'affaire pour..., V affaire avec.,.. etc., enrichissent sans aucune peine leur vocabulaire de mots qu'ils devraient savoir et dont la connaissance est indispensable à tout le monde.

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