ACTE II , SCENE VI
puisque le directeur général ne veut pas de lui j puisqu'il a des dettes Mais vous, Fauville 5 vous qui
êtes bien plus mon ami , qui êtes réellement mon ami ! une place, un état, voilà ce que nous vous avons toujours souhaité.
F4UVILLE
Je n'y pensais pas du tout. J'aime tant l'indépendance. C'est une chaîne que je vais me donner : il est vrai que j'aurai si souvent les moyens de rendre service à mes amis — Ce qui m'iuquiète, c'est le cautionnement.
BÇAUGRA-Wp.
Le cautionnement!
Oui , c'est pour cela que monsieur Birselle m'a chargé de vous parler.
BEAUGRAND
Eh bien , on vous aidera , on vous le trouvera. Attendez ! un excellent moyen ! il faut vous marier.
FAUVILLE.
Me marier! ^
BEAUGRAND
Oui , mon cher ! c'est ce qu'on fait toujours en pareil cas.
FAUVILLE.
C'est assez vrai 5 le mariage est la ressource de tous les comptables nouvellement nommés.
BEAUGRAND
Dès que le contrat est signé , que la dot est touchée , où va-t-elle? à la caisse d'amortissement î Allez ! c'est là que vont s'engloutir la moitié des dots de la capitale.
FAUVILLE.
Quand j'y pense , moi , une femme! moi qui ai toujours eu une aversion pour le mariage!
BEAUGRAKD.
Eh ! bon dieu! c'est toujours par là qu'il faut finir î et n'allez pas vous ejffrajer, comme tant d'autres , de ce que vous ne connaissez pas. Messieurs les célibataires, vous nous croyez donc bien à plaindre !... Eh bien, vous vous trompez j car onfin , raisonnons un peu. Lorsqu'on s'est marié , que ce soit par amour, par convenance , ou autrement , il n'en faut pas moins passer par toutes les alternatives de plaisir et d'ennui , par toutes les chances de repos et de discorde , de brouille et de raccommodement , qui constituent l'état de ménage • on va comme cela, tant bien que mal , pendant quelques années : mais il arrive un temps où les deux époux , éclairés enfin par l'expérience , commencent à comprendre que le bouheur consiste à savoir se pardonner Tun à l'autre bien des petits torts , bien des petites faiblesses 5 aussi , d'un commun accord , comme par sympathie, et souvent même sans se le dire, ils conviennent peu à peu de ne plus se gêner el de vivre chacun à sa fantaisie. C'est un traité de paix tacite et tout-à-fait extraordinaire : on le tient, il dure toujours , et on continue de vivre ainsi dans la meilleure intelligence. C'est quelquefois de l'amitié, quelquefois de la haine , et c'est toujours un sentiment paisible qui n'est vraiment pas dénué de charmes. On est sous le même toit , et on se croirait à cent lieues l'un de l'autre j mais on a la ressource de se voir en public 5 on a des amis communs 5 et considéré sous ce point de vue-là, je vous jure que le mariage est une situation fort commode et fort avantageuse. Essayez-en , mon cher Fauville 5 faites comme moi , et je parie d'avance que vous serez content.