ACTE III, SCENE VI
LAURE
Ah î Monsieur , q^uel affreux calcul !
FAU VILLE
Du calcul ! Mademoiselle , rendez-moi plus de justice... je ne pensais à rien, ce n'est pas moi qui ai eu ridée...
LATJRE.
Eh Lien , non : il n'j a pas de calcul , je veux le croire 5 mais il y a un empressement à vous emparer des dépouilles d'autrui... Ah!... Monsieur, comme vous nous avez trompées... et comme je m'explique à présent les soupçons qui me poursuivaient , je ne sais pourquoi , lorsque monsieur Dolcy venait tous les jours à la maison nous répéter Féloge de son ami le chevalier de Fauville!
MADAME DERBELET.
Mais, ma iille , vous vous permettez...
LAURE
Pardon , ma mère , pardon... mais , je suis tellement stupéfaite , tellement consternée de ce que je vois , de ce que j'entends!... Ah! j'y vois clair maintenant, et mon aveuglement se dis'sipe!... Je ne suis qu'une toute jeune personne, Monsieur 5 j'avais Lien peu d'expérience... mais vous venez de m'en donner aujourd'hui pour toute la vie. Je savais qu'il fallait se défier de ceux qui feignent hypocritement la réserve et les Lonnes mœurs : mais j'apprends qu'il est une hypocrisie de franchise qui n'est peut-être pas moins dangereuse : et c'est là ce qu'on appelle de l'amitié! Ah! Monsieur, vous me faites Lien du mal !
MADAME DERBELET.
Voilà un emportement très déplacé , Mademoiselle , et je ne conçois pas...
LAURE
Oui, maman, oui, j'ai tortj j'ai mille fois tort... Monsieur est un bon ami , un excellent ami. Pour vous, maman , vous êtes maîtresse de vous opposer à ce que j'épouse celui pour qui je n éprouvais aucune répugnance , mais vous ne pouvez pas me donner à celui que mon cœur repousse j et jamais, non, jamais je n'appartiendrai à un homme qui m'a trompée dans l'estime que j'avais pour lui. Elle sort.
MADAME DERBELEÏ.
Excusez-la, Monsieur* je suis bien loin de penser... mais , j'en fais ce que je veux , el je vais lui faire entendre raison. Elle sort.