ACTE III , SCENE YÎII
MIGNOT
Vous avez parlé de moi au comte Dirselle , et il a promis d'apostiller ma pétition , ii'est-il pas vrai? Vous avez fait recevoir mon vaudeville à corrections ?
FAUVlLtE.
Je vous ai déjà dit...
MIGNOT, montrant une lettre.
Oui , VOUS m'avez dit qu'il était reçu , et voilà la lettre que vient de m'écrire mon ami Delval. Personne au théâtre n'a entendu parler de la Lanterne magique ,^ ni le directeur, ni le régisseur, ni les acteurs. Lisez, Monsieur , lisez • mais en revanche , ils se souviennent tous d'un excellent déjeûner que ieur a donné monsieur le chevalier de Fauville... Bien n'est plus clair , le manuscrit a eu le sort de la pétition.
FAUVILLE.
Comment , mon cher, vous savez...
MIGNOT
Oui, je sais tout, mon cher! et vous ne me tromperez plus. Ce qu'il y a de mieux encore , c'est que vous n'en tromperez plus d'aufres : ma tante Beaugrand est instruite de tout ce que vous avez fait contre votre ami monsieur Dolcyj elle a appris que vous étiez sur le point d'épouser mademoiselle Derbelet, et je ne sais pourquoi, mais elle est d'une fureur,..
FAUVILLE.
Ma foi 5 je n'y avais pas pensé.. .
MIGNOT
C'est elle qui m'a changé de courir après monsieur Dolcy j de l'atteindre , de le ramener • j'ai couru , je Fai atteint, je le ramène.
FAUVILLE.
Quoi! Dolcj reviendrait!
MIGNOT
Oui , Monsieur , il revient * et pour le décider, il ne m'a pas fallu employer la violence. Je Fai trouvé à pied , sur la grande route , se promenant de long en large , et faisant des exclamations !... 11 levait les yeux au ciel j il s'arrêtait et avait Tair d'un imbécile : il est vraiment bien amoureux, ce pauvre jeune homme! mais à peine lui ai-je expliqué ce qui se passait ici , à peine lui ai-je dit que vous l'aviez trompé et qu'on l'attendait avec impatience, ah! il fallait le voir remonter en cabriolet et fouetter son cheval j il allait , il allait presque aussi vite que moi : tenez , le voilà qui entre dans la cour.
FAUVILLE.
Il paraît qu'ils vont tous défiler les uns après les autres !
MIGNOT
Nous en savons de belles sur votre compte , monsieur le bon enfant. Comment! c'est pour aller payer vos dettes, que monsieur Dolcy nous a quittés, et c'est pendant ce temps -là...
FAUVILLE.
Quoi! Dolcy vous aurait révélé?..
MIGNOT
Il ne m'a rien dit , lui , mais par quelques mots échappés à son domestique... Ah! monsieur Fau ville , enlever la femme de votre ami, sa place , me dire que je serai substitut , c'est indigne ! c'est affreux !
FAUVILLE.
Monsieur Mignot, je n'ai jamais aimé à recevoir de leçons de personne.
MIGNOT
Je ne veux pas vous donner de leçons. Monsieur : mais tenez, voilà qui va vous répondre. Venez, mon-