‹ Le bon garçon, comédie en trois actes et en proseChapitre 59 sur 66 · ACTE III, SCENE TX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE TX

mes intérêts auprès du comte Dirselle , el d'avoir accepté une place que vous vous étiez vanté de me faire obtenir. Je sourirais de pitié sur moi-même, si j'étais capable d'une pareille faiblesse : mais ce que je ne saurais vous pardonner , c'est que , connaissant mes sentimens pour mademoiselle Derbelet , vous vous soyez empressé de demander sa main : aussi, quand je devrais divul^^uer hautement ce que vous avez fait, je vous déclare que je reviens résolu à rompre de tous mes 1»

efforts un mariage qui ne pourrait que la rendre mal- ^

heureuse ! . . .Prenez la place, Monsieur, prenez la place , ^

mais renoncez à mademoiselle Derbelet : voilà ce que ^

j'exige. ^

FAUVILLE. ^

Ce que tu exiges! et c'est ainsi que tu me traites, moi... ton ami... un ami de vingt ans... parce que j'ai un caractère faible , parce que je suis un... ^

DOLCY. Q

Bon garçon! bon enfant! surnom banal et mensonger, jf qui trompe la multitude et vient chercher ses dupes jusque dans l'intimité. Paris est plein de ces bons enfans , dont on cite la gaîlé , la franchise et la délicatesse! On les rencontre partout, ces charlatans de loyauté, ces bons garçons que tout le monde aime , qui n'aiment vraiment personne , et qui , toujours obligés , ont l'art ^ merveilleux de passer toujours pour obligeans ! -J

FAUVILLE. ^

Continue, continue* c'est charmant. ^*

DOLCY.

Parce qu'ils ont une fois par hasard prêté un billet de cinq cents francs en sortant du collège , ils s^en vantent à tous propos , et savent se bâtir sur ce léger service une réputation de générosité qu'ils ont bien soin

cVembellir et de faire valoir eux-mêmes ! Courtisans de la fortune, ennemis du malheur, ils ne vivent que pour l'amitié , ils s'en font une religion , disent-ils : et comment s'exerce cetle amitié toujours accompagnée d'une exaltation factice ? abusant d'une confiance trop aveugle , ils empruntent de l'argent à l'un , ils séduisent la femme de l'autre , ils entraînent les plus crédules dans de mauvais pas, et leur complaisance pour tous va souvent jusqu'à la servilité.

FAUVILLE.

Diable î mais c'est un portrait que tu fais là !.. .

DOLCY.

Ces bons garçons dont je parle , dépouillez-les du vernis d'amabilité qui les couvre , que reste-t-il ? ils se disent nobles quelquefois , et leur noblesse aurait grand besoin d'être prouvée. Ils proclament leur sensibilité, ils en parlent les larmes aux yeux , car les bons garçons pleurent quand ils veulent 5 et quand vient le jour d'épreuve , vous ne trouvez dans leur ame que sécheresse et égoïsme. Ils parlent de courage , et , versé dans de méchans duels , leur sang n'a jamais été utile à la patrie. S'agit-il de politique, d'élections, ils font l'éloge de leur conscience 5 et si le pouvoir est assez faible pour la marchander , cette conscience si pure est bientôt achetée à vil prix ! Oracles des salons , piliers des ministères, à force d'intrigues et de délations, ils s'ouvrent toutes les avenues, ils parviennent à se partager les sinécures , à dévorer les pensions de l'état , et , quelquefois , on les rencontre un beau matin parés du signe de l'honneur, que le vrai mérite n'est pas toujours sûr d'obtenir !

FATJVILLE.

J e t'ai laissé dire : as-tu fini ?.

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