‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 107 sur 136 · LA NEIGE. LA GRÊLE · texte numérisé non relu

LA NEIGE. LA GRÊLE

Quoique le mois d'octobre ait été beau cette année à Paris, le ciel s'est, depuis quelques jours, couvert de nuages qui nous ont annoncé l'approche de la saison des pluies; et ceux de mes lecteurs qui ont coutume de se lever de bonne heure, ont pu voir que nous étions déjà visités le matin par les brouillards. C'est probablement une observation de ce genre qui a donné lieu à cette question, qu'on m'a adressée: Quest-ce que les nuages et les brouillards, et comment se forment-ils?

Je vais tâcher d'y répondre, en m'exprimant le plus clairement qu'il me sera possible.

A la surface des eaux de la mer et de toutes celles qui sont sur le globe, il s'opère presque continuellement, et sur-tout pendant la présence du soleil sur l'horizon, une évaporation; c'est-à-dire, qu'une partie de ces eaux se réduit en vapeur et s'élève sous cette forme dans latmosphère, qui en contient toujours une certaine quantité.

Tant que l'eau, réduite ainsi à l'état de vapeur, se trouve mêlée à l'air de l'atmosphère, elle ne trouble point la transparence de ce fluide et v est, par consé-

quent, imperceptible. Elle y séjourne ainsi, jusqu'à ce que, de nouvelles causes venant à agir, elle reprenne son premier état. Alors cette vapeur, redevenant liquide, commence par former des petits globules d'eau, creux dans leur intérieur, et qui sont assez légers pour pouvoir se soutenir dans l'air, comme s'y soutient quelquefois une bulle de savon. Ces globules, en se fonuant, se rapprochent, se rassemblent, en masses visibles et mobiles, qui troublent la transparence de l'air, qu'on y voit se mouvoir, changer de figure et suivre l'impulsion du vent. Ces masses, lorsqu'elles sont près de terre, sont ce qu'on nomme les brouillards, et elles présentent quelquefois un assez beau spectacle, dans les pays de montagnes. Dans ces pays, il arrive souvent qu'en gravissant un lieu escarpé, on se trouve au-dessus de la région des brouillards; on retrouve alors sur sa tête un ciel pur et un soleil brillant, tandis qu'on voit au-dessous de soi les brouillards se promener dans les vallées, ou bien les remplir entièrement, comme une mer au-dessus de laquelle s'élèvent, semblables à des îles, les sommets^'-îfnT^ des montagnes. Â.! ■ '

Lorsque ces mêmes globules d'eau, qui se séparj^t ainsi de l'air, sont assez légers pour pouvoir se soj*'^ nir à une certaine hauteur dans l'atmosphère, ■ forment ce qu'on appelle les nuages.

Quand ensuite ces nuages s'épaississent, soit par l'action des vents, soit par la raréfaction on la condensation de l'air qui les supporte, les globules dont ils sont composés se réunissent, crèvent, et forment des gouttes d'eau qui, étant plus pesantes que l'air, tombent sous la forme de bruine ou de pluie, suivant leur grosseur.

J'ai eu déjà l'occasion de dire que les régions supérieures de l'atmosphère sont plus froides que les régions voisines de la terre. Eh bien, quand la région dans laquelle se fait la résolution d'un nuage en gouttes d'eau, est à une température au-dessous de zéro du thermomètre, c'est-à-dire au-dessous du terme de congélation, les gouttes de pluie se congèlent sous la forme de petites aiguilles disposées en étoiles, qui se grouppant ensemble forment des flocons de neige. S'il arrive que, dans leur chute, ces mêmes gouttes d'eau éprouvent un grand degré de froid, elles passent à l'état de glace parfaite, et il en résulte ce qu'on appelle la tjrële.

Mes lecteurs n'auront sûrement pas de peine à comprendre qu'il doit se former beaucoup plus de nuages au-dessus des mers, des lacs, des rivières, des lieux bas et humides, qu'au-dessus des lieux secs et élevés. Cela est tout simple, |)uisque là oii il y a plus d'eau, l'évaporation doit être plus abondante. C'est donc sur-tout au-dessus de la mei- que les nuages se renouvellent plus rapidement. Il est aisé de concevoir, dèsdors , que les vents qui viennent du coté de la mer sont ceux qui nous amènent le plus de nuages et, par conséquent, des pluies continuelles. Ainsi , pour nous, àicausc de notre position géographique, les vents qui nous apportent le mauvais temps, c'est-à-dire, la pluie, ou la neige, ou la grêle, sont le vent du Sud, parce qu'il passe sur la Méditerranée, et le vent d'Ouest, parce qu'il nous amène les nuages de l'Océan.

C'est quelquefois un magnifique et imposant spectacle que celui que présentent les nuages, soit lorsqu'ils sont rapidement poussés par les vents et promènent avec vitesse leurs masses sombres dans l'atiHOsphère, soit lorsque le soleil les dore de ses premiers rayons, ou les colore d'un rouge vif, à son coucher. J'ai rencontré assez souvent des jeunes personnes qui passaient beaucoup de temps à regarder les nuage>, au lieu d'étudier leurs leçons, mais bien moins ])0ur y admirer les tableaux dont je viens de parler, que pour y découvrir des figures d'hommes ou d'animaux, variant à chaque instant au gré du vent, et un peu aussi au gré de leur imagination. Je ne trouve pas mauvais qu'on regarde les nuages, mais je pen.-e qu'on peut choisir ))our cela d'autres instants que ceux qui doivent être consacrés à l'étude. Ceci soit dit sans offenser personne.

MOTS A L'OREirXE.

(| T.a réflexion, le jugement, la j)aroIe, distinpiient riiomme des animaux; et le ciel, en lui laisant ces dons piécieux, a jjermiscjue sa volonté dirigeât l'usage qu'il en peut faire.

(| Toutes les facultés dont il a plu à la Providence d'orner la nature humaine, deviendraient inutiles ou dangereuses, si la sagesse et la vertu n'en réglaient pas l'emploi.

(| C'est ainsi que les meilleurs matériaux ne peuvent être mis utilement en œuvre que par un savant ouvrier; dans des mains inhabiles, ils perdent tout leur prix.

LES PETiTS IMPRUDENTS.

J'étais, il y a deux ans, dans la petite ville d'Honfleur, joli port de mer, situé à l'embouchure de la Seine, et à peu de distance du Ilâvre. J'y fus témoin d'un événement qui pensa être bien funeste et qui remplit de tristesse tous les spectateurs. Je suis sur que mes jeunes lecteurs n'en liront pas le récit sans un vif intérêt.

Cette ville, ainsi fpie tous les ports de mer, renferme un grand nombre de pêcheurs, dont les bar- -j ques, plus ou moins petites, sont souvent échouées m sur le rivage, attendant que le retour de la marée ■ les relève et les remette à flot. Je vis, un jour, plusieurs personnes rassemblées sur la plage; j'allai m'informtr de ce qui causait l'agitation que je remar([uais en elles, et qui paraissait avoir pour objet une très petite barque que la marée montante avait éloignée du rivage, et que le vent poussait en pleine mer. On m'apprit que trois enfants de pêcheur, dont l'aîné avait i5 ans, étaient venus s'amuser sur le rivage. Le plus âgé, malgré les recommandations de sa mère, s'était établi à quelque distance de là, à jouer aux caries avec déjeunes matelots, qui sont toujours J très désœuvrés c|uand les bâtiments sont au port. Il •] ne s'était pas aperçu que ses deux jeunes frères, âgés de loet 5 ans, étaient montés dans la barque dont j'ai parlé, et qu'ils s'amusaient à faire agir le gouvernail, de manière à seconder les efforts du vent, qui les éloignait de terre. Lorsque ces pauvres enfants se sentirent soulevés par les vagues et rapidement poussés en pleine mer, ils se mirent à crier et à appeler leur frère qui , trop occupé de son jeu, ne les entendit pas. D'ailleurs le vent emportait leur voix. Au moment où j'arrivai sur le rivage, plusieurs personnes entouraient leur mère au di^espoir, et cherchaient

inutilement à la rassurer sur un danger si imminent. Les cris de cette malheureuse femme attirèrent sou mari qui courut en vain pour trouver une barque, avec laquelle il eût tenté de rejoindre ses enfants. iiUes étaient toutes en mer, et, pendant cette infructueuse recherche, celle qui faisait lobjet de notre anxiété, parai^3ait toujours diminuer de grosseur, et bientôt un temps brumeux la fit entièrement disparaître à notre vue. Qui pourrait rendre l'angoisse affreuse de ces malheureux parents? Leur fils aine, paie, consterné, s'accablant lui-même de reproches qu'il avait trop mérites, voulait s'élancer à la mer et tenter de rejoindre ses frères a la nage ou de périr avec eux. La mère, le tenant embrassé, le suppliait de ne pas la priver de son unique enfant... «Car je Il ne reverrai jamais les autres, disait-elle; pauvres «innocents! moi, qui vous ai nourris de mon lait, «qui vous ait tant soignés!... Je ne puis maintenant « venir h votre secours, ni vous empêcher de mourn- « de froid et de faim. Vous ne pourrez exister long- " temps... Chaque minute qui s'écoule est peut-être la "dernière!..." Ses sanglots lui coupaient Li voix, et nous ne pouvions retenir nos larmes, à la vue d'une si juste et si touchante douleur. Tout-à-coup, cette mère infortunée, comme inspirée par une pensée consolante, essuie ses yeux, fend la foule, qui se rassemble autour d'elle, et précipite ses pas vers un lieu d'où elle semble attendre du secours.

Près d'Honfleur, est une cote élevée qui domine la mer; de beaux arbres, un frais gazon, une vue ravissante, font de cet endroit un séjour enchanté. C'est là que la piété a consacré une chapelle à J\otre-Dainetlt-Grùce. On la surnomme [Etoile de la mer. Un crucifix, élevé sur le bord même où la cote descend rapidement au rivage, signale de loin, aux marins, le voisinage de la chapelle protectrice, objet, à plusieurs lieues à la ronde, d'autant de confianceque de respect. De nombreux pèlerinages s'y font journellement, et des tableaux, où la reconnaissance, au défaut du talent, a représenté les différents périls dans lesquels des marins ont invoqué !Xotre-Uame-de-Gràce, tapissent ses murs. Là, plusieurs fois dans l'année, et sur-tout lorsque les éqiiinoxes et les tempêtes communes dans l'hiver, font retentir ces bords des mugissements de l'Océan , une mère éplorée vient y prier pour le retour de son fils; une épouse inquiète y amené ses jennes enfants, afin que leur innocence obtienne que le ciel protège les jours de leur père, parti pour un voyage de Jong cours. Le vieillard infirme s'y traîne sur ses béquilles, et le premier soin Au bardi matelot échappé à la mort, est de gravir, pieds nus, la côte escarpée, et de venir accomplir dans k chapelle, le vœu qu'il fit au milieu du danger.

C'est là que la mère désolée, dont nous ^etracou^ l'histoire, s'agenouille et prie toute la nuit; en vain le vent sifHe, la tempête se déchaîne et ébranle les murs de la chapelle, lin vain les heures se sont écoulées, et tout lui dit qu'il est impossible que deux enfants, seuls, dans une frêle nacelle, aient pu échapper aux périls réunis qui les menaçaient; sa raison est convaincue, mais la foi soutient encore la malheureuse mère , et la presse d'invoquer cette puissance qui dédaigne le secours des hommes, et qui peut commander aux flots agités. Cette foi, dernier trésor que la piété garde au malheur, ne sera pas trompée. Déjà le jour a paru. Des voix se font entendre. Elle reconnaît celle de son fils aîné, de son mari... Us l'ap pellent, ils s'écrient que les petits sont revenus; et, avant qu'elle ait demandé auciuie explication, tous trois se prosternent devant l'image de Notre-Daraede-Grâce, et font vœu d'v passer la nuit en prière, à pareille époque chaque année.

Moi, qu'une triste curiosité, depuis la veille, conduisait sans cesse sur le rivage, j'appris de la foule émerveillée, que le bateau Passager qui vient chaque matin du Havre à Honfleur, ramenait à l'instant les deux enfants perdus. Par un bonheur inoui, la veille, au moment où le jour finissait, le vent qui les chassait en pleine mer, vint tout-à-coup à changer, et les poussa dans les jetées du Havre. Les pauvres enfants, transis de peur et de fioid, ne pouvaient rien pour eux-mêmes. L'ainé , déjà instruit à l'école paternelle, avait eu le bon sens de ne pas même essaver de se servir d'une petite voile qui était dans la barque et qui, mal gouvernée, aurait pu la faire chavirer. Le plus petit pleurait en appelant sa mère, et se tenant tous deux embrassés, ils avaient le sentiment de leui- danger et ne se croyaient à portée d'aucuns secours.

A l'instant où le vent changea, quelques marins errants sur la jetée du Havre aperçurent cette petite barque ballottée par les flots, et ils s'étonnèrent que personne ne la dirigeât. Aussitôt, ils en mirent une autre à la mer, et ils eurent bientôt rejoints nos pauvres enfants, qui serrés l'un contre l'autre, n'attendaient plus que la mort. Amenés à terre, chacun voulut savoir comment ils se trouvaient là, et une foule curieuse commençait à se presser autour d'eux, lorsqu'un bon marchand qui logeait sur le quai, observa qu'il valait beaucoup mieux leur donner à souper que de les faire causer. Il s'en empara, en eut le plus grand soin, et le lendemain à la pointe du jour, il les confia au capitaine du Passager, qui les ramena à Honfleur. Au moment où ils arrivèrent, leur lamentable histoire faisait le sujet de toutes les conversations, et on les croyait engloutis dnns les flots.

Je laisse à mes jeunes lecteurs le plaisir de se figu-

rer la re'unîon de la mère et de ses enfants; il serait difficile de bien exprimer ce qu'offre de touchant un pareil moment, et il nie semble qu'il y a mille douceurs à le deviner. **.

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