‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 108 sur 136 · LE JEUNE CHAT ET LE CASTOR · texte numérisé non relu

LE JEUNE CHAT ET LE CASTOR

FABLE

Un jeune chat, de mine fort jolie, Avait d'un jeune maitre obtenu la faveur. Caresses, lit mollet, jeux, cuisine choisie.

Rien ne manquait à son bonheur.

Minon sur une mouche exerçait son adresse , En ronflant, satisfait, arrondissait son dos. De son corps avec grâce étalait la souplesse, Et d'éloges comblé se livrait au repos. « Par ma foi, le destin, disait-il en lui-même,

« INl'a dans ce monde bien traité. »

L'Èpicure fourré goûlait le bien suprême. De tout travail exempt, ivre de volupté. L'excès de l'embonpoint seul néanmoins l'obsède;

On consulte la faculté ; Un exercice doux est prescrit pour remède. Quels soins n'exige pas cette chère santé?

Un jour donc qu'en sa compagnie , Le promenait son maître, écolier, jeune fou,

Voilà qu'au sein de la prairie , S'égare en gambadant notre pauvre matou.

L'étourdi plus à lui ne pense ,

Seigneur chat reste abandonné ;

Mais il s'endort dans l'espérance D'être au logis sans délai ramené.

Ason réveil, dans tout le voisinage.

Il appelle en criant : Mihaliou ! mihahou ! Nul ne répond. 11 faut entreprendre un voyage;

Aller... aller... il ne sait où.

A pied, le ventre creux, le cœur plein de déboire.

Il s'achemine lentement.

Pour comble de malheur, survient une nuit noire, Et sa frayeur s'accroît à tout moment.

Mais voici qu'un orage éclate ;

La pluie inonde son manteau ,

Dans la boue il trempe sa patte, L'épine du chardon écorche son museau.

Ah ! quel usage faire, en détresse pareille , Des frivoles talents qu'on admirait en lui? Sur un coussin , hier, il sautait à merveille; Dans les sillons il s'embourbe aujourd'hui. Enfin du jour il revoit ta lumière; L'espoir renaît dans son cœur agité.

Il aperçoit, tout près de la rivière.

Un petit logis habité :

Maisonnette propre et jolie,

Construite avec un art nouveau ;

Au-devant gentille prairie.

Sur la porte gentil berceau.

Il s'en approche; avec la patle Tout doucement il gratte :

Peut-être est-il quelque ermite au-dedans ! Soudain parait le maître de céans; Gros, carré, museau court, de couleur un peu rousse, D'un véritable ermite il a le vêtement ; Renne santé d'ailleurs, humeur joyeuse et douce, En lui n'annoncent point un sombre pénitent. i'Permettez-vous,Monsieur?dit Minon. -Oui, sans doute, 11 Entrez , mon cher ; répond l'autre fort poliment.

" — Pourrais-je aussi de quelque croûte

Il Régaler ma bien longue dent?

" — Le peu que je possède est à votre service; Il Mangez, buvez, dormez, usez en liberté

'1 Des droits sacrés de l'hospitalité!

11 — Ermite généreux! que le ciel vous bénisse! » S'écrie en miaulant Minon ressuscité.

Minon d'un frais poisson fait excellente chère ,

D'eau limpide se désaltère;

Puis, il se roule sur le foin.

Il sèche son dos avec soin ,

Avec sa griffe il se vergette Et fait toilette Rien propette ; Puis, rôdant d'un pas lent, d'un regard curieux ,

Il observe tout à la ronde :

Le luxe nulle part ne vient frapper ses yeux ;

Par-tout le nécessaire abonde.

Lions enfin un peu la conversation :

11 Monsieur, je suis charnié de votre connaissance.

Il Puis-je, sans indisciétion.

Il De mon hôte savoir le rang et la naissance? Il Quel maître dirigea votre éducation?

Il De cette maison de plaisance Il On vous fit le cadeau?... Quels sont les protecteurs Il Qui vous ont préparé cette heureuse abondance? 11 Comment étes-vous seul? où sont vos serviteurs? Il — Je suis seul en effet, et tout est mon ouvrage , Il Je m'appelle Castor, naquis sur ce rivage.

Lui répond l'ermite surpris;

Il Cette maison , je l'ai bâtie.

Il Ce poisson, dans le fleuve aujourd'hui je l'ai pris; Il Mon serviteur est ma propre industrie;

Il Mon maître fut Nécessité;

Il Je vis du travail et je l'aime, 11 Je sais dans mes besoins me suffire à moi-même;

Il Je ne fus point enfant gâté. » a. g.

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