‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 110 sur 136 · LES DEUX JOURNÉES DAKS LA MEME · texte numérisé non relu

LES DEUX JOURNÉES DAKS LA MEME

La jeune Aspasie, en entrant un soir avec sa mère dans le salon de M"'° de B. , sa tante, y trouva sa cousine Julie fort occupée à tailler, sur de petits patrons, des morceaux de mérinos amaranthe. Après avoir embrassé fort gaiement M'"° de B. et Julie, Aspasie s'assit auprès du guéridon sur lequel travaillait sa cousine, et mettant la main sur son ouvrage, «Ma bonne amie, lui dit-elle, tu vas laisser tout cela, car je n'ai rien apporté pour travailler, parce que je ne suis pas en train; je me suis trop amusée aujourd'hui. Nous allons causer; il faut que je te raconte la charmante journée que j'ai passée. —Je t'écouterai avec le plus grand plaisir, répondit Julie; mais, je t'en prie, laisse-moi achever ce que je fais, car c'est très pressé, et je t'assure que cela ne m'empêchera pas de t'entendre. — Ah ! mon Dieu, que tu es laborieuse! reprit Aspasie; vraiment, tu me fais un peu honte. Mais allons, c'est égal, pourvu que nous puissions tout de même causer. Ma pauvre Julie, j'ai bien pensé

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à toi aujouririiui, et j'aurais donné je ne sais quoi pour t'avoir. D'abord, comme nous devions sortir <c matin avec mou oncle de Bordeaux, je ne pouvais pas prendre de leçon , en sorte que je ne me suis levée qu'à neuf heures, ce qui est un grand plaisir pour moi qui ai souvent désiré d'être marmotte afin de dormir à mon aise. Après cela , nous avons déjeuné. Après cela, nous sommes sorties avec mon oncle, et nous avons été voir le nouveau passage de la rue Neuvedes-Petits-Champs, où il m'a acheté un joli nécessaire tout en nacre, et un chapeau charmant que je te montrerai la première fois que tu viendras. Après cela, nous avons été voir le Diorama; mais ce n'est pas ce qui m'a le plus amusée. Après cela, nous sommes revenues jusqu'au boulevard des Italiens, et mon oncle nous à menées prendre des glaces chez Tortoni; des glaces bien froides avec des petits gâteaux excellents. Après cela, nous avons été nous promener au bois de Boulogne , et puis nous sommes revenues par Beaujon, où nous sommes entrées et j'ai dégringolé six fois aux montagnes. Enfin, figure-toi, que quand je suis rentrée, je n'en pouvais plus; j'étais si fatiguée que je n'ai pas pu diner; et vraiment, je ne sais comment j ai eu le courage de venir ce soir. Mais j'avais tant envie de te raconter tout cela; et puis maman voulait savoir des nouvelles du rhume de ma tante. Par exemple, je ne sais pas ce que mon maître dira demain, car je n'ai rien fiiit pour lai. — Eh bien, dit Julie, tu pourras te lever de bonne heure et préparer au moins quelque chose. — Vraiment! c'est bien aisé à dire; tu n'as pas couru et tu ne l'es pas fatiguée comme moi , aujourd'hui. — C'est vrai, reprit Julie, j'ai passé une journée fort simple, mais j'en suis cependant aussi fort contente. — Ah! voyons, conte-moi cela; je suis bien aise que tu te sois amusée aussi, car c'était une chose qui me contrariait de penser que je m'étais ainsi divertie sans toi. — D'abord, je ne me suis pas levée si tard que toi, mais ce n'est pas une chose qui nie soit désagréable de me lever de bonne heure, et , j'en ai Ibabitude. Ma maîtresse de piano venait à sept heures et demie. J'ai pris ma leçon et j'ai été bien contente de voir que je commençais à jouer un peu mieux la sonate que j'apprends pour la fête de papa. Et puis ensuite, j'ai étudié ma leçon de géographie; et puis, j'ai fait une longue ^inalyse que m'avait donnée à faire mon maître de grammaire. Je venais de la finir quand il est arrivé. Il a dit à maman qu'il était content. Alors maman m'a dit de prendre mon chapeau et mon schall, parce que nous allions sortir ensemble. Quand nous sommes montées en voiture, j'ai été fort étonnée de voir dans le carrosse plusieurs gros paquets. J'ai cru d'abord que nous allions à la campagne, et cela me faisait assez de plaisir. Mais j'ai été bien autrement joyeuse quand maman m'a expli-

qué où nous allions. Tu sais bien qu'elle est dame de charité? — Oui, et maman aussi. — Eh bien, dans ces paquets, il y avait une couverture de laine, une paire de draps, du sucre, des lentilles et des haricots. Nous avons été porter toutes ces provisions à une pauvre famille. Oh ! tu n'as pas d'idée de cela. Voilà que nous arrivons dans une petite rue bien étroite, à une petite porte donnant dans une allée bien sombre. Voilà que nous montons un petit escalier étroit et si noir qu'on ne savait pas où on mettait le pied. Voilà que nous montons jusqu'au haut de la maison, et que nous entrons dans une petite chambre sous les toits. Il y avait là une pauvre femme avec tiois enfants. Ah! si tu avais vu comme ils étaient habillés; cela faisait bien pitié. Et puis, Il y avait, dans un coin, un mauvais matelas par terre, et un homme couché qui paraissait bien malade. C'était le père de ces pauvres enfants et le mari de cette pauvre femme. — Mais, ma bonne Julie, il me semble que tout cela est fort triste, et que ta journée n'a pas été des plus amusantes. — Ecoute donc : amusante, non; mais certes je n'en avais pas encore passé une si douce. Si tu avais vu la joie de ces pauvres gens, en recevant ce que maman leur apportait! Oh! mon Dieu! Ils se jetaient à genoux devant elle, et lui baisaient les mains. Mais juge de mon bonheur: je ne sais par quelle inspiration j'avais eu l'idée d'apporter ma bourse. Il y avait dedans dix francs. Maman m'a permis de les donner à la pauvre famille, et les petits enfants sont aussi venus me baiser les mains. Mon Dieu ! je pleurais, ma bonne amie, mais je n'aurais jamais cru qu'on put avoir tant de plaisir à pleurer. Ce n'est pas tout; l'aînée des petites filles n'était vêtue que d'un mauvais jupon, et maman m'a permis de couper une robe de gros mérinos que je mettais dans la maison, pour lui en faire une. Tu vois que j'y suis occupée, et tu comprends bien à présent que je suis pressée. — Oui, oui, dit Aspasie d'un air pensif et la tête baissée. — Eh bien, ma bonne amie, reprit sa cousine; qu'as-tu donc? est-ce que je t'aurais attristée par mon récit? — Oh ! non, ma chère Julie, mais c'est que voilà que je commence à n'être plus si contente de ma journée. — Pourquoi? — C'est que tu me fais sentir qu'elle a été toute en dissipation , sans utilité ni pour moi, ni pour les autres. Toi, tu as appris quelque chose et tu as fait du bien à des malheureux. Oh! Julie, tu dois être bien plus coutente que moi. — Ma bonne amie, console-toi; ce sera ton tour un autre jour; il ne tient qu'à toi de travaU- 1er, et puisque ta maman est aussi dame de charité, prie-la de te mener avec elle; tu n'auras pas de peine à rencontrer des malheureux que tu pourras secourir. — Tu as raison, Julie; mais permets-moi de t'aider, dès aujourd'hui, à faire la petite robe, afin que je puisse me dire, en me couchant, que je n'ai pas tout-

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k-fait perdu ma journée. — De tout mon cœur, ma bonne amie, ii Aspasie se mit alors à coudre avec sa cousine, et elle avait complètement oublié qu'elle n'était pas en train de travailler. Sa mère, tout en causant avec M"' de B., avait entendu la conversation des deux jeunes filles. "Mon Aspasie, dit-elle, viens m'embrasser; ce que tu éprouves en ce moment est bien doux pour moi. J'attendais depuis long-temps cet heureux mouvement, et j'espérais un peu qu'il te serait inspiré ici. Je suis bien aise que tu ne sois pas satisfaite de ta journée, et je t'en promets une meilleure, une semblable h celle que Julie à passée aujourd'hui. ;Mais, mon enfant, tu dois commencer par t'en rendre digne. Le bonheur de faire le bien est une récompense qu'il faut mériter avant de l'obtenir »

Aspasie embrassa sa mère, sa tante, sa cousine, et se retira, moins gaie de sa matinée qu'heureuse des résolutions formées le soir et de ses nouvelles espérances.

LITHOGRAPHIE

La plupart de ceux de mes abonnés qui habitent la Bourgogne, la Cbampagne, les environs de Bordeaux, ou quelque autre pays de vignobles, se reconnaîtront sans doute dans le sujet du dessin lithographie que je leur adresse aujourd'hui. Il est probable, toutefois, que s'il tombait entre les mains de quelque bon vigneron, celui-ci dirait, en secouant la tête: «Ne me parlez pas de vendangeurs comme ca, ça mange plus de raisin que ça n'en cueille. »

C'est un moment fort gai que celui de la vendange, n'est-il pas vrai? Cette récolte est la dernière de l'année, mais elle est la plus riante de toutes. Apres avoir bien travaillé toute la journée, les vendangeurs trouvent encore la force de danser le soir, et de se divertir pendant une assez longue veillée.

Le mois d'octobre et une partie de novembre sont, selon les contrées, l'époque la vendange. On cueille le raisin dans des paniers, et on le porte dans des espèces de baquets en bois, dont le nom et la forme varient dans chaque pays. Puis on transporte ces baquets dans le cellier, où sont les cuves dans lesquelles on jette tout le raisin. Bientôt ce raisin s'échauffe, fermente et bout. Quelquefois on le foule pour faciliter l'action de la fermentation. Un homme entre à cet effet dans la cuve, et s'y meut dans différents sens, afin de comprimer les grappes. Il faut qu'il ait la précaution de tenir la tète en dehors de la cuve, car il s'exhale du raisin qui fermente un gaz qui ne peut être respiré.

Après quinze jours environ , le bouillonnement cesse, et trois jours après on tire le vin, dont on emplit des tonneaux. Ce vin tiré à la cuve même est le meilleur. Quand il cesse de couler, on retire le raisin de la cuve et on le porte sur une machine appelée pressoir, où il est comprimé, pour lui faire rendre le liquide qu'il contient encore, et qui est un vin de qualité inférieure. Le marc qui reste après cette opération, est employé, soit à faire de l'eau de vie au moyen de la distillation, soit à faire une boisson qu'on noiiime pi(jurtti>. Pour ce dernier usage, on le met

tout simpleiiient dans des tonneaux défoncés d'un coté, et on jette de l'eau dessus. Cette eau s'empare du reste de vin que peut contenir le marc, et en est légèrement colorée, lorsqu'on la tire au tonneau, après quelques jours.

Petits vendangeurs, quoique le raisin soit un des fruits les plus sains, n'en mangez pas cependant sans modération; car il n'est pas de si bonne chose qu'on ne puisse rendre nuisible en en usant avec excès.

VARIETES. -

J'ai raconté, il y a quinze jours, un mot aimable et touchant de la petite Félicie de M.... Cette enfant annonce une intelligence peu commune; mais ce n'est point encore là la plus intéressante de ses qualités. Elle a sur-tout une délicatesse de sentiment bien audessus de son âge. En voici un autre trait que je ne puis me refuser au désir de raconter aussi, et dont j'ai été le témoin.

Il y a deux ans, Félicie n'en avait que six, et avec un enfantillage fort naturel à cet âge elle se faisait un plaisir de porter chaque matin à sa mère les lettres qui arrivaient pour elle, ainsi que les journaux qu'elle déposait sur le bureau de son père. Un jour, la poste apporta un billet d'enterrement à l'adresse de M°" de M.... Il était cacheté en noir. Félicie avait entendu dire qu'un cachet de cette couleur était une marque de deuil et de chagrin. Après avoir regardé tristement le billet, la petite fille le rendit au domestique qui le lui remettait: «Portez-le vous-même, celui-là, Jean, dit-elle; il contient sûrement une mauvaise nouvelle, et je ue \ eux pas que iiiauiaii puisse dire : C'est Félicie qui me l'a donnée. ')

— Je n'avais pas fait attention, et on m'a fait remarquer, que la signature B. G. de la fable contenue dans le numéro de ce journal de dimanche dernier, pouvait être prise pour les initiales de Bon Génie. Comme je ne voudrais point m'attribuer les compositions qu'on a quelquefois la bonté de me communiquer, je dois dire que cette fable n'est pas mon ouvrage, et que je signe toujours les miennes L. P. J. Personne au reste ne pomrait, à plus de titres, être appelé véritablement Bon Génie, que l'auteur de la fable du Chat et du Castor, car je connais peu d'hommes qui se soient voués avec plus de zèle et de lumières au bien de leurs semblables.

— C'est dans le numéro de dimanche prochain que sera annoncé le résultat du concours ouvert par le bon Génie.

AVIS. — Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" novembre 1824, pour un an, ou du i" mai 18?.:"), pour six mois, et expire par conséquent à la fin d'octobre courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche, 6 novembre prochain , afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

Imprimerie de JULES DIDOT AlNi:, imprimeiti di: noi,

ilu Pom-de-LoJi

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Le pri» de l'abonnemeni est , pour Paris , de 2 2 frani s paran.cidc 12 francs pour »ii mois. Pour les déparumenis, de 24 francs par an , et i3 francs pour sii moi...

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