LA TROUVAILLE
En jouant un matin dans le jardin de son père, le jeune Eudoxe de Montbreuse vit de loin briller quelque chose sur un petit banc de mousse. S'en étant approché, il reconnut que c'était une pièce de 4o francs , et tout joyeu.x d'avoir f;iit une aussi belle trouvaille, il la ramassa et la mit dans la poche de son gilet. Puis continuant de se promener dans le jardin, il reprit et regarda vingt fois sa brillante pièce d'or. Il ne faut pas en parler, se dit-il à lui-même; c'est bientôt la fête de maman et de ma sœur qui portent le même nom; je pourrai leur faire h chacune un cadeau qui les surprendra d'autant plus, qu'elles ne se doutent guère que je puisse avoir tant d'argent. Le pauvre Eudoxe ne pensa pas à autre chose, et ne fit pas d'autre réflexion. Pendant le reste de la matinée, il joua assez long-temps avec sa sœur dans la grande avenue du château; et l'heure du diner étant arrivée il se mit à table avec beaucoup de gaieté et d'appétit.
On n'en était pas à la moitié du repas, lorsqu'un domestique vint annoncer qu'un pauvre petit garçon demandait alisohiment à pailer £i M. Eudoxe. "Ah! ah ! dit M. de Montbreuse, qui donc peut avoir affaire à toi, en ce moment, mon ami? Faites entrer ce petit garçon. » Le petit garçon entre. Il pouvait avoir dix ans; sa figure était agréable et pleine de candeur, et sous les pauvres habits dont il était vêtu, tout annonçait (.n lui la délicatesse et l'honnêteté. « Mon jeune Monsieur, dit-il à Eudo.\c d'un air timide, je
vous ai vu courir ce matin dans la grande avenue, et quelques instants après j'ai trouvé sur le sable cette pièce d'or. Comme je pense que c'est vous qui pouvez l'avoir perdue, je m'empresse de vous la rapporter. » A ces mots, Eudoxe devient tout rouge, et mettant la main dans son gousset, où il ne trouve plus rien, " Oui, dit-il d'une voix tremblante, c'est moi qui l'ai perdue. — Voilà qui est singulier, reprit M. de Monbreuse; et d'où te venait cette somme, je te prie? Elle était sûrement le fruit de tes épargnes, et cela fait honneur à ton économie. — Oh ! non , mon papa , s'écria Eudoxe en fondant en larmes. Je m'aperçois en ce moment, que j'ai fait aujourd'hui, sans y songer, une action indigne; et la conduite de ce bon petit garçon me fait bien rougir de moi-même. Cette pièce, je l'avais trouvée ce matin dans le jardin. Je formai aussitôt le projet de l'employer à faire un cadeau à maman et à ma sœur, et je ne réfléchis point qu'elle ne m'appartenait pas. Moi qui n'ai besoin de rien ici, je me la suis appropriée sans scrupule; et ce pauvre petit garçon qui manque peut-être des choses les plus nécessaires, a songé avant tout à la rapporter à celui qui pouvait l'avoir perdue. Ahl mon Dieu, mon Dieu, que je suis honteux de moi-même! — Mon cher enfant, reprit M. de Montbreuse, les justes reproches que tu te fais me dispensent de t'en adresser. Assurément tu as commis une grande faute, mie faute. bien humiliante; mais j'aime à voir les regrets que tu en éprouves. Tu comprends sans doute maintenant que c'est retenir le bien d'autrui, que de s'approprier un objet trouvé et de ne point chercher à en découvrir le propriétaire. Cette découverte neùt pas été difticile aujourd'hui pour toi, si tu eusses dit seulement un mot; car la pièce de quarante francs m'appartient, et c'est de ma poche qu'elle sera tombée hier sur le banc de mousse où je m'étais endormi. Mais allons, mon enfant, ne t'afflige pas davantage; lorsqu'on a commis une faute par manque de réflexion, et qu'on l'avoue avec un regret sincère, elle est presque réparée. Je veux même récompenser en ce moment ton repentir et ta franchise, en te laissant libre de disposer de cette pièce d'or. — Vraiment! vous mêla donnez, mon papa? " dit Eudoxe avec vivacité, en essuyant ses yeux. Il Je te la donne, répondit M. de Montbreuse; tu peux en faire ce que tu voudras. — Ah! ce sera bientôt fait, mon papa. Tiens, bon et honnête petit garçon ; porte cet or à tes pauvres parents, et dis-leur (pic c'est un présent d'un enfant plus riche que toi, auquel tu as donné une bonne leçon et un bon exemple, dont ii se souviendra toute sa vie. — Bien, très bien, mon Eudoxe, dit M. de Montbreuse en embrassant son fils. Voilà quarante francs que je croyais perdus, et que la Providence a employés bien mieux que je n'aurais pu le faire moi-même, u