LES VOLCANS
En repondant aux questions que j'ai faites dans le mois de novembre dernier, on m'en a adresse' deux qui ont beaucoup de rapport entre elles et qui me fourniront le sujet de deux articles. On m'a demandé ce que c'est qu'un volcan, et ce que c'est qu'un tremblement de terre. Je vais répondre aujourd'hui à la première de ces demandes, et comme cela sera un peu long, je crois bien faire en abrégeant mon préambule. Les volcans sont des ouvertures qui existent à la surface du globe terrestre, et d'où il sort, de temps en temps, des jets de substances embrasées et des courants de matières fondues qui portent le nom de laves. Ces ouvertures sont presque toujours sur le sommet de montagnes isolées; elles ont la forme d'un entonnoir, et on les- appelle cratères.
Les volcans ne lancent pas des feux continuels; il n'en sort pas toujours des laves : ils restent des siècles entiers dans l'inaction et comme dans une sorte de sommeil. Puis, tout-à-coup ils se réveillent, se rallument, et engloutissent quelquefois, sous des torrents de lave, les habitations construites dans leur voisinage pendant le temps de leur repos. Ainsi , le Vésuve était éteint depuis un temps immémorial, lorsque, sortant de sa longue léthargie, M se ralluma subite-
ment sous le règne de l'empereur Titus, et ensevelit, sous les produits de ses déjections, les villes de Pompeia, d'Herculanum et de Stabia, dont on a découvert les ruines qui sont un objet de grande et juste curiosité. Les crises volcaniques s'annoncent ordinairement par des mugissements, dos bruits souterrains, et par l'apparition ou l'augmentation de la fnmée qui sort du cratère. Bientôt le bruit devient plus fort, la terre tremble, elle éprouve des secousses, la fumée redouble, s'épaissit et se mélange de cendres: lorsque l'air est tranquille, on la voit s'élever comme une immense colonne, jusqu'à une très grande hauteur où elle se divise et s'étend. D'autres fois, la fume'e, en sortant du cratère, se disperse dans les airs; elle y forme d'immenses et épais nuages qui obscurcissent le jour, et qui couvrent de ténèbres tout le pays d'alentour. Tl arrive souvent que ces nuages de fumée sont traversés par d'énormes jets de sables embrasés, semblables à des flammes, et qui s'élèvent à des hauteurs prodigieuses. Quelquefois, ils sont sillonnés par des éclairs et paraissent lancer la foudre de tontes parts. Enfin, s'élancent, du sein du volcan, d; s pierres brûlantes et des matières en fusion , qui en sortent sous la forme d'immenses gerbes d'artifice, et se succèdent rapidement les unes aux autres. Elles sont projetées souvent avec une explosion très forte: EU
s éparpillent eti s'élevant, et retombent tout à l'entour du volcan, à des distances plus ou moins {jrandes, sous la forme d'une pluie de cendres, de pierres et de matières brûlées et vitrifiées. Pendant ce temps, les secousses et les tremblements redoublent. La matière fondue qui remplit les fournaises souterraines, monte, s'élève dans le cratère, déborde par les parties les moins hautes de ce vaste entonnoir, se répand et coule sur les flancs du volcan. Tantôt elle descend avec une vitesse extrême, comme un torrent de feu qui entraine, dévaste, brûle tout ce qu'il rencontre; tantôt son mouvement est tranquille et lent, comme celui d'un Heuve majestueux; mais elle n'en va pas moins couvrir et engloutir ce qui se trouve sur son passage.
Au milieu des torrents de feu, sortent quelquefois du cratère d'énormes courants d'eau et de boue. En même temps, des nuages s'amoncèlent et fondent comme un déluge sur les champs. Des exlialaisons malfaisantes se répandent dans l'air, font périr les animaux et détruisent la végétation. Il semble que dans ces crises, auxquelles on donne le nom d'éruptions volcaniques, tout ce que les éléments ont de plus terrible et de plus redoutable se réunisse et se conjure, pour jeter l'épouvante sur la terre et faire sentir à l'homme son impuissance et sa misère. Il est rare qu'une éruption ait lieu seule; après un moment de repos, elle est suivie ordinairement d'une seconde, quelquefois de plusieurs; ensuite la crise cesse et le volcan rentre dans sa tranquillité.
La fumée qui sort des volcans se compose de vapeur d'eau mélangée de différents gaz. Quand à la nature de la lave, il faudrait pour la bien connaître, pouvoir observer l'intérieur des volcans, ce qui est impossible. On ne peut voir la lave qu'en fusion, ou après le refroidissement. Des observateurs audacieux l'ont vue bouillir dans le fond du cratère, où ils étaient descendus, mais cela ne leur en a pas appiis davantage. A N^iples, on fabrique avec la lave du Vésuve, qui est une assez belle matière, différents objets usuels et d'ornement, tels que des vases, des boites, des tabatières. La plus grossière est employée pour le carrelage et le pavage.
Il existe des volcans qui ne lancent que de la boue; d'autres, qui ne lancent que de l'eau. Au nombre de ces derniers, et parmi les plus célèbres, il faut compter ces fameuses fontaines d'eau bouillante d'Islande, connues sous le nom de Geysers. A six lieues au nord de Skalhot, dans cette île, et à douze lieues de la côte, dans un pays plat, au pied de collines peu élevées, on voit une multitude de petits monticules de terre diversement colorés, d'où il sort de fortes sources d'eau chaude. La plus considérable, le ijrand Geyser se trouve sur un monticule de deux à trois mètres de
haut, qui présente, à sa partie supérieure, un bassin circulaire, ayant environ quinze mètres de diamètre et un mètre de profondeur. Dans le milieu est un tube cylindrique, qu'on a reconnu jusqu'à la profondeur de vingt mètres, et d'où s'élance la colonne d'eau bouillante, qui s'élève souvent jusqu'à trente mètres et quelquefois beaucoup plus haut.
Je m'attends bien qu'on me demandera quelle est la cause de ces prodigieux phénomènes. Ce qui me console de ne pouvoir répondre à cette question , c'est que je ne suis pas le seul qu'elle put embarrasser. Ce serait mal me tirer d'embarras que de vous dire qu'ils sont ])roduits par l'action d'un foyer souterrain, car vous n)e demanderiez aussitôt qui a produit ce foyer souterrain lui-même. Voilà précisément ce qu'on ne sait pas; et comme on n'a fait, pour l'expliquer, que des suppositions qui n'ont rien de certain, je me borrai à vous dire que cela est ainsi, et qu'on en ignore les causes premières, comme celles de tant d'autres phénomènes.
Il existe dans beaucoup de pays, au milieu des terres, des volcans éteints et des traces d'éruptions volcaniques. Sans sortir de France, nous en trouvons un exemple fort curieux dans l'Auvergne, qui est un pays tout v(dcanisé. INIais le fait est que tous les volcans en activité, que l'on connaît, sont dans le voisinage de la mer. On a de plus la preuve qu'il en est qui brûlent sous la mer même. Il est arrivé qu'ils ont englouti des iles connues, et qu'ils ont fait paraître subitement au-dessus des eaux des îles nouvelles.
L'Europe ne compte que peu de volcans brûlants. Les principaux sont le Vésuve, auprès de Naples; YEtna, en Sicile; le Stromboli, le Vulcano et le Vulcaneilo, dans les îles de Lipari; et VHécla, en Islande. L'Etna est le plus élevé de tous; sa hauteur est de 3,4oo mètres au-dessus du niveau de la mer. Les continents de l'Asie et de l'Afrique en renferment peu, mais on en compte plus de cent dans les iles qui dépendent de ces deux parties du monde. Ceux de lAmérique sont au nombre de cinquante environ , et ce sont les plus remarquables, tant à cause de leur position sur le dos de la grande Cordillière, qu'à cause de leur forme colossale et de leurs produits extraordinaires. Ils sont en général par groupes. Le pays de Guatiniala en présente une vingraine, parmi lesquels se distingue le Guatimaln qui s'clève à l\,&on mètres. Dans le Mexique, on en voit six, dont les plus considérables sont le volcan moderne de Jorullo , et le Fopocatepec, qui fume près de Mexico. Enfin, le l\rou en compte sept, entre lesquels il faut remarquer le ricliinclut, élevé de près de cinq mille mètres, le Cotopaxi, qui s'élève à 5,75o mètres, et WInttsana qui en atteint six mille.
Il me reste à vou* parler, mes anus, des tremble-
nients de terre, qui ont de grands rapports avec les phénomènes volcaniques; niais cet article est déjà bien assez long, et je réserve ce sujet pour mon numéro prochain.