LES SOUVENIRS DU COLLÈGE
Les vers suivants viennent de m'étre communiqués, et je pense qu'ils ne seront pas sans intérêt, sur-tout pour ceux de mes lecteurs qui sont au collège et pour celles de mes lectrices qui y ont leurs frères. Ces vers ont été presque improvisés par un ancien élevé d'une institution de Paris , dont le directeur a coutume de faire faire, deux fois par an, une belle partie à Montmorency, à ceux de ses élèves qui ont obtenu les premières places au collège. C'est l'automne dernier que ces vers ont été lus au diner de Montmorency; j'y laisse subsister quelques négligences qui sont excusées tout à-la-fois par l'impromptu, par l'à-propos, et par la jeunesse de l'auteur.
O compagnons de ma paisible enfance , A vos plaisirs je suis encor admis
Et viens icjmtout plein de confiance,
Vous rappeler que nous étions amis.
Ah! qu'ils sont doux les plaisirs du jeune âge.
Et qu'il en reste un tendre souvenir !
L'oubli peut-il devenir le partage
De ces beaux jours dont nous savions jouir,
Et dont nos coeurs ont conservé l'image?
Peut-il changer à mes yeux inconstants
Ceux avec qui j'ai fait l'apprentissage
De l'amitié, des doux épanchements?
Mais parmi vous, si quelque jeune athlète Vous demandait, en me voyant ici , (^uel étranger s'asseoit à cette fête, Dites-lui bien que je suis votre ami ; Que les lauriers ombragent peu ma tête; Que des revers , peut-être des malheurs , Vieux vétéran, m'ont valu ma retraite.
Mais que je vis, jeune encor, dans vos cœurs.
Depuis un an j'ai quitté la carrière
Où vous cueillez encore des lauriers;
Et bien souvent, sous mon autre bannière,
.le me suis dit: Heureux les écoliers!
Leurs jeux sont vifs et leurs plaisirs sincères;
C'est là vraiment qiïe l^s rivaux sont frères.
Souvent , après un travail assidu ,
Et confiant son sort a la Fortune, On terminait une guerre importune, Pour conspirer un plaisir défendu.
J'irai souvent visiter cet asyle
Où s'écoula ma jeunesse tranquille,
Où j'ai passé de si joyeux instants.
Leur souvenir charmera mes vieux ans.
Quand de conter j'aurai le privilège.
Je redirai mes plaisirs de collège ,
Aux jeunes gens que je dois seriuoner...
Mais écoutez : Je vous prie à diner,
Mes bons amis, pour dans cinquante années!
Là, déroulant nos vieilles destinées,
Dans le passé nous nous rajeunirons.
Pour compléter la plus belle des fêtes.
Je vous promets qu'ensemble nous boirons
Le meilleur vin des prochaines comètes.
Chacun de nous, dans ses longs souvenirs,
Remontera jusqu'à son plus jeune âge;
Il nous dira quels furent ses plaisirs,
Les torts qu'il eut, ce qui le rendit sage.
Pour nos enfants quelle docte leçon!
Du temps au moins nous aurons la science ;
Nous parlerons de notre expérience.
Mais, dites-moi. Messieurs, me croira-t-on ,
Quand, ranimé par la reconnaissance,
J'essaierai si ma vieille éloquence
Peut attendrir par le récit suivant.
« Il m'en souvient, quand j'étais au collège, Nous jouissions d'un heureux privilège.
Un bon Recteur, homme sensible, aimant, Mettait ses soins et son zèle à nous plaire. Il me traitait comme son propre enfant. Et je l'aimais ainsi qu'on aime un père. Plus d'une fois sa bonté tutélaire Sut consoler nos cha^nm passagers.
Dans nos travaux sans cesse encouragés , Nous remportions maint succès littéraire. Deux fois par an , sur de riants coteaux Les fiers vainqueurs arrivaient dès l'aurore. Là, trente ânons leur soumettaient leurs dos; Ardents coursiers, je crois les voir encore S'enorgueillir sous leurs nobles fardeaux. A les dompter j'étais le plus habile.
Il m'en souvient, tel était mon talent Que le plus dur était pour moi docile. J'étais alors plus souple qu'à présent.
Le soir venu, la troupe satisfaite Venait s'asseoir au plus gai des banquets. Puis, au dessert, quelque jeune poète, Au bon Recteur adressait des couplets; Et même, un jour que j'étais de la fête, Je me souviens que j'en fis de mauvais.
il A soixante ans encore je rejjrette
Tous ces plaisirs auxquels j'étais admis,
Et les verroux et les épaisses grilles
De ce collège inconnu des soucis.
Depuis ce temps, dans combien de familles ,
Mon bon Recteur, tu dois compter d'amis! "
hirniMEFiiE DE JULF.S DIDOT AINK.
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