LES TREMBLEME>'TS DE TERRE
J'ai dit, dans mon article sur les volcans, que les éruptions volcaniques sont habituellement accompa- {jne'es de tremblements de terre. Il ne faut pas en conclure que les tremblements de terre n'aient lieu que dans ces circonstances. Toutefois est-ce dans le voisinage des volcans, ou dans les pays volcanisés, que ces terribles phénomènes sont les plus nombreux ou les plus violents, et il semble en effet qu'il y a un grand rapport entre les volcans et les tremblements de terre. Les uns et les autres sont très vraisemblablement des effets produits par une même cause, par des agents ou des feux souterrains.
On peut distinguer deux sortes de tremblements de terre. Les uns paraissent tenir à un volcan particulier et avoir leur foyer dans la même région que lui: ils ne se font guère ressentir qu'à quelques lieues ou dixaines de lieues de distance, et leurs crises sont presque toujours liées avec celles du volcan. Les autres, qui paraissent avoir leur foyer à une bien plus grande profondeur, se propagent à des distances immenses, avec une vitesse incroyable; ils se font ressentir presque en même temps sur des points éloignés de mille lieues.
L'approche d'un tremblement de terre est ordi-
nairement annoncée par des bruits sourds, des mugissements souterrains quelquefois très forts, semblables au roulement du tonnerre ou a celui de plusieurs chars sur un pont de pierre. Ainsi, lorsquen l'année 1746, la ville de Lima, au Pérou, fut détruite par une catastrophe de ce genre, les habitants en furent avertis par ces effrayants préludes, et abandonnèrent leurs maisons. On prétend aussi que ces grandes crises de la nature sont annoncées par la sortie des reptiles qui vivent habituellement sous la terre; par l'agitation et les mouvements extraordinaires des oiseaux; par les hurlements de certains animaux, et par le tarissement des sources et des
puits.
Quelquefois, cependant, le tremblement de terre arrive tout-à-coup et sans que rien ait pu le faire pressentir. C'est ce qui eut lieu à Lisbonne, en 1-55, lorsque cette ville fut renversée par un des plus terribles tremblement de terre dont on conserve le souvenir.
Le nom de ce phénomène indique assez quels sont ses effets. Le sol s'ébranle, et éprouve des secousses qui se propagent dans diverses directions. Ces secousses se succèdent avec plus ou moins de rapidité, plu*/^^ ou moins de force. Dans le tremblement de Lisbonn^, dont je viens de parler, il y en eut trois: ce fu/ ïa
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dernière qui causa le plus de ravages; elle se prolongea pendant plusieurs minutes, et renversa les édifices les plus solides. Souvent ces secousses se reproduisent pendant plusieurs jours de suite, et quelquefois pendant des mois entiers. Elles se propagent, comme je l'ai dit, à de très grandes distances et avec une incroyable rapidité. Ainsi le tremblement de terre de Lisbonne a ébranlé, dans la même heure de temps, tout le Portugal et toute l'Andalousie; il s'est fait ressentir le même jour, d'une part, en Afrique, où les villes de Maroc, de Fez et de Mequinez ont été presque détruites, et de l'autre, dans la majeure partie de l'Espagne, de la France, de la Suisse et de l'Alle- «lagne. On a éprouvé son action jusqu'en Islande, et même jusqu'aux Antilles. Celui de Lima s'est également propagé jusqu'en Europe.
Dans ces grandes crises, il arrive quelquefois que la terre se fend, s'cntr'ouvre, qu'une montagne s'engloutit, qu'un lac se forme, qu'une île nouvelle s'élève au-dessus de la mer, ou qu'une île s'y abyme. Il arrive aussi qu'un nouveau volcan apparaît tout-àcoup. C'est ainsi qu'a été formé celui de Jorullo, auprès de Mexico, dont je vous ai parlé dans mon précédent numéro.
La mer est presque toujours fortement agitée par les secousses des treniblenients de tcrie. Mais ce qui est fort remarquable, c'est que l'atmosphère ne paraît point participer à cette agitation de la croûte du globe terrestre. On a généralement observé que, pendant les tremblements de terre les plus terribles, le temps était très serein et très beau.
Nos édifices résistent rarement aux grandes secousses de tremblements de terre. Heureusement elles sont très rares; mais des secousses moins fortes sont fréquentes dans toutes les parties du globe, et il se passe peu d'années qu'il n'y en ait plusieurs en Europe. Elles se bornent à de légères commotions du sol qui font quelquefois mouvoir les meubles dans les appartements. Je ne me rappelle pas bien précisément l'époque, mais il y a tout au plus quatre ans qu'un tremblement de terre se fit sentir dans le midi de la France, et je sais que la commotion fut assez forte, à Lyonet dans plusieurs villes voisines, pour déplacer les meubles dans les maisons les plus solides.
Que tout ce que je viens de dire, mes amis, ne vous cause pas mal à propos de l'inquiétude ou de l'effroi. Notre pays est un de ceux qui sont le moins exposés aux désastres causi's par les tremblements de terre, et il y a lieu de croire qu'ils ne seront jamais assez violents en France pour y renverser des villes. Ceux qui s'y font sentir sont tout juste assez forts pour nous donner une idée de ce grand, phénomène, sans nous faire de m,al. Ce t)'est pas le seul rap[)ort sous lequel notre beau pays soit favoiisé.
MOTS A L'OREILLE
^ C'est une grande impolitesse de ue pas être attentif aux discours des personnes qui vous parlent, et de s'exposer à la nécessité de faire répéter une question pour pouvoir y répondre.
(| Il y a deux manières d'être distrait : l'une consiste à être tellement préoccupé d'une seule idée, qu'on n'accorde aucune attention à tout ce qui y est étranger; l'autre provient d'une légèreté d'esprit qui fliit que l'on passe rapidement à une nouvelle idée avant d'avoir complété la première.
(| La première espèce de distraction est moins nuisible que l'autre à celui cpii y est sujet; mais toutes deux ont quelque chose de désobligeant dans les relations sociales.