‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 17 sur 136 · L'ENFANT A L'ARBRISSEAU · texte numérisé non relu

L'ENFANT A L'ARBRISSEAU

Espoir de l'empire de Flore,

Mais frêle encore, Je t'aperçois, jeune arbrisseau, Elever ta tige fle.xible , Grâce à l'abri sûr et paisible Que tu trouves sous cet ormeau.

De mon sort le tien est l'image.

Moi, sous l'ombrage Dont me protège un tendre amour, Je vois ma tranquille jeunesse Couler au sein de l'allégresse, Comme le matin d'un beau jour.

Si parfois un léger nuage

De mon visage Obscurcit la sérénité; Rientôt un baiser de ma mère, Une caresse de mon père, Me rendent ma douce gaieté.

Mais un jour, déployant sa cîme Ton front sublime

Osera braver l'Aquilon ; Et le passant, sous ton ombrape, Admirera le beau feuillage Dont tu pareras le vallon.

Alors, plein de reconnaissance.

Sous ta défense Tu prendras l'ormeau vieillissant.

Alors tu garderas sa tête De la fureur de la tempête Et des outrages de l'autan.

Ainsi, lorsqu'en moi la culture

De la nature Fera fleurir les dons heureux ; De l'éclat naissant de ma vie Je veux d'une mère chérie Couronner l'espoir et les voeux.

Et quand l'âge, ô mon tendre père.

De ta carrière.

Hélas! marquera le retour; Puissi'-je embellir ta vieillesse De tous les soins qu'à ma jeunesse Prodigue aujourd'hui ton amour.

NOUVELLES

Tous les ans, le jour de la saint Charlemagne, les élèves des collèges royaux qui ont obtenu la place de premier dans leurs classes respectives, sont admis à un splendide déjeûner, où ils sont honorablement confondus avec leurs professeurs. Les élèves du collège royal de Louis-le-Grand ont demandé à leur proviseur que ce déjeuner n'eût pas lieu cette année, et que la somme destinée à ce banquet fût offerte, comme secours, aux malheureux marchands dont la fortune a été détruite par l'incendie qui a consumé le Hazar la veille du jour de l'an. Cette detnande a été accueillie par M. Laborie, proviseur, comme elle devait l'être, c'est-à-dire, avec applaudissement et satisfaction. M. Laborie en a référé à Monseigneur le ministre de l'instruction publique, qui n'a pas voulu que les élèves fussent privés d'une réunion aussi honorable, mais qui a autorisé le proviseur à ne donner qu'un déjeûner bien moins coi'iteux. Ce repas de la saint Charlemagne n'a donc pas été, cette année, aussi splendide que de coutume; mais le sentiment tl'une bonne action l'a rendu délicieux. La somme réservée pour les incendiés ne s'élève pas à moins de six cents francs.

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Je me trouve aujourd'hui véritablement très embarrasse, mes amis. Vous avez pu voir que j'aime assez à tirer parti de tout pour votre instruction, même des divertissements et des plaisirs. Je fais ce que je puis pour cela, et vous devez savoir mieux que moi si j'y réussis. Mais aujourd'hui, en vérité, je ne sais comment m'y prendre; car, si j'ai envie de vous instruire, je tiens trop aussi à votre affection pour ne pas craindre de vous ennuyer, en me montrant sérieux mal à propos. Il ne faut pas que je me le dissimule, c'est aujourd'hui le dimanche gras, demain le lundi gras, après demain le mardi gras. Figurez- vous la position de votre pauvre bon Génie, arrivant avec un article sur la physique, ou sur l'histoire naturelle, ou sur quelque autre sujet grave, dans un moment où chacun de vous est probablement occupé de tout autre chose. Il me semble d'ici entendre mes jeunes lecteurs: «Eh! bon Génie, vous ne savez donc pas que nous avons congé au collège? Que nos précepteurs nous ont donné liberté pour trois jours? Que nous voulons bien vous lire, parce que nous vous aimons, mais qu'il ne f<iut pas nous dire des choses sérieuses, dans un moment où on ne songe qu'à la gaieté?» 11 me semble entendre aussi mes jeunes lec-

trices : Il Bon Génie, mon bon Génie, y pensez-vous? Est-ce que nous avons le temps de méditer sur vos explications? Mais songez donc qu'il y a ce soir bal chez papa ; songez donc que je vais demain au bal chez mon oncle; songez donc que nous nous déguisons pour aller après demain chez nos bonnes amies, telle et telle, et que nous n'avons que tout juste le temps d'ajuster nos garnitures et de bâtir nos collerettes. Pauvre bon Génie, nous vous aimons de tout notre cœur; mais pour aujourd'hui, que voulez-vous? C'est le dimanche gras, demain le lundi gras, et après demain le mardi gras. »

Je dois en convenir, il n'y a pas le mot à répondre à des observations si justes et si raisonnables. D'ailleurs, quel moyen de trouver mauvais que des jeunes filles ajustent des garnitures et bâtissent elles-mêmes leurs collerettes? Cela est tout simple, et on ne peut que souhaiter qu'elles se montrent aussi laborieuses et aussi actives pendant le reste de l'année.

Cependant, au milieu de tout cela, il n'en est pas moins vrai que j'ai pris des engagements et que je dois les remplir; car, soit dit en passant, il n'est jamais de bonne raison dont on puisse s'autoriser pour manquer à ce qu'on a promis. Je vous recommande souvent de n'oublier aucun de vos devoirs, mes amis; chacun a les siens dans ce monde; j'en ai contracié-

vis-à-vis de vous, et pour avoir le droit de vous rappeler les vôtres, je dois être fidèle aux miens. Quand on s'est engagé à faire une chose, ou quand votre position vous y oblige, il ne faut pas dire : « Je ne puis pas, je ne saurai comment m'y prendre. » Il y a toujours moyen d'acquitter sa dette, si on le veut bien; car, comme dit le proverbe, impossibilité n'est souvent que mauvaise volonté. Et tenez , vous conviendrez qu'il est difficile de se trouver dans un plus grand embarras que le mien aujourd'hui. Eh bien, voilà qu'à force d'y songer, j'imagine un moyen de me tirer d'affaire. Je gage que vous ne savez pas à quel propos on promène dans Paris et dans quelques autres villes de France, un bceiifgras. pendant les derniers jours du carnaval. Si je vous l'apprends, j'aurai rempli ma tâche. Or, je puis le faire en peu de mots; je ne sortirai pas ainsi de la circonstance; vous me lirez, je l'espère; et, partant, nous serons tous quittes. Vous n'ignorez pas que les bouchers et garçons bouchers de la capitale, affublés de divers costumes, vêtus en chevaliers français, en guerriers, même en sénateurs romains, ont coutume de former, à cette époque de l'année, une cavalcade, moitié brillante et moitié ridicule, pour accompagner un bœuf gras qu'on promène, couvert de draperies, paré de fleurs et les cornes enveloppées de papier doré, dans tous les quartiers de Paris. Cet usage bizarre nous a «té transmis de siècle en siècle depuis les Gaulois. Il est à présumer que c'est un reste des cérémonies que ces anciens habitants de notre pays pratiquaient dans les sacrifices qu'ils faisaient à leurs divinités payennes. Je n'oserais cependant vous l'affirmer, car il serait très possible que, d'api-ès les honneurs qu'on a l'air de rendre pendant toute la journée au bœuf gras, celui-ci eût été jadis la divinité plutôt que la victime, dans la cérémonie dont cette singulière promenade parait être une tradition. Les Gaulois, en effet, par un sentiment de reconnaissance et par une suite de l'ignorance dans laquelle ils étaient plongés, déifiaient les objets qui leur étaient utiles, tels que le soleil et le vent de bise. Ils rendaient aussi des hommages au bœuf, en échange des travaux de ce laborieux animal. Vous savez probablement que les Égyptiens l'avaient fait avant eux, et qu'ils adoraient leur bœufains, de même que les Gaulois adorèrent le bmiif laboureur. Quoi qu'il en soit, il est au moins bien certain que la promenade du bœuf gras n'est que la tradition d'une cérémonie religieuse des Gaulois. Seulement, ce qui était une chose sérieuse chez ce peuple payen, est devenu un simple divertissement chez une nation éclairée par les lumières du Christianisme.

Les détails de cette cérémonie varient selon les localités. A Paris, on met sur le bœuf gras un petit enfant, qui probablement trouve la promenade un peu

longue et un peu lente. Dans le moyen âge, cet enfant tenait un sceptre, et les bouchers l'appelaient leur roi, parce qu'à cette époque chaque communauté donnait à son chef le titre de roi.

Je m'arrête, mes amis, car je ne veux pas vous occuper trop long-temps de ce grave sujet. Il me suffit de m'étre acquitté, malgré la difficulté des circonstances.

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