L'AIMANT
Vous vous rappelez, sans doute, ce que je vous ai conté du voyage an Havre de M. de Saint -Estève avec son fils Gustave et sa fille Léocadie. Il avait été convenu qu'au retour à Paris, M. de Saint -Estève donnerait à ses enfants l'explication de la boussole; et moi, je devais vous faire part de ce nouvel entretien. Le fait est que, depuis le voyage que j'ai raconté, je n'ai point entendu parler de cette famille. Cependant on m'a demandé deux ou trois fois, depuis lors, ce que c'est que la boussole. Pour répondre à cette question, il faut que je me passe de la science de M. de Saint-Estève. Je vais tâcher d'y suppléer de mon mieux.
Il existe, dans la nature, des corps qu'on appelle aimants. Ces corps sont des pierres ferrugineuses, c'est-à-dire, qui contiennent du fer en grande quantité, et elles ont la propriété d'attirer à elles le fer et quelques autres métaux. On a donné à cette propriété le nom de magnétisme.
En frottant un barreau d'acier sur une pierre d'ai niant, on lui commimique la vertu de cette dernière Alors le barreau d'acier devient ce qu'on appelle u aimant artificiel , et il agit absolument comme l'aimar naturel. Si on le plonge dans de la limaille de fer.
eu sort tout hérissé; il enlève des aijjuilles, des morceaux de fer plus ou moins gros, suivant sa propre grosseur. Il les attire à lui d'une certaine distance; et quand on approclie Fainiant de ces corps, s'ils sont assez léfjers, on les voit sauter à lui et s'y attacher, de manière qu'il faut un effort sensible pour les en arracher. Cette adhérence est même assez forte, pour qu'un bon aimant puisse retenir suspendu un corps beaucoup plus pesant que lui.
Indépendamment de cette propriété, l'aimant en possède encore une autre, que voici :
Lorsqu'un aimant est jilacé de manière à pouvoir se mouvoir librement, comme, par exemple, un barreau d'acier aimanté, suspendu à un fil, ou mobile sur un pivot, il tourne et se meut jusqu'à ce qu'un de ses bouts soit dirigé vers le Xord et l'autre vers le Sud. C'est dans les deux extrémités du barreau que se manifeste sa propriété d'attraction. On donne à ces deux extrcMuités le nom de pôles. Chacune de ces extrémités attire éfjalcment les corps de fer ou d'acier non aimantés. Mais il n'en est pas de même si on leur présente un autre aimant. Dans ce dernier cas, il arrive que les deux aimants s'attirent, lorsqu'on présente l'extrémité que l'un tourne vers le Nord à celle que l'autre tourne vers le Sud ; tandis qu'ils se repous^ent si on présente un des pôles de l'un au même pôl" de l'autre. A cause de cette espèce de contradiction, on a cru devoir donner au pôle de l'aimant qui se diiige vers le pôle boréal de la terre et qui semble étr^ attiré par lui, le nom de pôle mistral; et à celui qui se dirige vers le pôle austral du globe terrestre le nom de pôle boréal.
Cette propriété qu'a le barreau aimanté, de se diriger dans le sens des pôles delà terre, a donne naissance à la boussole. Cet instrument si précieux aux marins consiste en une boite, renfermant une aiguille aimantée qui tourne librement sur un pivot. Le pivot est placé au milieu d'un cercle sur lequel sont indiques les points cardinaux et tous les points intermédiaires- La boussole est suspendue dans une chambre du vaisseau, de manière à conserver toujours une position horizontale dans tous les mouvements du naviri>. Lorsque les nuages dérobent à la vue des marins les astres qui servent à les diriger, la boussole y supplée. La position constante de l'aiguille, qui se tient toujours dirigée du Nord au Sud, tandis que le cercle indiquant les points cardinaux change de position au-dessous d'elle suivant la direction que prend le navire, les avertit de la route qu'ils tiennent, cl Irur fait connaître s'il est ccnivenable d'en changer pour arriver à leur but.
Je ne terminerai pas cet article sans vous parler d'une jolie expérience ([u'a fait imaginer la propriété d'attraction et do répulsion de l'aiuuxnt.
I On construit en fo-blanc peint, soit un cigne, soit
des poissons qui se tiennent sur l'eau. Leur corps est traversé par un petit barreau d'acier aimanté, dont un des pôles, le pôle austral, par exemple, se trouve vers la tête. On a une petite baguette, également traversée par un barreau aimanté dont les deux pôles se trouvent aux deux extrémités. Ayant mis le cigne ou les poissons dans un vase rempli d'eau sur laquelle ils flottent, on attache au pôle boréal de la baguette aimantée un petit morceau de mie de pain ou de gâteau, et on le présente au cigne ou aux poissons. Aussitôt le pôle boréal de la baguette aimantée attirant le pôle austral du barreau aiuianté qui se trouve a la tétc des animaux aquatiques, vous les voyez arriver comme pour manger le pain ou le gâteau. Vous leur présentez ensuite l'autre côté de la baguette aimantée, qui est le pôle austral et oîi il n'y a point d'appât. Sur-le-champ, le pôle austral de la baguette repousse le pôle austral de l'aimant qui est dans leur corps, et comme ce pôle austral est placé à leur tête, vous les voyez s'éloigner et se retourner, comme s'ils étaient mécontents de ce que vous les attrapez.
Ce petit jeu est fort amusant, parce qu'il déconcerte beaucoup les personnes qui n'en connaissent pas l'explication.
On a imaginé encore beaucoup d'autres tours, qui ont une apparence merveilleuse aux yeux des ignorants, et dont les propriétés de l'aimant donnent tout de suite l'explication il ceux qui les connaissent. Je serais charmé de vous en apprendre quelques-inis, si je pouvais avoir la certitude que vous ayez bien compris cet article.