LE SINGE ET LE PERROQUET
Dans un riche hôtel de Paris , Un singe, un perroquet, bien cliovés, bien nourris.
Vivaient en parfaite harmonie.
Le maître de cette maison Voyait chez lui fort bonne compagnie; Et nos deux animaux, admis dans le salon. De langage poli, de noble courtoisie
Y recevaient mainte leçon.
Mais, loin d'en profiter, ce n'était qu'à l'office, Au milieu des laquais et des gens de service. Qu'ils songeaient à former leur langage et leur ton. Vousjugez quels étaient leurs discours, leurs manières: Le singe grimaçait, criait, sifflait, moquait,
Et sou ami, le perroquet, N'articulait jamais que paroles grossi ères. Si vous lui demandiez comment il se portait.
Il vous répondait : « Tu m'embêtes ; Vas-t'en au diable, vilain laid, n De ses propos c'étaient les plus honnêtes.
Pendant quelque temps on en rit;
Pour tous deux chose bien fâcheuse; Car il ne fut bientôt plus de farce honteuse
Qu'ils ne prissent pour de l'esprit.
Quelquefois encore, par grâce.
On les conduisait au salon; Ils ne s'y plaisaient plus, y faisaient la grimace, Et Jacquot dans son bec murmurait un juron. Cela devint si fort qu'il fallut s'en défaire ; On les vendit. Alors vint le jour des regrets : En sortant de l'hôtel , adieu sucre et beignets, Adieu logis bien chaud, bon coucher, bonne chère. Leur nouveau maître était un marchand d'animaux ,
Qui parut armé d'une cage.
D'un collier, d'une chaine, et de qui l'équipage
Ne leur présageait que des maux.
Un chien bien élevé, qui passait pour un sage,
Leur dit : « Je vous plains, mes amis. Vous avez dédaigné tous les soins qu'on a pris Pour former votre esprit, vos mœurs, votre langage;
Mauvais exemple et sots avis De préférence aux bons furent par vous suivis ;
Hélas! vous en voilà punis!
NOUVELLES DIVERSES
Edmond est un jeune garçon fort indocile. L'autre jour, voyant au maître d'écriture de ses soeurs un canif qui lui parut plus beau que les autres, il voulut s'en emparer. Le maître l'avertit de ne pas y toucher, parce qu'en essayant de l'ouvrir il pourrait se blesser. Le désobéissant Edmond prétendit qu'où voulait le traiter comme un petit enfant, et profitant du moment où le maître avait le dos tourné, il prit le canif et poussa le bouton. Ce bouton détendit un ressort qui fit sortir brusquement la lame, sur laquelle le pouce d'Edmond glissa. Ce pauvre pouce fut coupé dans toute sa longueur. Edmond jeta les hauts cris; mais il ne fut plaint de personne.
— Lundi dernier, il y a eu chez M"* de Z... une fort jolie soirée d'enfants. Au milieu de cetie intéressante réunion, on a sur-tout remarqué la jeune Clémence de Z... qui , en qualité de fille de la maîtresse de la maison, en a fait les honneurs avec une grâce charmante. Ce n'était pas que Clémence fiit la plus jolie, sa figure n'a rien de remarquable; ce n'était pas que sa parure fîit la plus brillante, son costume n'avait rien que de tiès simple. Mais Clémence s'est montrée si affable, si polie, si prévenante, si peu occupée d'elle-même et si fort occupée des autres, si empressée de pourvoir à ce que chacune de ses compagnes put trouver place à la danse, à ce que les rafraîchissements fussent offerts à propos à celles qui pouvaient en avoir besoin, enfin à ce que toutes les jeunes personnes invitées s'amusassent et fussent contentes de leur soirée, que Clémence, sans en avoir l'intention , a paru aux yeux de tout le monde la plus aimable et la plus gentille des jeunes filles de la réunion. Ce qu'il y a de joli surtout, c'est la réponse qu'elle a faite le soir à sa maman. « Ma bonne amie, lui dit rette tendre mère, je suis très contente de toi, mais je crains seulement que tu ne te sois pas bien amusée. — Oh! Maman, répondit Clémence, soyez tranquille; quand nous sommes invitées quelque part, je me divertis pour mon propre compte ; mais ici, je ne puis avoir de plaisir qu'autant que les autres s'amusent bien. »
— J'ai appris qu'il y a eu, pendant les jours gras, dans plusieurs maisons de Paris, de petits bals déguisés où on a mis en action la dernière lithographie du bon Génie. On a copié exactement tous les costumes qu'elle représente, et 11 parait que cela formait un coup-d'œil fort drôle. Une chose qui prouve le bon espritde mes jeunes lecteurs, c'est que le Turc, au lieu de s'eiinuver, comme celui de l'histoire que j'ai racontée, s'est fort diverti et a été fort divertissant.
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