DES METAUX
Je vous ai, mes jeunes amis, déjà fait l'histoire de plusieurs animaux intéressants, et celle de quelques plantes utiles; mais je n'ai eu, jusqu'ici, l'occasion de vous entretenir d'aucune substance appartenant au règne minéral. Plusieurs d'entre vous m'ont cependant témoigné le désir que j'abordasse cette partie de l'histoire naturelle. Empressé de les satisfaire, je vais aujourd'hui vous parler des métaux.
Vous vous rappelez sûrement la distinction que nous avons établie entre les minéraux, les végétaux et les animaux; vous savez que les animaux sont des êtres organisés, doués de vie et de mouvement; que les végétaux sont des êtres aussi organisés et vivants, mais privés de la faculté de se mouvoir; enfin, que les minéraux ne sont que des masses de matière, sans organisation, sans vie, et sans mouvement. Il ne faut pas croire cependant que létude de ces derniers soit dépourvue d'intérêt. Indépendamment de l'utilité dont sont pour nous la plupart des substances minérales, leur structure, dans certains cas, est fort curieuse à observer, comme nous le verrons quelque jour en parlant des cristaux, et le rôle qu'elles jouent dans la structure générale du globe terrestre est aussi l'objet d'une étude fort attachante. Vous voyez, mes
amis, que j'ai de quoi vous entretenir long -temps. Mais revenons, pour aujourd'hui, à l'objet principal dont j'ai a vous parler.
Les métaux sont des substances minérales qui forment une classe de corps tout-à-fait particulière, et qui se distinguent de tous les autres corps par un ensemble de propriétés qu'elles seules réunissent.
Les principales de ces propriétés sont : 1° la ductilité, c'est-à-dire, la propriété de changer de forme et de s'étendre sous le marteau, sans se briser. Tous les métaux ne la possèdent pas au même degré; il en est même quelques-uns dans lesquels elle est a-peu-près nulle, et qu'à cause de cela on avait autrefois nommés demi-métaux. Le plus ductile de tous les métaux est l'or. En faisant passer un lingot de ce métal dans des trous successivement de plus en plus petits, on parvient à réduire une once d'or en un fil de soixantetreize heues de longueur. La même quantité d'or, battue sous le marteau, peut donner seize cents feuilles extrêmement minces et de neuf pouces carrés chacune. L'argent, le cuivre, le fer, le plomb, Tètain, sont aussi très ductiles; vous savez quelle rmji|^4?5"^ déformes prennent ces métaux, sous le m^eawdes^ /^> ouvTiers qui les travaillent. ;'■'
2". La pesanteur: elle est telle dans les fàètaux que les plus légers surpassent, de plus du doi^le, la pe-
santeur du marbre, et que quelques-uns la surpassent au moins six ou sept fois. Ainsi, un pied cube de marbre pèse igo livres, et un pied cube d'or plus de i,35o livres.
3". La ténacité, qui donne à ces corps la faculté de résister à de très grands efforts avant de se rompre. Un fil de fer, de la grosseur d'un peu plus d'une ligne, supporte un poids de 45o livres; et un fil d'or, de la même grosseur, en peut supporter un de plus de 5oo. C'est à la ténacité et à la dureté du fer que nous devons les armes qui nous défendent, et les instruments d'agricultui-e qui forcent la terre à nous donner du pain.
4". L'e'c/at, c'est-à-dire, la propriété de réfléchir la lumière. L'éclat des métaux est d'une nature tout-àfait particulière, et ne ressemble point à celui des autres corps éclatants. 11 est difficile de ne pas reconnaître un métal à cette seule propriété.
5". h'opacité: les métaux ne sont point transparents, c'est-à-dire, qu'ils ne se laissent point traverser par les rayons de la lumière.
6". La propriété d'être sonores: les cloches, les timbres, et un grand nombre d'instruments à vent sont formés de différents alliages de métaux, dans lesquels le cuivre entre ordinairement en grande quantité.
7". hafusibililé, c'est-à-dire, la propriété de se fondre, lorsqu'ils sont exposés à l'action de la chaleur. Vous savez qu'il ne faut pas une chaleur très considérable pour fondre le plomb et le rendre liquide. Il existe même un métal qui est liabituellement dans cet état, c'est le mercure, appelé vulgairement vifargent. La température ordinaire de notre atmosphère est assez chaude pour le maintenir liquide; mais en l'exposant à un degré de froid considérable, que l'on obtient par des moyens artificiels, on parvient à le rendre solide, et il se comporte alors comme les autres métaux.
8". Enfin, lu combustibilité, c'est-à-dire la propriété de briller, lorsqu'on les expose à l'action d'un feu suffisamment ardent.
C'est au moyen de ces diverses propriétés que les métaux se prêtent à une foule d'usages et sont de la plus grande importance dans les arts, dans les applications des sciences, en médecine, en agriculture, et nous rendent une multitude de services, que nos besoins et notre industrie nous ont appris à obtenir d'eux.
Tout ce que je viens de vous dire ne s'appli<jue qu'aux métaux dans leur état de pureté. Mais ce n'est pas ainsi qu'on les trouve le plus habituellement dans la nature. Ils sont ordinairement, ou amalgamés entre eux, ou plus souvent encore, unis à d'autres éléments qui les déguisent complètement et masciuent leurs propriétés. Dans cet état de combinaison avec
d'autres corps, ils perdent en général leur éclat, leur pesanteur, leur ductilité, leur ténacité, et ne présentent plus que l'apparence d'une pierre ou d'une substance terreuse. Les masses de métaux ainsi combinés, qu'on trouve dans la terre, portent le nom de minerai. C'est ce minerai qu'on retire des mines, pour lui faire subir diverses opérations, au moyen desquelles on dégage et on isole le |métal des autres corps avec lesquels il se trouve uni. Ce n'est qu'après l'avoir réduit ainsi à l'état de pureté qu'on peut l'employer dans les arts, et le faire servir aux divers usages auxquels il est propre.
Nous aurons successivement l'occasion de parler de chaque métal en particulier. Je vous ferai connaître alors l'état où on le trouve dans les mines, les moyens qu'on emploie pour l'en extraire, comment on en tire ensuite parti, et les usages auxquels il se prête. J'aime à croire que ces leçons, si je puis donner ce nom à mes petites causeries avec vous, ne seront pas sans quelque intérêt.
On connaît aujourd'hui un assez grand nombre de métaux. Je ne vous les nommerai pas tous, parce qu'il en est plusieurs qui n'ont d'importance que pour les chimistes et les physiciens, et sur lesquels il reste d'ailleurs beaucoup d'observations à faire pour parvenir à bien connaître leur nature. Voici les noms des principaux, de ceux-là seulement dont je me propose de vous parler isolément par la suite :
L'or, l'argent, le platine, le cuivre, le fer, l'étain, le plomb, le zinc, le mercure, le bismulh, l'antimoine, le cobalt, le nickel, l'arsenic, le molybdène, le manganèse, le Chrome.
Peut-être serez-vous étonnés de ne point trouver l'acier au nombre de ceux que je vous cite. C'est que l'acier, qui jouit d'un si brillant éclat et avec lequel on fait aujourd'hui de si belles parures, n'est pas un métal pur; il n'est qu'un fer pénétré de charbon, et qui , par ce mélange, acquiert la propriétéde recevoir, au moyen de la trempe, une dureté et une élasticité extrêmes. L'opération de la trempe consiste à faire rougir l'acier et à le plonger dans de l'eau, plus ou moins froide, selon le degré de fermeté qu'on veut lui donner
Je vous invite, mes amis, à retenir les noms des métaux que je viens de vous dire, et sur-tout les propriétés générales que je vous ai décrites; car je devrai Supposer plus tard que vous n'avez point oublié le contenu de cet article.
LE l'OliTUArr DE MAMAN.
Antonio était un enfant très turbulent, très es- )iè|;le, très éloiirdi , mais qui avait pour sa mère tout
l'auiour et toute la vénération que peut inspirer une reconnaissance bien sentie. Emporté par la légèreté de son caractère , il arrivait quelquefois à Antonio de manquer à ses devoirs; mais aussitôt qu'il voyait sa mère s'en affliger, il éprouvait des regrets cuisants, détestait ses fautes, et formait la résolution de n'y plus retomber. Malheureusement, il n'avait pas toujours assez de force et de présence d'esprit pour demeurer fidèle à cette résolution. Souvent il réfléchissait trop tard, et le mal était déjà à moitié fait avant qu'il eut songé aux reproches que bientôt il serait dans le cas de s'adresser à lui-même. Je dois le dire, ses fautes n'étaient jamais bien graves , parce qu'il avait réellement un bon naturel ; mais cependant il se laissait entraîner avec tant de facilité par l'attrait d'une espièglerie, qu'il n'eût fallu que quelques mauvais conseils pour lui faire commettre une action véritablement condamnable, s'il n'avait pas été retenu par ce souvenir touchant de sa mère, qui est toujours un si bon guide.
M"" de Crémy occupait le second étage d'une maison, dont le premier était habité par une vieille femme qui vivait seule avec ses domestiques. Cette vieille femme était riche, mais n'en était pas moins à plaindre à cause de l'état déplorable de sa santé. Malade et affaiblie par l'âge, elle était sujette à de vifs accès de mauvaise humeur , dont ses voisins même se ressentaient. Il ne se passait presque pas de jours qu'elle n'envoyât un de ses gens se plaindre du bruit qu'on faisait au-dessus de sa tête. Antonio , et ses amis , lorsqu'ils venaient le voir , ne pouvaient impunément remuer un meuble, ni courir, ni sauter dans l'appartement. Un émissaire de la vieille femme montait aussitôt demander qu'on cessât tout ce tapage. Il fallait avoir égard à la requête et se tenir tranquille, sous peine de voir arriver la voisine elle-même, qui venait alors faire un tapage bien autrement fort que celui dont elle se plaignait.
Vous comprendrez aisément que cette voisine n'était rien moins qu'agréable aux veux d'Antonio et de ses amis. Antonio en avait quelquefois parlé avec légèreté et mécontentement, et chaque fois sa mère lui avait fait observer que cette personne étant âgée et malade, avait droit à beaucoup d'égards et à du respect de la part d'un enfant. Ces observations que le bon cœur d'Antonio comprenait très bien, et qui, dans la bouche de sa mère, étaient d'un grand poids sur son esprit, avaient fait cesser ses plaintes et ses moqueries.
Un soir que cinq ou six amis d'Antonio étaient venus pour se divertir avec lui, on était en train de bouleverser l'appartement et de faire des jeux un peu bruyants, lorsque tout-à-coup la sonnette se fait entendre, et, bientôt après, la voix delà vieille femme
qui venait d'un ton aigre et sévère réclamer du silence. Il II n'y a pas moyen d'y tenir, disait-elle, avec ces petits drôles. C'est affreux d'avoir de pareils voisins. Ils sautent, ils dansent, ils font trembler la maison; tous mes meubles sont couverts de poussière, et je me sens dans une agitation qui m'empêchera de dormir toute la nuit. » M"" de Crémy lui répondit avec déférence et bonté, et lui promit que le bruit allait cesser. En effet, elle vint inviter Antonio et ses camarades à choisir des jeux plus paisibles. Le silence succéda sur le champ au tapage, mais ce fut au grand déplaisir de la jeune société. Aussi la bonne vieille fut-elle habillée d'une belle sorte par nos petites langues. Antonio lui-même, excité par le jeu et par l'exemple de ses compagnons, ne put s'empêcher de se livrer aux expressions de son dépit. " Il faut, s'écriat-il tout-à-coup , faire uneyarce à cette vieille sorcière.
— Oui, dit un des jeunes garçons, il faut la punir, elle le mérite. — Ecoutez, dit un autre, savez vous ce qu'il faut faire? on dit qu'elle est bien avare , quoiqu'elle soit bien riche; il faut lui envoyer par la poste une énorme lettre d'attrape, au fond de laquelle elle trouvera se caricature, et un couplet sur l'air de M"" Angot — Oh! c'est cela. Et qui fera la caricature? — Moi, moi, je sais assez dessiner pour cela.
— Et le couplet? — Moi, moi, moi... — Eh bien, faisons-le tous ensemble. »
En un moment la caricature fut dessinée. C'était la plus drôle de figure qu'on put voir, et ce qu'il y avait de singulier, c'est que le petit dessinateur avait assez bien attrapé la ressemblance. Le couplet fut fait en commun. Il allait sur l'air tant bien que mal; le voici :
Savez-vous bien , vieille voisine.
Que la fureur ne tous sied pas?
Vous n'avez pas trop d'appas, Quand vous faites bonne mine; Mais quand vous nous querellez, Voyez à quoi vous ressemblez!
<i Oh! bon, bon, mes amis, dit l'auteur de la caricature. Maintenant, du papier , force 'papier, et de la cire à cacheter. — En voilà, en voilà, s'écria Antonio , je vais vous en donner. » Et en disant ces mots , il court à la console pour en ouvrir le tiroir; mais soudain, il s'arrête immobile, les yeux fixés sur un tableau placé au-dessus de cette console, u Eh bien, dit un de ses amis, qu'as-tu donc, Antonio?
— Rien , rien. — Mais on dirait que tu vas te trouver mal. —Oh! non, non, c'est que... voyez-vous? Je pense que ce que nous allons faire là est très mal.
— Allons donc, tu plaisantes. — Certes non, je ne plaisante pas. Si nos mères étaient ici, ferions-nous une pareille action? Voilà le portrait de la mienne. Je me rappelle tout ce qu'elle m'a dit. Cette vieille
voisine est singulière et exigeante; mais elle est âgée et malade, elle a droit h notre respect, à nos égards. Oh! je suis sûr que j'affligerais maman; je ne ferai ,3as cette vilaine action. » A mesure qu'.\ntonio parlait, ses yeux fixés tantôt sur le portrait, tantôt sur ses compagnons, exprimaient une satisfaction croissante. Ses camarades ne savaient que répondre et se taisaient. Tout-à-coup M™' de Crémy entra dans le salon. Etonnée du silence qui avait régné subitement dans la petite assemblée , elle s'était arrêtée un moment derrière la porte, elle avait entendu le complot, et ensuite les paroles de son fils. Elle le prit dans ses bras et l'embrassa tendrement. Puis s'adressant aux autres: « Mes enfants, leur dit-elle, je me félicite du bon exemple qu'Antonio vient de vous donner. Vous êtes tous de bons enfants , qui aimez vos mères avec tendresse : croyez-moi , pensez toujours à elles quand vous éprouverez quelque fâcheuse tentation. — Oh ! oui , madame , s'écrièrentils tous, et nous allons le leur promettre ce soir, en leur racontant combien Antonio est un estimable et bon camarade.