LA CHENILLE ET LE HANNETON
FABLE
Sur un arbre vivait une pauvre chenille: Un hanneton vivait clans le même jardin. L'insecte ailé voyait avec dédain
Ramper sous lui , dans la charmille.
Sa voisine au corps allongé;
Tandis que , leste et dégagé,
D'un vol bruyant, avec vitesse,
On le voy<i't aller sans cesse.
Circulant autour des rameaux ,
Jusqu'au sommet des arbrisseaux.
Mais c'est encor bien pis, le jour où la chenille, Dont les dehors déjà n'étaient pas jjracieux,
D'un sombre coron s'entortille
Et se dérobe à tous les yeux.
Il Pauvre bête, dit-il, que votre destinée
11 Me parait chétive et bornée!
11 Et que, moi , je suis différent !
Il Dans cette hideuse retraite
11 Ma foi ! je vous plaindrais vraiment,
II Si pour eile vous n'étiez faite,
11 Comme moi pour un sort brillant. " D'un ton mêlé de pitié, d'arrogance.
Le hanneton ainsi parla.
Cependant le temps s'écoula.
De l'insecte voisin, qui filait en sdence, 11 oubliait déjà la modeste existence,
Il l'oubliait; lorsque voila Que de la coque ouverte un papillon s'élance.
Et sur un jasmin , près de là ,
Radieux vole et se balance.
Au milieu des parfums, des (leurs, Il poursuit désormais sa course vagabonde;
On vante ses vives couleurs;
On se récrie, et tout le monde Long-temps, en l'admirant, aime à suivre des yeux
Sou vol rapide et gracieux.
A cet aspect nouveau le hanneton s'étonne;
Il prétend qu'on l'admire aussi;
Mais c'est en vain qu'il tourbillonne ,
Personne ne songeait à lui.
Enfin , las et confus , sans force et sans courage,
Il s'arrête sur un rameau , Non loin du papillon, qui de son voisinage
Empruntait un éclat nouveau.
1. V'oas, dont je dédaignais la vie. Il Et qui dans ce moment excitez mon envie, 11 Auprès de moi, dit-il, combien vous êtes beau! « De grâce, apprenez-moi quelle étrange puissance
i: V^ous fit ainsi changer d'état, n Le papillon répond : « Je m'y suis pris d'avance, u Enfermez-vous long-temps; travaillez en silence. u Si vous voulez briller d'un véritable éclat. »