‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 46 sur 136 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

DE M-' DE R A SOX FIl-S, FÉLIX DK R ,

le m'attendais, mon cher enfant, à trouver dans ta première lettre le récit d'un voyage qui était une chose toute nouvelle pour toi , et qui , par cela mome , devait piquer ta curiosité. C'est avec peine, je te lavoucrai, que j'y trouve seulement l'expression dune profonde tristesse et d'un jjrand découragement. N'imapine pas, cependant, que je sois insensible aux rcprets que tu témoignes de ni'avon- quittée, ni que je désapprouve les tendres souvenirs qui te représentent

le toit paterne! , et qui te font voir, dis-tu, à cimiuante lieues de distance, ta iiièie et ies sœurs, comme si rtlcs étaient encore là. Ce chagrin de l'abseuce, je l'éprouve comme toi , mon fils ; et j'ai souffert, de plus que toi , l'effort cruel de me déterniiiier seule à envoyer loin de moi l'enfant chéri qu'il dep;iidait de ma volonté de garder. Ce qui m'a déterminée, c'est l'idée de mon devoir, c'est cette voix intérieure qu'on appelle la conscience, dont je te parleiai souvent, et qui ne permet jamais d'hésiter entre le choix du bien et du mal. C'est elle qui me répétait sans cesse qu'en te conservant près de moi, je songeais a mes jouissances, je ménageais mon amour de mère, en un mot, je pensais uni([uement h moi : c'est aussi ta conscience, mon lils, qui doit aujourd'hui te reprocher de manquer de courage, et qui doit l'apprendre qu'en te livrant à ta sensibilité, elle deviendrait une faililesse; or, après une mauvaise action, je ne connais rien qui digrade plus un homme que la pusillanimité de caractère. Mais, me diras-tu, je ne suis qu'un enfant. Il est vrai ; mais tu dois envisager d'avance les qualités qui te seront nécessaires pour occuper une place honorable dans la société; et par l'habitude, il faut aider la nature.

La force de l'âme est en effet la plus importante de toutes les vertus, puisqu'elle assure la solidité de toutes les autres. Sans eile, comment compter sur la durée d'une bonne résolution, comment éviter la contagion d'un mauvais exemple? C'est, pour ainsi dire, la base de l'édifice; il s'écroule si cette base vient h manquer. Efforce-toi donc, mon enfant, d'acquérir un peu de fermeté; domine ta sensibilité, et cesse de l'exprimer par des pleurs. Tu vois que déjà tes camarades tournent en raillerie l'abondance des larmes que tu ivpaads. Tu te plains de ù;ai duieiO à ton égard; mais l'expérience te démontrera, mon fils, quela pitié serait, tout au plus, ceque tu pourrais attendre d'eux; tandis que l'estime et la considération sont réservées pour ceux qui savent allier l'énergie à la douceur, le courage à la tendresse.

Adieu, mon cher enfant. Je suis pressée d'apprendre que tu es sorti de cet état d'abattement qui m'aftlige, et que l'étude commence à faire diversion au chagrin. Je ne crois pas avoir besoin de te recommander de faire exactement tes prières; car, mon Félix, la disposition même de ton caractère doit te faire sentir le besoin de puiser de la force dans le sein de celui qui dispense toutes les consolations. Tous les soirs, à la même heure, moi aussi je prierai pour toi. C'est ainsi que la piété adoucira pour nous l'absence, et que, malgré l'éloignement, nos cœurs bien unis se rencontreront.

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Imprimerie te JtïLr.î DIDIIT .\iNl, , niniiMtiT. du iioi .

du Poi!t-d.-I..Mli

DiMA>CHE, 24 Avnii. 1835.

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NiMÉno v) I .

Bureau de rabonnemcni, chez LoDis Colas, libraire, rue Paupliine . n" 32; et chez les principaux libraires et directeurs des postes de« |Jfi^ départements.

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