‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 52 sur 136 · L'ORANG-OUTANG · texte numérisé non relu

L'ORANG-OUTANG

Depuis quelque temps, un homme, revêtu d'une peau velue et couvert d'un masque mobile qui lui donnent une ressemblance parfaite avec un singe, fait courir tout Paris, émerveillé tle la souplesse et de l'ajjilité avec lesquelles il imite les mouvements et les tours dun de ces animaux. Il est étrange de voir un homme prendre tant de peine pour ressembler parfaitement à une béte.

Cette circonstance, toutefois, m'a fait penser que l'histoire de l'orang-outang ne serait pas sans intérêt poOr mes lecteurs, et je vais lui consacrer cet article.

L'espèce de singe à laquelle on a donné ce nom , est de tous les animaux celui qui se rapproche le plus de la forme humaine; et son nom signifie en effet, dans le langage malais, homme des bois. La taille de cet animal varie depuis trois jusqu'à six pieds. En général, sa stature est au-dessous de celle de l'homme, mais il le surpasse beaucoup en force et en agilité. Des voyageurs qui ont observé les orang-outangs dans leurs solitudes natales, font des relations surprenantes de leurs habitudes, de leur vigueur, de leur adresse et de leur vivacité. On en trouve dans plusieurs parties de l'Afrique, dans les Indes orientales, à Mada-

gascar et à Bornéo. Dans cette dernière île, les personnes de qualité chassent l'orang-outang, comme on fait chez nous le cerf, et cette chasse est le divertissement favori du roi lui-même. La peau de l'orang-outang est velue, ses yeux sont enfoncés dans sa tête, sa contenance est grave. Ils dort sous les arbres, et se construit une hutte pour se mettre à l'abri du soleil et de la pluie. Quand les nègres ont laissé un feu allumé dans les bois, il s'en approche et vient se chauffer au brasier; mais son intelligence ne va pas jusqu'à entretenir le feu en y ajoutant de nouveaux aliments. Ces animaux vont souvent par troupes, et s'ils rencontrent un homme éloigné de tout secours, il est rare qu'ils lui fassent bon accueil. Cela arrive pourtant quelquefois. Un jeune nègre enlevé par un de ces singes vécut pendant plus d'un an parmi eux, sans qu'ils songeassent jamais à lui faire aucun mal. Quelquefois ils attaquent l'éléphant, le frappent à grands coups de massue et le forcent à quitter la partie de la forêt qu'ils habitent. Lorsqu'un orang-outang meurt, les autres couvrent son corps de branches et de feuillage.

Dans la captivité, l'orang-outang s'apprivoise facilement; il est doux, docile, et n'a rien de la férocité qui est le caractère de certaines autres espèces de singes. Voici ce que rapporte un naturaliste, au suj<t

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d'un orang-outang qui fut amené, en 1776, dans la ménagerie Ju prince d'Orange:

(i Cet animal n'avait pas la moindre apparence de méchanceté. Il aimait beaucoup la compagnie-, et paraissait être sensible à la bonté des personnes qui prenaient soin de lui. Souvent, lorsqu'elles se retiraient, il poussait des cris plaintifs et se roulait sur la terre. Son gardien avait l'habitude de s'asseoir auprès de lui ; aussi quand il le voyait arriver, l'animal prenait le foin de sa litière, en faisait un tas à sou coté, et par tous ses mouvements invitait son gardien à s'asseoir. 11 maicliait ordinairement à quatre pattes, mais il pouvait se tenir et marcher debout sur celles de derrière. Il mangeait à-peu-près de tout ce qu'on lui présentait, quoique sa préférence fut pour les racines, les fruits, et particulièrement les fraises. Quand on lui en offrait sur une assiette, il était fort plaisant de le voir tenir l'assiette d'une main, et manger de l'autre les fraises une à une, avec une four hette. L'eau était sa boisson ordinaire, mais il s'accommodait très bien de toute sorte de vin, et sur-tout de celui de Malaga. Après avoir bu, il essuyait sa bouche; après avoir mangé, si on lui donnait un cure-dent, il s'en servait très convenablement. A bord du vaisseau qui l'avait amené, il courait par tout le bâtiment, jouait avec les matelots, et savait aussi bien qu'aux où était la cuisine. A l'approche de la nuit, il descendait pour dormir, préparait son lit en secouant le foin sur lequel il couchait, le disposait parfaitement, s'étendait tl tirait sur lui la cous'erture. Cet animal n'a vécu que sept mois en Hollande. »

L'orang-outang décrit par lîuffon n'était pas moins intelligent, doux et sociable. Uien différent des baboins et antres singes méchants, capricieux, et (ju'on ne donnite que par la crainte, celui-ci obéissait au seul regard de son maître. 11 se plaçait à table, dépliait sa serviette, essuyait ses lèvres, et se servait de la cuiller et de la fourchette pour porter les mets à sa bouche; il se versait ii boire dans un verre et trinquait, lorsqu'il y était invité. Comme il aimait beaucoup les bonbons, tout le monde lui en apportait, et il parait que cette quantité de sucreries qu'il a mangées a contribué à abréger sa vie. 11 n'a vécu qu'un été à Paris, et est mort à Londres.

Un voyjgcur raconte que les orang-outangs qu'on trouve à Sierra-Leone, sont si ailroits qu'on les fait travailler comme des serviteurs. Ils pilent diverses substances dans un mortier; ils vont chercher de l'eau dans des cruches qu'ils rapportent sur leur tète jusqu'à la porte de 1 habitation; mais il faut alors se hâter de les déharr.isscr de leur fardeau, autrement ils le jettent parterre, et (piand ils voient lu cruche cassi'c ils poussent des cris lamentables.

truelle que soit rintelligence que manifeste cet ani-

mal, elle est encore singulièrement born 'e, et lorsque l'on considère sa forme et son organisation qui semblent le rapprocher si fort de l'homme, on est étonné qu'elles ne lui procurent pas plus d'avantages. Il a une langue et les organes de la voix semblables aux nôtres, et pourtant il ne parle pas. Il a un cerveau dont l'aspect ressemble à celui de l'homme, et pourtant il est privé de raison. D'où provient donc celte immense différence, si ce n'est de ce que la raison n'appartient pas à la matière, quel(|ue bien organisée qu'elle soit^ de ce que l'homme doit la sieuiie à ce souffle divin, à cette aine (jui l'élève au-dessus de toute la ciéalion en le rapprochant de son Créateur.'

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