‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 57 sur 136 · LE ROI DES PERROQUETS · texte numérisé non relu

LE ROI DES PERROQUETS

Je vous ai conté, il y a peu de temps, rues jeunes amis, comment une sage et tendre mère faisait admirer à ses deux enfants la prévoyance avec laquelle l'auteur de la Nature a pourvu à la conservation de tous les êtres créés par sa volonté. Un fait très curieux, que je viens de lire, me ramène aujourd'hui au même sujet.

Dans le nombre des moyens employés par la nature pour la conservation des espèces, il en est un bien frappant, c'est une sorte de supériorité attribuée à certains individus, chargés de diriger les autres et de les gouverner, comme cela a lieu dans les sociétés humaines. Ainsi, vous savez que les abeilles reconnaissent une reine, autour de laquelle se groupe chaque essaim, de qui la présence assure la paix, l'ordre et le travail dans la communauté, et dont l'absence ou la mort est un signal de désunion, d'anarchie et de désordre. R en est de même chez les animaux voyageurs, qui reconnaissent aussi parmi eux un chef destiné à les guider sur les longues routes qu'ils parcourent, lorsque le changement de saison les avertit de changer de climat. Les ours du Nord, les bisons, les rennes sont dans ce cas ; un grand nombre d'oiseaux traversent les airs par troupes qui ont chacune un

chef; certains poissons , tels que le hareng royal , parcourent par bandes innombrables des mers immenses, et ont à leur tête un guide, dont nul n'est jamais tenté de méconnaître l'autorité.

Ces faits m'étaient connus, mais j'ignorais celui que raconte le capitaine Landolphe, célèbre voyageur, en parlant de son séjour dans le royaume d'Owhère, en Afrique. Voici l'extrait du récit que je viens de lire :

11 Le nombre des perroquets, dit le capitaine Landolphe, est si prodigieux dans ce pays, qu'on en découvre des bandes de plusieurs milliers. Nous les voyons tous les jours partir à sept heures du matin, traverser la rivière, et revenir au déclin du jour se percher sur les plus grands arbres, à deux lieues de mon établissement. Les nègres m'ont appris que ces oiseaux avaient un roi, qu'ils fêtaient tous les matins par des cris joyeux et des sifHements bruyans.

il Ce monarque est dans un nid fait en manière de berceau, suspendu par des fikts de liane et balancé par les vents. La nature a pris soin de l'orner d'un magnifique plumage tout différent de celui de ses sujets; car la moitié de ses plumes est grise et semirose.

«Les nègres, un jour, me présentèrent un jeune perroquet sortant du nid, pour me le vendre, en

m'annonçant qu'il était oba, ou roi de ces oiseaux: Il II est si rare, ajoutèrent-ils, que tu n'en trouveras Il peut-être jamais de semblable, u Puis ils me racontèrent l'histoire de ce roi, dont la singularité piqua ma curiosité au point d'acheter celui qu'ils m'offraient, s'ils voulaient bien me conduire au pied du trône de ce souverain, condition qui reçut leur agrément.

Il Ils vinrent le lendemain n)e prévcnii' d'emporter dfS sabres afin de couper les broussailles et les lianes, dont l'abondance nous empêcherait un peu d'approcher de l'arbre royal. Rendus dans ce lieu, nous observâmes une multitude de grands arbres sur lesquels gazouillaient et sifflaient une foule bien autrement considérable de perroquets. Les nègres me dirent alors: «Tiens, regarde en l'air; vois-tu ce grand nid Il agité par le vent? le roi s'y trouve en ce moiuent. Il et tous les perroquets que tu entends lui font leur Il cour. " L'arbre où il siégeait avait au moins cent pieds d'élévation.

Il Mes guides m'assurèrent y avoir monté la veille? et avoir coupé avec un sabre l'extrémité de la branche qui supportait le précieux nid du perroquet vendu. Ils me recommandèrent d'en prendre un soin tout particulier, en me répétant que vraisemblablement il ne m'en tomberait jamais dans les mains un aussi magnifique. Il était en effet aussi beau que rare. Toutes ses plumes d'un semi-rose et d'un semigris cendré avaient un brillant que je ne saurais exprimer. Il apprit à parler très distinctement, et imitait fort bien le sifflet du maître de l'équipage. Je l'apportai en France, ayant l'intention de l'oifrir à la reine Marie Antoinette. Il fut débarqué à Nantes. En me rendant à Paris, il excitait l'admiration sur toute la route. M. B., à qui je l'avais confié, le fit dessiner. Ce dernier avait malheureusement rapporté de la Nouvelle Angleterre un sarigue cjui, ayant un jour trouvé mon perroquet sans défense et privé de toute protection, le tua sans égard pour sou beau plumage et pour sa rareté. »

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