L'ARAIGNÉE
L'araignée! Ace titre, je vois d'ici mes lecteurs faire la grimace, et j'entends mes jeunes lectrices pousser une exclamation d'horreur. Pourquoi cela? parce que ce pauvre insecte est laid? Je dois convenir que les apparences ne sont pas en sa faveur. Un gros ventre dégoûtant; un vilain corps velu et de couleur sale; une tète hideuse, armée de deux fortes pinces, et garnie de huit yeux, placés diversement selon les différentes espèces; huit pattes, d'une longueur démesurée, hérissées de poils et terminées par des crochets; assurément, tout cela n'est pas beau, et il n'y a pas de quoi prévenir en faveur d'un semblable animal. Mais n'avons-nous point eu déjà mainte occasion de reconnaître qu'il ne faut pas juger légèrement sur les apparences? Voici une nouvelle preuve de cette vérité, et c'est cette pauvre araignée, si laide et si disgraciée, qui va nous l'offrir.
L'observation des mœurs des insectes est féconde en sujets de contemplation ; mais de tous ces animaux, il n'en est peut-être pas un qui mérite, plus que l'araignée, d'être observé et étudié. En la condamnant à vivre du fruit de ses rapines et du produit de la chasse qu'elle fait aux petits insectes ailés, celui qui a pourvu aux besoins de toutes ses créatures a doué
l'araignée d'une adresse, d'une finesse et d'une industrie, qui lui sont plus utiles que ne serait la force- Son corps est mal défendu, ses membres ont peu de vigueur; mais son génie inventif suffit pour la mettre à couvert, et pour lui procurer des moyens d'existence.
Vous avez tous vu des toiles d'araignée. Il en est de formes très diverses, et elles varient également par la nature de leur tissu. Chaque espèce de toile est l'ouvrage d'une espèce particulière d'araignée. Celle des jardins n'est pas comme celle des appartements, ni celle des appartements comme celle des caves. Mais tous ces ouvrages divers appartiennent toujours à des araignées , et ne sont autre chose que des réseaux qu'elles tendent ainsi, pour arrêter les mouches au vol et en faire leur proie. Or, il s'agit de savoir comment elles peuvent ourdir ces singulières trames.
Le corps de l'araignée est muni, dans sa partie postérieure, de quatre petits mamnielons ou petites glandes, qui sont remplies d'une humeur gluante. L'extrémité de ces glandes est percée de petits trous, comme l'est la tête d'un arrosoir; et par ces ti'ous sort jjtB(*Çp"î^^^ quantité prodigieuse de fils, si fins et si déliéSj ^«e,^,^ -9*^ plusieurs centaines réunis ne forment encore ciu\iu fil ■ \\ très mince. .; ^^ . ;ry-
Quand une araignée veut comniencer sa tjiîje, eU^î**' ■^Vi^V
(■'ait sortir d'un de ses mamnielons une goutte de liqueiu-, qu'elle applique contre un mur ou un arbre, et qui s'y colle. Elle s'éloigne ensuite, en faisant toujours sortir de la liqueur, qui se sèche proniptemcnt à l'air et forme un fil de soie ferme et solide. Elle en va coller le bout opposé à quelque autre endroit du mur ou à une autre branche. C'est ainsi que toutes commencent leur toile; mais toutes ne l'achèvent pas de la même manière. L'araignée des maisons revient sur ce premier fil, pour en coller un second à l'endroit d'où elle est partie; puis elle retourne sur ses pas, et continue ainsi jusqu'à ce qu'elle en ait placé un cei'tain nombre dans le même sens. Elle en pose ensuite en travers, et ces derniers, tandis qu'ils sont encore gluants, se collent aux premiers, de manière à former un tissu assez solide.
L'araignée des jardins et des bois, qui dispose sa toile au milieu des chemins et suspendue d'un arbre à un autre, semblerait avoir un bien plus grand travail à faire. Mais son industrie abrège la besogne. Elle attache un fil à luie branche, et s'y tient suspendue jusqu'à ce que le vent la pousse contre un autre arbre, où elle colle alors l'autre bout de son fil. Une fois ce pont établi, le plus fort du travail est fait; elle peut aller et venir, et elle construit cette toile, composée d'une multitude de cercles traversés par des rayons qui partent du même centre, et qu'à votre grand déplaisir sans doute, vous avez plus d'une fois emportée avec votre visage.
Dès que sa toile est construite, l'araignée se met en embuscade; celle des jardins, au centre de la toile; celle des maisons, dans une petite niche qu'elle se fait avec des fils très serrés. Puis, elle attend patiemment. S'il ne vient point de gibier, elle s'en passe, car elle peut rester fort long-teiups sans manger. Mais aussitôt qu'une mouche se prend dans la toile, l'araignée accourt et la saisit. Quand c'est une très petite mouche, elle l'emporte tout bonnement dans sa retraite, pour la sucer et la manger. .Si la mouche est assez forte pour pouvoir se débattre, l'araignée commence par l'envelopper et la garotter de fils. Enfin, si l'insecte tombé dans la toile est plus gros qu'elle, et capable de lui résister, l'araignée se hùfe prudemment de l'aider à se dégager, en rompant des fils, qu'elle raccommode ensuite avec beaucoup d'habllelé. Cependant, lorsque sa toile est trop endonnnagée, elle l'abandonne et s'occupe d'en faire une autre. Chaque araignée est pourvue de matière à soie suffisante pour construire six à sept toiles pendant sa vie.
Les araigaécs, connne les autres insectes, pondent des oeufs, d'où naissent leurs petits. l'Jlles en prennent un !>oin extrême, et les enveloppent dans une coque, qu'elles font avec des fils serrés, et où leurs œufs se trouvciit p!;>cés inoliciucnl, conaue sur un véritable
édredon, à l'abri de tout accident naturel. Quelques espèces veillent assez long-temps sur leurs petits , lorsqu'ils sont éclos, et on voit la mère les porter habituellement sur son dos.
L'industrie de ces petits animaux est merveilleuse, sans doute; mais on ne saurait dire si elle n'est point encore surpassée par celle d'une espèce d'araignées qui ne filent pas de toiles. Celles-ci vivent dans la terre et sont appelées mineuses. Elles se creusent un petit terrier pour demeure; et avec de la terre, elles construisent une petite porte qui s'adapte à l'entrée du terrier, et qui s'ouvre et se ferme au moyen d'une sorte de charnière fort adroitement disposée.
Tel est, mes amis, cet insecte contre lequel vous vous êtes souvent indignés, et dans lequel vous voyez qu'il faut, malgré sa laideur, admirer une des oeuvres merveilleuses du Créateur. Que de ressources et d'industrie dans ce petit être qui semble si disgracié ! Oh ! ne nous révoltons jamais contre aucun des objets de la création. Dieu sait pourquoi il a fait chaque chose, et tout ce que Dieu a fait est bien.
C'est un préjugé qui est cause, en partie, de l'horreur qu'inspirent les araignées. Beaucoup de personnes croient que ces insectes sont venimeux; il n'en est rien, au moins dans nos climats. La piqûre de quelques grosses espèces qui vivent dans les pays chauds peut, dit-on, causer des accidents, mais les araignées des contrées tempérées sont fort innocentes. Je ne prétends pas qu'il faille les caresser comme des bijoux; mais c'est une foiblesse de les redouter, et un ridicule de se sauver en criant quand on en aperçoit une.