‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 7 sur 136 · DÉVOUEMENT MATERNEL · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT MATERNEL

On sait que, pendant presque tout le mois de décembre dernier, d'horribles ouragans ont régné dans la Manche et ont causé d'épouvantables ravages sur h s côtes de la France et de l'Angleterre. Un grand nombre de vaisseaux ont péri, et dans plusieurs ports, les travaux les plus solides ont été enlevés et détruits par la force des vagues.

Je ne pense pas pouvoir offrir à mes lecteurs un récit plus intéressant et plus touchant que celui qui est renfermé dans la lettre suivante, adressée au bon Génie par le père d'un de ses abonnés. Je pourrai me dispenser, sans doute, d'y ajouter aucunes réllexions.

Calais, 28 décembre 1S24.

« 11 y a environ trois semaines que, dans une de ces affreuses tempêtes qui ont désolé nos cotes et les ont couvertes de débris, une barque de pêcheurs de notre port, ayant manqué son entrée, vint se naufrager siu' la plage et à notre vue.

Il Elle était au milieu des bancs, battue par une mer furieuse, dont les vagues passaient quelquefois à vingt pieds au-dessus d'elle. Elle menaçait de se briser en frappant violemment sur la côte.

11 Parmi les gens de l'équipage, se trouvait un petit mousse âgé de dix ans.

«Sa mère, au désespoir, malgré toutes les représentations et les efforts de la foule qui cherchait à la retenir, s'élance dans le^ flots. Rien ne peut l'arrêter.

Il Attachée à un mince cordeau , elle ne tenait à la terre que par ce faible lien. Souvent elle disparaissait à la vue, et les spectateurs consternés la croyaient emportée et perdue à jamais. Mais l'amour maternel soutenait son courage et doublait ses forces. Chaque fois qu'elle était renvei'sée, on voyait tout-à-coup sa tète reparaître au-dessus des vagues. Elle avançait toujours. Elle voyait son enfant lui tendre les bras, et cette vue, en la rendant insensible au danger, élevait son intrépidité au-dessus de ce qu'on croirait pouvoir attendre de la nature humaine.

Il Le cœur battait à tous les spectateurs: ils respiraient à peine; tous invoquaient le ciel en faveur de cette mère.

11 Elle touche enfin la barque qui, par la violence de ses mouvements, menace tantôt de l'écraser, tantôt de l'engloutir. On lui jette une corde, qu'elle passe autour de son corps, pour s'assujettir et pour éviter d'être emportée. L'équipage veut l'engager à tacher de retourner seule. On lui crie que, chargée du poids de son enfant, elle se livre avec lai à ime mort certaine. Inébranlable, rien ne peut la détourner de son dessein. Elle insiste, elle jette des crispercans, elle menace de périr sur la place, si on la refuse; elle prie, elle implore, elle exige son enfant.

Il Un plus long délai assurait sa destruction. On descend enfin le jeune mousse au milieu des vagues mugissantes. La mère le place à l'instant sur ses épaules, l'y attache fortement; et levant les bras au ciel, qu'elle invoque sans doute dans ce moment terrible, elle se met en devoir de retourner à la terre avec sou précieux fardeau. Aidée alors du cordeau qu'on v tenait, il lui servait à se relever chaque fois qu'elle était renversée, et elle avançait toujours.

il Enfin, après avoir passé près de trois quarts d'heure dans les flots, au mois de décembre, après tant d'émotions, de fatigues, d'efforts, elle touche la plage salutaire; elle y dépose son enfant, s'écrie: O mon Dieu ,je vous remercie, et elle tombe sans connaissance.

"Bientôt les soins empressés dont elle fut l'objet, après avoir été celui de l'admiration et de l'attendrissement universels, la rappelèrent à la vie; et en revenant a elle, elle trouva son fils dans ses bras.

Il La barque qui était neuve, ayant pu résister jusqu'à la marée descendante, tout l'équipage fut sauve..!

LE GlULLON ET LE VER-LUISANT.

FABLE

Par une belle nuit, un grillon sautillant

Et chantant, >'cn allait tout le long d'une plaine fleurie.

Il y rencontre un ver-luisant Bien brillant.

Dont la vive lueur éclairait la prairie.

Il Bonsoir, bel astre radieux ;

Bonsoir, noble étoile vivante, Dit le grillon. Que je te trouve heureux!

De ta lumière étincelante

On aperçoit au loin les feux;

Et dans ce pré, sur (haque plante.

Quelque insecte vers toi tourne un œil envieux. — Il est vrai, dit le ver, mon sort est glorieux.

La Nature, avec complaisance, A répandu sur moi des dons bien précieux;

Et sans doute la différence.

Mon cher, est grande entre nous deux.

Te voilà, tout brun et tout sombre,

Te traînant à tâtons dans l'ombre.

Obscur, sans être vu. sans voir; Tandis que les rayons de ma vive lumière Guident non-seulement mes pas quand il fait noir,

Mais sont pour mainte fourmillière Comme un second soleil qui se lève le soir! » C'était là, pour un ver, un bien pompeux langage;

Mais il n'en dit pas davantage.

Guidé par sa vaine lueur, Siu- notre ver-luisant, un oiseau de ténèbres Fond , l'enlève, l'avale, et sans nulle pudeur,

L'envoie aux rivages funèbres.

Cependant, le grillon , tout tremblant de frayeur,

S'était blotti sous des brins d'herbe.

Il Oh! oh ! dit-il tout bas, ne soyons pas superbe. De notre obscurité sachons nous consoler. La Xature a voulu compenser toute chose : De biens, de maux, chacun ici-bas a sa dose;

Il peut coûter cher de briller. "

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