LES LAPONS
J'ai entendu quelquefois des jeunes filles, et même des jeunes garçons un peu douillets, se plaindre du froid, de la chaleur, de la pluie, du soleil, et je les ai vus ne pouvoir supporter de bonne grâce la moindre intempérie. Je voudrais bien savoir quelle contenance feraient des enfanis aussi délicats, si au lieu de vivre sous un climat doux et tem|)(-ré comme le nôtre, ils se trouvaient transportés tout-à-coup dans une région polaire, eu Lriponie, par exemi.le. Afin de les faire un |)eu réUcchir sur une faiblesse qui est au moins ridicule, je vais essayer de leur donner une petite idée de ce qu'est cette contrée.
La Laponie est un pays situé au nord de la Suède et de la Norvège; il est couvert de nîontagnes qui sont chargées en toutes saisons de ueige et de glace; et dans
les endroits où les chaînes de montagnes sont interrompues, on ne trouve que des marais. Un hiver rigoureux s'y fait sentir pendant la plus grande partie de l'année; les vallées sont alors co:i,blees par la neige qui recouvre aussi les collines. Pendant longtemps le soleil ne s'élève pas au-dessus de l'horizon. Les habitants cherchent un abri contie le froid dans des tentes qui peuvent être transportées d'un endroit à un autre. Ils font leur feu au milieu de ces tentes, et la fumée s'échappe par un trou pratiqué dans le haut, qui leur sert en même temps de fenêtre. Ils adaptetii à ce trou une chaîne en fer, à laquelle ils suspendent les chaudrons où ils font cuire leurs aliments, et fondre la glace pour avoir de l'eau à boire. Les côtés de la tente sont garnis de fourrures poiu" empêcher le froid de pénétrer, et les habitants n'ont pas d'autres lits que des peaux de bêtes qu'ils étendent sur le sol.
C'est dans ces misérabi s demeures que les Lapons passent l'hiver, entourés de loups hurlants qui rôdent pour chercher leur proie. Comment nos enfans douillets s'arrangeraient-ils de cette vie, et que diraient-ils à la vue de ces déserts de neige et de glace? Comment s'accommoderaient-ils de l'absence du soleil, qui rend le froid encore plus aigu? Que deviendraient-ils enfin si, au lieu d'une demeure bien close et bien commode, ils n'avaient plus pour abri qu'une tente de peaux tout enfumée? s'ils ne pouvaient plus enlin se procurer leur subsistance que par une chasse pénible et dangereuse?
Ces réflexions me semblent propres à leur faire sentir les avantages de notre climat, où nous avons un doux printemps, im été et un hiver tempérés; à leur faire apprécier le bonheur de vivre dans un pays où la civilisation procure toutes les commodités de la vie; à exciter enfin leur reconnaissance envers celui qui dispense tous les biens.
Qu'ils ne croient pas cependant que les Lapons soient très malheureux de leur condition. Dieu a pourvu à ce qu'elle fût supportable pour eux. S'ils sont exposés à l'inclémence des saisons, à se frayer péniblement des chemins au milieu des précipices, leurs corps, en général de petite taille, sont robustes et durs à la fatigue. S'ils sont pauvres et manquent de la plupart des douceurs de la vie, n'est-ce pas une richesse pour eux de savoir se contenter de pou? Ils sont privés pendmt plusieurs mois de la lumière du soleil; mais la lune y supplée, ainsi que des clartés nocturnes qu'on appelle aiiioivs borculcs et qui sont fréquentes dans ce pays. 1-a neige même dans lat|uelle ils sont ensevelis ne les rend pas malheureux. L'éducation et riiabilude les ont armes conire la rigueur de leur climat. La nature a d'ailleurs pourvu à tous leurs besoins indispensables: elle a fait naître chez eux dos animaux qui leur donnent dos fourrures )H>ur
se vétir: elle leur a fait présent du reune, cet aniuial précit-iX dont je vous ai déjà parlé, et ipii à lui seul Kur !end les inéraes services que plusieurs de nos auiinux domestiques ensemble. Dieu n'a pas voulu que le bonheur fût le partage d'uu peuple plus que d'un autre; il a nn's le bonheur en nous-mêmes, et il n'est pas »le Heu sur la terre où l'hoiuine ne puisse être content et heureux, s'il a ptu de besoins et un cœur pur.