LES CRISTAUX. LE DIAMANT
On ne sait pas à quoi je m'expose, quand je laisse échapper une promesse dans mon journal. J'ai affaire à -un petit public fort impatient, qui ne manque pas de rae rappeler souvent mes engagements, pour peu que je tarde à les remplir. Ainsi, par exemple, j'ai dit il y a quelque temps que je consacrerais un article aux cristaux et au diamant, et voilà qu'en ni'écrivant à propos de toute autre chose, on a soin d'ajouter des petits post-scriptiim pour m'avertir que je nai pas encore tenu ma promesse. On m'en rappelle encore bien d'autres, et certes je suis loin de me formaliser de cet empressement, que j'approuve au contraire de tout mou cœur; mais je réclame seulement un peu de patience, et je puis assurer mes jeunes lecteurs que je ferai mon possible pour les satisfaire en tout ce qui dépendra de moi. Je vais donc aujourd'hui les entretenir des cristaux en générai, et du diamant en particulier.
D abord il faut bien qu'ils sachent qu'en histoire naturelle, on n'entend point, par le mot cristal, celte matière brillante et transparente qui est un produit de l'art, une espèce de verre qu'on obtient en faisant fondre certaines substances minérales , et dont on fait des vases, des ornements, taillés, ciselés, modèles.
avec un goi'it et une habileté qui sont aujourd'hui portés aux plus haut degré. Les cristaux dont je veux parler sont des produhs naturels qu'on trouve tout formés dans le sein de la terre. On peut dire qu'il n'est pas de substance minérale qui ne soit susceptible de cristalliser naturellement. Les pierres, les sels, les métaux peuvent se montrer sous la forme de cristaux. Ces cristaux sont des corps de figure régulière, des cubes, des prismes, des pyramides ou d'autres solides, présentant un nombre plus ou moins grand de faces inclinées les unes sur les autres, et que l'on croirait avoir été taillés par la main d'un artiste. Ils sont, suivant leur nature, transparents et sans couleur, comme le cristal de roche et le diamant; transparents et colorés, comme le rubis, le saphir, l'émeraude, la topaze, le grenat; opaques et éclatants, comme les cristaux métalliques; opaques et ternes, comme d'autres cristaux métalliques ou pierreux. Mais une chose admirable, c'est que chaque espèce de minéral, en cristallisant, affecte des formes qui sont constamment les mêmes et dont les facettes font entre elles des angles toujours égaux. Cette constance et cette régularité sont même un moyen de déterminer et de reconnaître les différentes sortes de minéraux.
Je ne sais si quelqu'un de mes lecteurs a jamais des cristaux naturels. Assurément sa premier
en les voyant, aura été que ces corps étaient travaillés, taillés et polis par un lapidaire, et il n'aura pas entendu dire sans étonnement que la nature elle-même les avait ainsi formés. J'invite, au reste, ceux qui n'en ont pas vu à chercher les occasions d'en observer; elles seront faciles à trouver pour ceux qui habitent Paris, et qui peuvent aller faire une promenade au cabinet de minéralogie du Jardin du Roi.
J'entends d'ici mes lecteurs me demander: « INÎais comment ces cristaux peuvent-ils se former ainsi? » Il n'est pas bien facile de répondre à cette question. Cependant je leur dirai que les cristaux peuvent se former de deux manières. Il parait que les minéraux sont des corps conqjosés de petites particules toutes semblables entre elles dans chaque espèce de minéral. Lorsque ces particules ont été dissoutes dans un liquide elles se réunissent, à mesure que le liquide s'évapore, et si les circonstances sont favorables, elles s'arrangent lentement, régulièrement, de manière à former MU cristal régulier. La même chose peut avoir lieu, lorsque ces particules ont été fondues par l'action du feu, et qu'elles se réunissent ensuite par le refroidissement; on en a des exemples dans les produits que rejettent les volcans. Les chimistes sont d'ailleurs parvenus à faire cristalliser artificiellement des sels et des métaux par ces deux moyens. Mais il est assez rare, dans la nature, que les circonstances favorisent ces arrangements réguliers; c'est pourquoi les cristaux ne sont pas très abondants dans le sein âc la terre. Le plus communément, les mêmes substances, qu'on trouve cristallisées en très petite quantité, s'offrent abondamment sous la forme de masses confuses et grossières. Ce ne sont pas moins les mêmes substances. Ainsi, la pierre à briquet, qu'on nomme silex, est absolument la même chose que le plus beau cristal de roche; et la substance de la pierre à bâtir qu'on emploie à Paris, se rencontre quelquefois sous la forme d'un cristal pur et transparent. En vous par-' lant, dans la suite, des divers minéraux, et sur-tout des métaux, j'aurai soin de vous dire comment ils cristallisent.
De tous les cristaux, le plus beau, le plus précieux est le diamant, comme il est aussi la plus belle et la plus précieuse des productions de la Nature dans le règne minéral. Son éclat, lorsqu'il est bien poli, l'emporte sur celui de tous les corps, et il n'en est aucun dont la dureté égale la sienne. Le diamant n'est cependant autre chose, comme je vous l'ai déjà dit, que le charbon à l'état de pureté parfaite, et il brûle entièrement lorsqu'on l'expoîe à l'action d'un feu suffisant. Sa forme cristalline est celle d'un solide à huit faces triangulaires, et ressemble à deux pyramides appliquées l'une contre l'autre. Mais il est très rare de le trouver avec cette forme parfaite, car ordinairement
ses angles sont arrondis, de manière qu'il présente l'aspect d'un petit caillou transparent. On ne soupçonnerait pas alors tout l'éclat qu'il est susceptible de recevoir par un beau poli. Comme il est le plus dur de tous les corps, on est obligé, pour le tailler et le polir, d'employer sa propre poussière, qu'on obtient en frottant deux diamants l'un sur l'autre; c'est ce i|u'on appelle cgriserle diamant. 11 paraît que les anciens connaissaient ce procédé, et qu'ils se servaient même de la poussière du diamant pour tailler d'autres pierres dures, dont ils faisaient de si beaux camées. Les éclats de diamants, ou les diamants trop petits pour être montés en bijoux, sont employés par les vitriers pour couper le verre.
Les diamants se trouvent disséminés dans la terre h une petite profondeur. Les mines les plus célèbres où on en recueille, sont celles des royaumes de Golconde et de Yisapour dans l'Inde, de l'île de Bornéo, et du Brésil. On cite, en Europe, un certain nombre de diamants remarquables par leur grosseur et par leur pureté. La couronne de France en possède un qu'on nomme le Régent, et qui est un des plus parfaits que l'on connaisse; il a il\ lignes de longueur, i3 et un quart de largeur et 9 et un tiers d'épaisseur. On l'estime plus de six millions.
Après le diamant, la plus belle, la plus dure et la plus estimée des pierres précieuses est le rubis, dont la couleur est le rouge de feu. Viennent ensuite la topaze, qui e&t jaune, le saphir qui est d'un beau bleu^ l'émeraude qui est d'un vert pur. Toutes ces pierres sont aussi des cristaux qu.i ont leurs formes particulières dans l'état naturel, mais que l'on taille pour leur donner plus d'éclat, en perfecfionnant leur poli et en multipliant Le nombre de leurs facettes.
Ces belles pioductions sont comme les fleurs du règne minéral. Il est vrai qu'elles n'ont pas l'avantage de se multiplier de même que les véritables fleurs, mais en revanche leur existence est moins fugitive et leur éclat bien plus inaltérable. O mes enfants, que de choses à admirer dans les œuvres du Créateur! Sa grandeur et sa toute-puissance sont empreintes jusque dans ce petit cristal, privé d'organisation et de vie, mais dont il a soumis pourtant la formation à des lois régulières et savantes, afin que l'homme fût forcé de reconnaître par-tout sa main divine.
Tout runivcrs est j)lcin<lu sa m,iQniliccnce!
COllRESrONDANCE.