‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 66 sur 136 · LA FO.NTAINE ET LE SAULE · texte numérisé non relu

LA FO.NTAINE ET LE SAULE

FABLE

' !Avi pied d\iTre colline aride, L'ne fontaine [aillissait, • Jit de t«mps en temps reniplissait

Un frais bassin creusé par son onde limpide.

Rarement elle suffisait Pour former un ruisseau qui baignât la vallée;

Car le soleil la tarissait ,

Et nulle ombre, nulle feuillée Des feux brûlants du jour ne la garantissait.

Dans le temps qu'elle en gémissait, Voilà qu'un jeune saule, enfant de la Nature,

Non loin d'elle dépérissait ,

Abaissant sa pâle verdure

Que nulle eau ne rafraîchissait.

La fontaine compatissante Elle-même s'oublie en le voyant souffrir,

Et pour aller le secourir.

Elle fait un effort et détourne sa pente. Tout à l'entour du tronc, déjà mort à moitié,

Bientôt le doux ruisseau serpente ; 11 baigne la racine, il humecte le pied , Il renouvelle enfin la sève nourrissante Qui monte, qui circule en maint vaisseau caché, Et reporte la vie à la tige mourante

Du pauvre saule desséché.

Soudain il reverdit, il étend son feuillage ; Il se penche, non plus par défaut de vigueur,

Mais pour couvrir de son ombrage

La fontaine, sa tendre sœur.

Sa bienfaitrice, son amie.

Celle qui lui rendit la vie Et dont il peut enfin être le protecteur.

A son tour, il veille sur elle; Son ombre de la source entretient la fraîcheur : S'échappant du bassin , l'onde à grands flots ruisselle,

Et va courir dans le vallon ,

Parmi les fleurs et le gazon

Qu'elle embellit et renouvelle.

C'est ainsi qu'il se faut l'un l'autre secourir :

La bienveillance mutuelle Est pour nous tout profit, comme elle est tout plaisir.

ANECDOTE

Fernand de Rosneil poussait si loin la fierté que lui inspiraient sa naissance et la fortune de son père, qu'il en était devenu un jeune homme positivement insupportable. Il se croyait supérieur h tout l'univers et prétendait que tout cédât à ses volontés. La manière dont il traitait ses égaux n'était que ridicule, celle dont il traitait les inférieurs était odieuse. Un jour qu'il se promenait dans la campagne, un jeune villageois de son âge passa auprès de lui sans

ôter son chapeau. Fernand , révolté de ce manque de respect à son égard , fit tomber le chapeau d'un coup d'une badine qu'il tenait à la main. Le jeune paysan, indigne avec plus de raison d'ime pareille insulte, fait un p.is en arrière en regardant Fernand d'un air menaçant, puis s'élançant soudain vers un chêne qui était sur le bord du chemin, d'un bras vigoureux il en saisit une branche, la casse, la fait tourner deux ou trois fois au-dessus de sa tête, et la jette avec dédain aux pieds de Fernand. » Tenez, lui dit-il, si vous êtes assez lâche pour abuser de la sup.ériorité que vous donnent sur moi la naissance et la richesse, je serai assez généreux pour ne pas user de celle que la force me donnerait sur vous. » Fernand, à ces mots

J'interromps ici le récit de cette anecdote pour demander à mes jeunes lecteurs de vouloir bien le continuer eux-mêmes, ou me dire: ce qu'ils auraient fail à la place de Fernand , après l'action et le discours du jeune paysan, et ce qu'ils pensent de la conduite de ce dernier?

J'attendrai leurs réponses jusqu'au dimanche lo juillet prochain, et je désire que ma correspondance soit très nombreuse.

Il est une chose qui m'a singulièrement étonné. J'ai acquis la certitude que quelques personnes ont pensé que cette correspondance n'est qu'une fiction, et que les lettres de mes jeunes correspondants sont supposées par moi. Cela aurait assurément bien peu de sel et serait fort peu intéressant. Je ne couçols pas comment on a pu avoir une pareille idée, en voyant que je donnais des prix, et en lisant les noms de plusieurs de mes jeunes correspondants, dont quelquesuns sont assez connus pour ne pas permettre de croire qu'ils aient été supposés.

Ceux qui ont déjà correspondu avec moi savent bien à quoi s'en tenir, mais je saisis cette occasion de déclarer, pour les autres, que je ne me permets pas même de jamais changer un mot aux lettres que je crois devoir choisir, entre celles que je reçois, pour les imprimer. Non, mes amis, mes charmantes relations avec vous ne sont pas une fiction , elles sont pour moi une douce réalité, et je ne désire rien tant que de multiplier des rapports dans lesquels je trouve des jouissances si vraies et si pures.

AVIS

Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" juillet 1824 pour un an, ou du i"janvier iSaS pour six mois, et expire par conséquent à la fin de juin courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche, 3 juillet prochain , afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

Imprimerie de JULF.S DIDOT AÎNÉ, imprimeur du roi, rue du Poiu-de-Lodi, u" 6.

Dimanche, 20 JriN iSaS.

Le prix tic r;ihonncmem est, pour Paris, dr 17 frjiucs par an, et de 12 francs pour six. mois. Pour les dcpa^Ucuienis, de q,\ francs par an, et i3 francs pour âi\ mois.

Bureau de l'abonnement, chez Louis Colas, libraire rue Dauphiue , ii« 3a ; et chez les principaux libraires et directeurs des postes de* départements.

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