LE GATEAU DES ROIS
Un de mes abonnés m'a écrit, pour me prier d'expliquer d'où vient l'usage de manger le Gâteau des Rois et de faire un Roi de /a/êi'elejourde l'Epiphanie. Voici ce que je puis dire à ce sujet.
L'Epiphanie est ime fête instituée par l'Eglise en commémoration de l'adoration des Mages, Rois de l'Orient, qui vinrent, guidés par une étoile, adorer le
Bauveur du monde, après sa naissance, et lui offrir en prc'sents, de l'or, de la myrrhe et de l'encens.
Cette fêle est célébrée, tous les ans, le 6 janvier. Elle esl aussi appelée la fête des Rois, et c'est ce jour là que l'usage s'est établi de partager en famille le Gâteau des Rois.
Cet usage nous est venu des Saturnales, fctes que les Romains célébraient au mois de janvier. Pendant ces fêtes, les écoles étaient fermées, le sénat vaquait, et toutes les affaires publiques et particulières étaient comme suspendues. En certains endroits, on partageait un gâteau; un enfant placé sous la table repre'sentait Apollon, et on le consultait en criant: Seigneur ^-//wZ/oH (en latin, Phœbe Domine), your qui? afin que les portions du gâteau fussent distribuées par le sort. Cet usage s'est conservé dans plusieurs parties de la France; un enfant distribue les parts du gâteau, et les personnes même qui ne savent pas le latin lui crient Phœbe Domine. On fait ordinairement une part de plus qu'il n'y a de convives; ce morceau est la part à Dieu; et le soir on entend les pauvres qui vont de porte en porte, chantant une vieille chanson dont le refrain est : La part à Dieu, s'il vous plaît.
Si la fève est restée dans la part à Dieu, on tire au sort pour savoir qui sera Roi. Un Roi ou une Reine de la fève a le droit de choisir une personne de la compagnie pour sa Reine ou pour son Roi. Quelquefois, le roi de la fève nomme à toutes sortes d'emplois par une distribution de billets. Le plus divertissant est lorsqu'une charge de Rouffon échoit à un personnage grave, qui, bon gré, mal gré, est obligé de se mettre en frais pour divertir le Roi et toute sa cour.
NOUVELLES DIVERSES
Les parents du jeune Etienne ont éprouvé des revers cruels, par suite desquels ils sont tombés dans un grand état de gêne, et réduits à s'imposer des privations de tout genre. Cet intéressant enfant travaille de toutes ses forces pour se mettre en état d'être utile à ceux qui lui ont donné la vie. Le premier de ce mois, il a été souhaiter la bonne année à son parrain, qui est dans une position fort différente et qui lui a donné cinq louis pour ses étrennes. Transporté de joie, le bon Étieinie a couru aussitôt chez un marchand , pour acheter de quoi faire à sa mère une robe, dont il savait qu'elle avait besoin. Il avait envie de faire encore d'autres emplettes non moins louables; mais ayant réfléchi qu'il pouvait ignorer l'emploi le plus utile à faire de son argent, il s'est contenté d'ap-
porter ce cadeau à sa bonne mère, qui l'a reçu en versant des larmes d'attendrissement.
— On s'est beaucoup tiop pressé de donner pour étrennes , à monsieur Victorin , une montre d'or. Victorin l'a déjà ouverte et refermée tant de fois, a voulu la monter si souvent, et l'a tant touchée, tourmentée, en dehors et en dedans, que le grand ressort est cassé, les aiguilles toutes tortillées, et deux ou trois roues édentées.
— On entend depuis quelque temps à Paris, un jeune pianiste nommé Alkan. Il est âgé de neuf ans et dix mois. Dans un concert, qu'il a donné dernièrement, il a exécuté, avec une inconcevable supériorité, les morceaux les plus difficiles. Sa sœur âgée de onze ans et son élève , a exécuté avec lui un morceau à quatre mains, qui a fait le plus grand plaisir.
— 11 a été parlé, dans mon avant dernier numéro, d'une jeune personne de qui la mère a exigé qu'elle fît elle-même, au bon Génie, l'aveu de quelques torts. J'ai reçu, cette semaine, de la même correspondante, une nouvelle lettre qui m'a fait grand plaisir, parce que j'ai vu qu'elle persistait dans ses bonnes résolutions et qu'elle avait déjà fait d'heureux progrès dans sa conduite. Je l'en félicite, et l'engage à persévérer. Autant il m'est doux de lui rendre ce témoignage, autant j'éprouve de peine en apprenant qu'une autre de mes jeunes abonnées n'écoute aucun conseil, et ne veut faire nul effort pour se corriger de travers, qui déparent et étouffent beaucoup dequalités heureuses dont elle est douée. C'ette jeune personne ignore sans doute que l'indocilité envers ses parents et envers sa gouvernante est un acte d'ingratitude; que l'emportement souUle l'âme et reiul hideux les traits les plus délicats; que la présomption est le propre de l'ignorance et de la médiocrité; qu'une personne de 1 1 ans qui prétend op])oser ses opinions à celles des personnes âgées mérite qu'on se moque d'elle; enfin, que l'envie de briller, qui est , à tous les âges, une manie désagréable et choquante, est un ridicule extrême de la part d'un enfant. Pauvre Maria ! que je suis chagrin d'être obligé de dire tout cela ! Et ce n'est pas tout encore; on exige que je dise aussi où elle demeure. Oh! pour cette fois
je ne le dirai qu'en abrégé, rue de M , n" i , et
j'espère bien n'être pas dans le cas de le répéter en toutes lettres. Oui , j'en suis sur, Maria va réfléchir et faire tous ses efforts pour se corriger. Maria ne sera point offensée de cet article, mais elle se jettera dans les bras de sa mère, et de ce jour commencera à s'opérer le plus heureux changement. Pauvre petite! Elle a de quoi être une si aimable enfant! Oh! combien de vœux le bon Génie va faire pour elle!
iMi'iir.iLniE LB JL'LI-S DIDOT AÎNÉ, nipniMtuR du i\oi, rue du Poiit-dc-Lodi , n" fi
23 Janvier 1825.
Le prix de l'abonnement est, jKiur Paris, de 22 francs - par au, ei de 12 francs pour six mois. Pour les départements, de 1^ francs par an, et i3 fraucà poui- six moia.
NcMÉno ob.
Bureau de l'ahonneiLeni, chez Louis ISOLAS, libraire, rue Oaupl.iQe. n» 62; ei chez les principaux libraires ta directeurs des postes det départements.
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