LA ROSIÈRE
Ma correspondance a pris, depuis quelque temps, une grande activité. Il est tout naturel que cela me fasse beaucoup de plaisir; mais j'espère que tous mes lecteurs s'en féliciteront comme moi, en lisant la lettre suivante, que je viens de recevoir :
« Follcmbray, ce 1*=' juillet 1835.
11 J'ai trouvé votre correspondante de Reims liien heureuse, et pour avoir le même plaisir, je vous prie, mon bon Génie, de me permettre aussi de vous parler d'un couronnement dont j'ai été témoin, il v a quinze jours; c'est celui de la Rosière. .\ Salency on couronne tous les ans une jeune fille qui est reconnue nour la nlns sage du vill^je. II fnut qu'»-lle :.^î-- 'r, Imit ans; qu'elle ait toujours été respectueuse enveis ses parents, aimable et douce avec tout le monde. Il faut que ses parents et elle soient nés dans l'endroit, et que toute la famille soit composée d'honnêtes gens. D'abord elle est menée à l'église par deux jeunes personnes très distinguées. Lorsqu'elle est arrivée, on l'encense-, puis on lui donne une belle couronne de roses roses, à laquelle sont attachés une grosse bague d'argent et un grand ruban bleu, comme celui des princes. C'est Louis XIII qui a donné aux Rosières la permission de le porter. Je crois que c'est pour montrer que la vertu est une vraie noblesse. Elle se place au milieu du chœur, sur un beau fauteuil de velours rouge, tandis que les demoiselles qui l'accompagnent sont assises sur des chaises de paille. C'est Monseigneur l'Ëvêque de Beauvais qui l'a couronnée. Il lui a dit <iue cette couronne n'était qu'une figure de celle qu'elle aurait dans le ciel. On l'a menée ensuite dans un champ, oii on lui a donné du fil, des aiguilles, du pain, du vin, un sifflet, une flèche et du fromage. Vous qui êtes si savant, mon bon Génie, voudriezvous m'expliquer tous ces symboles, s'il vous plaît? Puis on a reconduit la Rosière chez ses parents. L'en-
trée de la cour était ornée d'un bel arc de triomphe qui portait cette inscription : récompense a la vektu. I! y avait dans la cour un beau festin, dont on a fait les honneurs, d'abord à la Rosière, et ensuite à tous ceux qui étaient là.
" Voila , mon bon Génie, ce que je puis vous dire à ce sujet. Je vous prie de vouloir bien me permettre, si je vois encore quelque cérémonie de ce genre, de vous l'écrire.
■( J'ai oublié de vous dire, mon bon Génie, que la jeune fille avait l'air si modeste, qu'elle n'a pas tourné les yeux pendant toute la cérémonie qui a duré trois heures.
Il Croyez, mon bon Génie, à l'affection, etc.