LES POURQUOI? OU LE QUESTIONNEUR
C'est un penchant très louable, sans doute, que celui qui porte à s instruire et à rechercher l'explication de ce qu'on ne comprend pas. Néanmoins tout a ses bornes, et la meilleure preuve d'un esprit juste, est de reconnaître celles qui séparent notre faible intelligence de la puissance du créateur, et de respecter sans murmure le mystère dont il lui piait souvent d'envelopper ses œuvres.
Ce n'était pas ainsi que raisonnait le jeune Roland de Sinville. Chez lui, la curiosité était moins un besoiii qu'une habitude. Il commençait rarement la ecnversation autreiuent que par u Pourquoi donc?...» et multipliant ses questions jusqu'à ce qu'il eût poussé à bout !a personne à laquelle elles s'adressaient, il ne manguait pas de témoijjner son impatience, s'il n'obtenait pas une satisfaction complète. M. de Sinville, en se promenant à la campagne avec son fils, lui permettait de l'interrompre par des questions qui pouvaient avoir un but intéressant; mais il se réservait, en même temps, le droit déterminer l'entretien, quand il le jugeait à propos, par cette phrase: .1 Je ne puis, ou ne veux pas répondre à ce que tu me demandes. »
Un jour qu'ils étaient assis près d'un rosier dont
les boutons étaient couverts d'un nombre infini de petits pucerons, Roland aperçut, au pied de ce rosier, une énorme fourmillière. » Quelle multitude d'insectes dans un si petit espace! s'écria-t-il ; pourquoi donc Dieu en a-t-il créé eu si grande abondance? — Tu ne vois rien, lui répondit son père. La mer, l'air, le sein de la terre contiennent des animaux qu'il est impossible de nombrer. Un seul hareng femelle dépose au moins dix mille œufs. Une grande quantité de vers, de mouches, naissent le matin pour mourir le soir, après en avoir pondu des milliers. Au nombre infini d'êtres vivants qui existent dans une fleur, qui paissent sur un brin d'herbe, il faut ajouter encore ceux qui vivent dans le corps d'autres animaux, ceux qui éclosent dans les matières corrompues, enfin les armées d'animalcules qui voltigent dans l'air et se jouent dans les rayons du soleil. »
Roland, moins frappé de cette prodigieuse énumération que de n'avoir pas reçu une réponse directe à sa question, revint à la charge. » Mais cela ne m'es-^^^^^__,^ pHque pas, dit-il, pourquoi Dieu a créé tant d'au>^\^iB«^ maux de toute espèce. — Dieu , répondit M. de Sinvi^e , , ' n'a pas jugé à propos de faire connaître à l'hoiimie ses motifs, et tu feras bien, mon ami, de t'en te.^ir a l'admiration que ses œuvres inspirent, sans cherèlier à en pénétrer le mystère. Du petit au grand, chaque ^, ,',,■;
autorité a ses secrets, et sans comparer les miens à ceux de la divinité, je prends la liberté, comme elle, de te cacher quelquefois le motif de mes actions. Par exemple, tu n'as point oublié que, l'an passé, je te fis subitement changer de pension, sans répondre aux nombreux pouniuoi donc? auxquels ce changement donna lieu. Tu ignoras alors que j'avais découvert, dans celui de tes camarades que tu paraissais préférer, des principes et un caractère qui me firent redouter pour toi son exemple et son intimité. L'autre jour encore, lorsque je t'emmenai précipitamment de chez ta tante, je jugeai inutile de te dire que je venais d'apprendre qu'une maladie contagieuse régnait dans le village, et que les deux enfants du garde en était atteints.— Ah! mon bon père, interrompit Roland, vous veillez toujours sur moi; vous êtes ma providence. — En effet, de bons parents doivent la représenter ici bas. Mais les hommes, ainsi que les^ enfants, ne réfléchissent pas assez que la manie de tout approfondir et de vouloir toujours raisonner sur ce qui est hors de leur portée, conduit souvent à l'ingratitude, et qu'une confiance parfaite en la bonté paternelle doit réprimer toute curiosité. — Il est vrai, dit Roland qui avait écouté avec attention; il est vrai, mon père, que mes questions sont souvent absurdes, et désormais je tâcherai que vous n'en soyez plus fatigué. Cependant , j'aurais bien voulu savoir pourquoi... — Encore un poinquoil s'écria M. de Sinviiie... Allons, je te passe encore celui-ci. — Eh bien... pourquoi Dieu m'a-t-il fait si questionneur? — Pour cette fois, répondit son père, il m'est fiicile de te répondre. Dieu ne t'a point fait avec ce penchant plutôt qu'avec un autre. Le germe de ce qui est bien et de ce qui est mal est en nous : nous avons la liberté de choisir, et notre conscience nous indique le choix que nous devons faire. Ce n'est donc point la divinité qu'il faut accuser, si nous nous égarons avec ce conseiller si sûr qu'elle nous a donné. Consulte-le souvent, mon fils, c'est un moyen de rendre profitable ton penchant aux interrofïations. **.
MOTS A LOREILLE
SOUFFLÉS PAR LE BON GÉiNIl-;.
^ Celui qui , pour se dispenser d'apprendre, dit qu'il ii'a pas de mémoire, ressemble à un ouvrier maladroit qui se plaint d avoir un mauvais outil.
% Tâcliez d'apporter à l'étude autant d'ardeur qu'à vos jeux; vous verrez combien vus progrès seront rajiidcs.
(| Il y a des gens qui, à les entendre, veulent tout apprendre, tout faire, et qui cependant ne font rien et n'apprennent rien; c'est qu'ils entreprennent tout avec légèreté et abandonnent tout de même; ce sont des inconstants.