‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 78 sur 136 · LA POLTRONNERIE · texte numérisé non relu

LA POLTRONNERIE

La gouvernante de Charles XII, roi de Suède, conduisant ce prince encore enfant à la promenade, voulait l'empêcher d'entrer dans un bois fort humide. Comme il insistait, elle imagina de lui dire que le taillis était rempli de serpents qui le yiijueraient. "Donne- moi une baguette, répondit l'enfant sans se déconcerter, et je les tuerai. »

Ce trait, par lequel s'annonçait déjà le courage qui distingua ce prince guerrier, était raconté devant le

jeune Adrien P , qui venait précisément de lire

l'histoire des guerres de Charles XII et de l'empereur

de Russie, Pierre-le-Grand. Or, lejeune Adrien P

était soupçonné, dans sa famille, d'un peu de poltronnerie. " Eh bien, Adrien, lui dit sa mère, auraistu autant d'assurance que Charles XII? — Je me garderais bien de l'imiter, dit-il; car je ne suis pas destiné à commander des armées, et ce serait une grande sottise à un simple particulier de rechercher la célébrité comme un grand capitaine. "

La mère d'Adrien allait sans doute lui répondre qu'on était encore bien loin du chemin de la célébrité pour n'être pas un poltron, lorsqu'un bruit qu'on entendit dans le feuillage sous lequel ils étaient assis, fixa leur attention. Adrien écouta et se leva tout effrayé. Le bruit parut se rapprocher, et quelque chose glissa entre les herbes qui croissaient dans ce lieu.

Que croyez-vous que fit Adrien? Il s'eufuit.

M°" P , en levant les yeux, aperçut que l'objet

de sa frayeur était un joli petit écureuil qui, lui-même fort épouvanté, était descendu d'un arbre pourgrimper sur un autre. Elle revint tranquillement à la maison, et dit à son fils, qu'elle trouva honteux comme on peut le croire: (i Si tu étais plus grand, je serais inconsolable que tu eusses pu m'abandonner dans un danger quelconque. Mais je ne vois ici que l'habitude irréfléchie de céder h une poltronnerie que l'âge rendrait inexcusable, et dont tu dois commencer à sentir les conséquences. — t>h! oui, répondit Adrien, éclairé par une réflexion de son coeur, je le sens uiaintenaiit, le courage est toujours mile; car si l'on se trouve bien rarement appelé par le sort à gagner des batailles, chaque jour peut offrir à un fils l'occasioii de protéger et de défendre sa mère.

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