‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 79 sur 136 · LA GIŒNOUILLE ET LA FAUVETTE · texte numérisé non relu

LA GIŒNOUILLE ET LA FAUVETTE

FABLE

Je vais conter un fait qu'on aura peine à croire. Se peut-il? dira-t-on ; vraiment! vous l'avez vu?

Non, mes cliers amis, mais j'ai lu,

Dans un gros livre, cette histoire.

J'ai bien été d'abord tenté De douter, connne vous, de sa réalité; Mais après tout, pourquoi serait-elle incroyable?

Et de quoi n'est-on pas capable

Quand on a bonne volonté?

Auprès d'un petit marécage,

Un arbre touffu s'élevait;

Voltigeant sous son vert feuillage,

Une fauvette gazouillait

Et charmait tout le voisinage.

Un son rauque, partant du milieu des roseaux ,

Vint interrompre son ramage :

« Ma sœur, que vos accords sont beaux! »

Dit la grenouille à la fauvette;

Il Que votre chant est pur et doux !

Que je voudrais avoir du talent comme vous, Pour charmer les ennuis de ma triste retraite!

Pardon; je suis bien indiscrète.

Mais vous pourriez me rendre un service important. En me donnant, ma sœur, quelques leçons de chant.»

A ces mots, il faut bien le dire.

Et sur l'arbre, et dessous les eaux.

Les grenouilles et les oiseaux

Firent un grand éclat de rire.

(1 Quoi! vraiment! elle veut chanter!

Disait-on; l'idée est trop drôle.

Lesbétes au théâtre ont maintenant un rôle, Et c'est à l'Opéra qu'elle veut débuter. L'entendez-vous d'ici? quelle excellente école!

Quel timbre ! quels sons argentins !

Et comme on lui battra des mains!

— Je ne me fâche point de la plaisanterie;

Vous pouvez rire, mes amis.

Dit la grenouille; mais je fus toujours d'avis Qu'on réussit à tout , quand on a bonne envie.

— Eh bien , dit la fauvette , il faut d'abord songer A corriger en vous un défaut de nature;

11 faut adoucir et changer Cette voix rauque , fausse et dure.

Essayons : quant à moi , je puis bien m'engager , Soit dit sans vous fâcher, Madame, A savoir quelque jour nager, Si vous chantez jamais la gamme.

— Et pourquoi pas? lépond de son fangeux séjour

La grenouille à forte cervelle;

Soyez ma maîtresse, la belle,

Je serai la vôtre à mon tour.

Vous imiterez ma constance,

Ma volonté, ma patience.

Et je vous réponds d'un succès Capable d'étonner le bois et le marais. » La grenouille parlait avec tant d'assurance.

Que la fauvette , tout de bon ,

Se mit à lui donner leçon.

Ce fut d'abord , on le présume,

Un horrible charivari.

La pauvre élève, à chaque cri, Sans nul respect humain faussait conune un gros rhume. Enfin, elle fit tant que, petit à petit,

Son croassement s'adoucit, Sa voix devint plus pure, et flùtée, et sonore. Ainsi que du Serpent les accents lourds et longs Se transforment par fois en doux et légers sons. Elle fit une note et puis une autre encore; Elle chanta la gamme enfin sur tous les tons.

Certes, ce ne fut pas sans peine Qu'une grenouille ainsi devint musicienne ,

Et que ses merveilleux progrès Firent croire aux passants qu'au fond de son marais

Il existait une syrène.

« Pour le coup, dit-elle, à présent,

Si vous tenez votre promesse,

C'est à moi d'être la maîtresse,

Et vous nagerez, belle enfant. »

Eût-on pensé qu'une fauvette

Se serait jamais mis en tète

De nager comme un canneton?

Elle le voulut, et tint bon.

La voilà faisant la nacelle.

Voguant, serrant les doigts et soulevant son aile: Tandis que la grenouille, allant entre deux eaux Lui prétait au besoin le secours de son dos.

D'abord , elle se crut perdue, Et n'alla pas bien loin, conmie on peut le penseï .

Sans être tout-à-fait rendue;

Puis, à force de s'exercer.

Elle en fit plus, et bref, parvint à traverser

Du marais toute l'étendue.

Une grenouille chantant!

Une fauvette nageant !

La chose est étrange et neuve!

On ne la vit qu'une fois; Mais c'en est assez , je crois, Pour offrir à tous la preuve Que souvent difficulté ïv'eàt que faible volonté.

QUESTIONS

PIÎOPOSÉES PAR LE BON GÉ?JlE.

Je devine la pensée de mes jeunes lecteurs, beaucoup mieux qu'ils ne le croient peut-être, et je gaîjerais bien qu'ils comptent trouver aujourd'hui des questions dans leur journal. Or, moi qui u'ai d'autre envie que de faire ce qui peut leur être utile et agréable, je ne tromperai pas une attente et un désir si louables. Je les prie donc de vouloir bien répondre aux questions suivantes:

Qu'est-ce que la fermeté ?

Qu est-ce que l'obstination?

Otielle est la différence entre l'une et l'autre? J'ai fait depuis quelque temps connaissance avec de nouveaux correspondants, et j'espère en connaître de nouveaux encore cette fois-ci. Quoique ce ne «oit certes pas une petite affaire d'examiner avec une attention consciencieuse cette noml)reuse correspondance, j'y trouve tant de plaisir que je ne compte la peine pour rien , et je voudrais que le nombre de mes correspondants égalât celui de mes abonnés.

Je dois un petit avertissement à quelques uns d'entre eux qui m'écrivent trop tard, en sorte que je ne reçois leurs lettres qu'après le délai fixé. D'autres qui habitent des villes éloignées de la capitale, confient leurs dépêches à des personnes apparemment ^ .u exactes, de manière que bien que la date en soit ancienne, elles me parviennent aussi trop tard. C'est ce qui est arrivé entre autres, la dernière fois, aux lettres

de M"' Léonle D de Lyon, M"' Matliilde Q...., de

Marseille, et M. Gonzalue de iV...., de Rouvres. C'est un regret pour moi de rerevoir ainsi après coup des réponses dont j'aurais eu du plaisir à faire une mention méritée.

J'attendrai les réponses à la question que je propose aujourd'hui, jusqu'au dimanche i4 août prochain.

LE GÉORAMA.

On vient d'imaginer im nouveau spectacle qui est ouvert au public depuis peu de jours, et qui semble avoir été inventé tout exprès pour offrir à la jeunesse studieuse une récréation instructive; c'est le Géorania. (^u'on se figure une vaste sphère de quarante-cinq pieds de diamètre, environ, dans l'intérieur de laquelle on est introduit, et dont le contour présente à l'œil l'ensemble du globe terrestre. Trois galeries légères, supportées par de minces colonnes, sans empêcher

d'embrasser d'un seul regard cet ensemble imposant, pernietlent de se rapprocher successivement des divers points de la surface, pour y observer les détails et les accidents topograpliiques qu'on y a représentés avec be.nicoup de soin et d'exactitude. Ni les globes ordin.Tires, ni les niappe-mondes, ne peuvent donner une idée aussi juste et précise de la position relative et de retendue respective des différentes contrées de la terre; et la dimension colossale duGéorama a , de plus, l'avantage d'offrir, dans les grandes proportions de ses parties, un spectacle tout à fait neuf. Aucun lieu n'e:,t plus propre aux démonstrations géographiques; aussi n'a-t-on pas tardé à concevoir l'idée d'y ouvrir un cours de géographie, \jfee commence, en ce moment, pour les jeunes personnes, M. Loubens, professeur de S. A. 11. Monseigneur le duc de Chartres. Ce cours doit embrasser, avec quelques notions de cosmographie, la géographie physique et politique ancienne et moderne, une histoire succincte des peuples, et le récit des voyages et des découvertes. Il doit avoir lieu le mercredi de chaque semaine, de neuf à dix heures. Les jeunes personnes y seront admises par abonnement, à raison de 18 francs pour douze séances, et des cartes d'entrée seront délivrées gratui» tement aux mères ou institutrices qui y^ amèneront leurs filles ou leurs élèves. Le Géorama, situé boulevard des Capucines, n" 7, au coin de la rue de la Paix, est ouvert au public, tous les jours, depuis dix heures jusqu'à quatre. Le pri.x d'entrée est de 2 francs, et de i franc pour les enfants au-dessous de douze ans.

AVIS

Il est arrivé depuis quelque temps, au bureau du Bon Génie, beaucoup de lettres non affranchies, et même de villes très éloignées, telles que Colmar, Genève, Marseille et Perpignan. On concevra facilement que, si cela continuait, ne pouvant supporter des frais si considérables, il se verrait forcé de ne pas recevoir ces lettres là, ce qui lui causerait un grand regret. C'est pourquoi il renouvelle à ses jeunes abonnés l'invitation de lui adresser franc de port leurs petites dépéclies. ^

— Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du premier août 182/1 pour un an, ou du 1" février iSaS pour six mois, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche, 7 août pror'uain , afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

Imprimerie de JULES DIDOT AÎNÉ, iMPRiMECr. Dr boi , nie du Poiu-dc-I,odi , n° 6

DlMAHCHE, 3l JriLLEI iSaS

Le prii de rabonnemcm «t, pour Paris, de 22 fran< > par an, et de 12 francs pour six mots. Pour les depariLments, de 24 francs par an , et i3 francs pour six mois.

Bureau de l'abonnerotnl, cliez Louis Colas, libraire, rue Daupliine, n» Si; et chez les principaux libraires et ilirccteurà des postes des

^ i^,îiiti

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