‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 80 sur 136 · LE THERMOMÈTRE · texte numérisé non relu

LE THERMOMÈTRE

n a fait, jusqu'au 20 de ce mois, une chaleur excessive et peu commune dans notre climat. Comme tout le monde en était incommodé, tout le monde en parlait, et il n'est probablement pas un de mes lecteurs quj n'ait entendu dire chaque jour, pendant ce tempslà : « Le Thermomètre est monté aujourd'hui jusqu'à 26, jusqu'à 27, jusqu'à 28, jusqu'à 29 degrés, n Cela m'a valu beaucotip de questions faites, soit de vive VOIS, soit par écrit, sans compter toutes celles, plus nombreuses encore, qui m'ont sans doute été adressées mentalement : u Qu'est-ce donc que le Thermomètre? Le bon Génie devrait bien nous expliquer comment .1 indique le froid et le chaud?,, Très volontiers, mes chers enfants; et je vous prie seulement d'accorder toute votre attention à l'explication que je vais vous donner.

Je crois vous avoir déjà dit quelque part, et toutetois 11 ny a pas d'inconvénient à le répéter, que la chaleur lorsqu'elle pénètre dans un corps, écarte les par icules dont ce corps est composé, de manière quil acquiert plus de volume et occupe plus d'espace a mesure que la chaleur s'accumule au-dedans de lui. Par un effet inverse, lorsque la chaleur se retire, lorsque le corps se refroidit, ses particules, se rap:

prochent, se resserrent, de manière qu'il perd de son volume et occupe moins d'espace. Le premier de ces effets se nomme raréfaction, et l'on dit qu'un corps est raréfié par l'action de la chaleur; le second se nomme condensation , et l'on dit qu'un corps est condensé par le refroidissement.

Il faut que vous sachiez aussi que, lorsqu'un corps contient plus de chaleur que les autres corps environnants, il transmet à ceux-ci une partie de cette chaleur, jusqu'à ce qu'elle soit également répartie entre eus. Ainsi, lorsque vous touchez un corps chaud , vous sentez qu'il transmet de la chaleur à votre main; et lorsque vous touchez un corps qui en renferme moins que votre main, votre main perd une partie de sa chaleur pour la transmettre à ce corps, et c'est ce qui cause la sensation de froid que vous éprouvez.

Ceci posé, examinons comment est construit un Thermomètre. Je pense que chacun de vous, mes amis, aura facilement l'occasion d'en observer un, pour faire l'application de ce que je vais vous dire.'' Je suppose donc qu'il est sous vos yeux.

La pièce principale de cet instrument est un tube de verre terminé, dans sa partie inférieure, par une boule également de verre. Le tube est fermé à re,^c^(>lB^^^V mité supérieure. La boule est remplie d'une liqurf^ir^S^^^'iT^^ïN est de l'esprit-de-vin coloré, et cette liqueur JÀtâfL^'^î^^^'i^^

une certaine hauteur dans le tube. Le reste du tube est vide, c'est-à-dire, qu'il ne renferme point d'air.

Vous devez comprendre, d'apWs ce (jue je viens de dire tout-à-l'heure, que la liqueur contenue dans la boule, en se raréfiant ou se condensant, suivant qu'elle est plus ou moins échauffée ou refroidie, doit acquérir plus ou moins de volume, et par conséquent s'élever plus ou moins dans le tube.

Il est nécessaire que la partie supérieure de ce tube soit fermée, pour deux raisons: i°, pour que la pression de l'air n'oppose aucun obstacle à la raréfaction et aux mouvements de la liqueur; 2°, parce que l'esprit-de-vin s'évapore très facilement, et que si cette vapeur avait une issue pour s'échapper, la quantité de liqueur renfermée dans le Thermomètre diminuerait à chaque instant, ce qui dérangerait tous les calculs.

Il est nécessaire aussi que la partie du tube au-dessus de la liqueur ne contienne pas d'air, parce que la liqueur, en se raréfiant et en augmentant de volume, comprimerait cet air, et serait comprimée par lui, de manière à faire éclater le tube.

Pour retirer l'air de la partie supérieure du tube et la fermer, voici comment on s'y prend. Après avoir fait couler dans la boule la quantité nécessaire de liqueur qui s'élève dans le tube jusqu'à la hauteur convenable, on échauffe la boule assez fortement pour faire monter la liqueur jusqu'à l'orifice du tube. Vous concevez qu'alors, le tube étant entièrement rempli de liqueur, il n'y reste point d'air. Au moment où cette liqueur est prête à s'échapper par l'orifice, on expose cet orifice à une petite flamme très ardente qui amollit le verre et le fond , de manière qu'on peut en rapprocher subitement les bords. Au morne instant, on refroidit la boule; la liqueur se condense, redescend dans le tube, et en laisse la partie supérieure parfaitement vide.

Le tube, ainsi préparé, est fixé sur une petite tablette, sur laquelle on a indiqué les différents degrés de raréfactiou ou de condensation par lesquels passe le liquide en changeant de température. Voici quelle maiche on a suivie et quel moyen on a employé pour graduer ainsi cette tablette. On a pris pour limites deux points de température qui sont fixes et toujours les mêmes; la température de la glace fondante, et celle de l'eau bouillante. Ayant plongé la boule du Thermomètre dans la glace fondante, on a vu à quel endroit du tube s'arrêtait la liqueur, et on a indique cet endroit par zéro, l'uis, ayant transporté l'instrument dans l'eau bouillante, on a marqué du nombre 80, le point où est arrivée la liqueur en se raréfiant. On a ensuite divisé tout l'espace intermédiaire en quatre-vingt parties égales, qu'on a appelées degrés. Au-dessous du zcro, ou a tracé d'autres degrés égaux

aux premiers, et qui indiquent l'état de la température au-dessous de la glace fondante, c'est-à-dire, lorsqu'il gèle.

Ainsi vous comprenez que, toutes les fois que le Thermomètre est au-dessous de zéro, il fait froid, mais qu'il ne fait pas encore chaud aussitôt qu'il est au-dessus. La température moyenne, celle où il ne fait ni froid ni chaud, est de dix degrés au-dessus de zéro. C'est la température des souterrains et des caves, qui ne varie pas sensiblement suivant les saisons. Comme elle est toujours la même, il en résulte que quand l'air extérieur est très échauffé, elle nous parait fraîche, et que, quand le froid est rigoureux à l'extérieur, elle nous parait chaude. C'est ce que vous avez pu éprouver en descendant dans des caves, que vous aurez trouvées froides en été et chaudes en hiver. Si vous y aviez porté un Thermomètre, dans lès deux cas, vous auriez vu qu'il s'y serait toujours fixe à à\s. degrés à-peu-près, au-dessus de zéro.

En examinant plusieurs Thermomètres, vous remarquerez sûrement qu'ils varient quant à leur grandeur et à leur forme; mais ils n'en sont pas moins tous construits d'après le même principe, et présentent tous, dans les mêmes circonstances, des résultats analogues. Lorsque l'instrument est plus grand et que le tube contient une quantité plus considérable de liqueur, il ne s'agit que de faire les divisions plus grandes, puisque l'espace intermédiaire entre zéro et 80 a plus d'étendue.

Je ne dois pas omettre de vous dire pourquoi on se sert d'esprit-de-vin, plutôt que d'un autre liquide, pour construire un Thermomètre. C'est que cette liqueur est très subtile et ne gèle point, tandis que si l'on employait de l'eau ou du vin, ou tout autre liquide, il se congèlerait au-dessous de zéro, et cesserait d'indiquer les différents degrés de la température, passé ce terme. On emploie cependant aussi, dans beaucoup de Thermomètres, le mercure, vulgairement appelé vif-argent, qui. est un métal liquide, et qui ne gèle qu'à un degré très considérable de froid. Je vous parlerai de ce métal avec quelque détail, en vous entretenant du Baromètre, autre instrument tout différent de celui qui fait l'objet de cet article, et qui a une tout autre destination.

Vous ne manquerez pas de remarquer qu'on a iudiaué sur certains Thermomètres, dans la division entre zéro et 81), le degré de température qu'il convient d'entretenir dans les chambres de malades, dans les orangeries, dans les serres, etc. Ceci peut vous donner une idée de l'utilité de cet instrument, dont le nom indique assez l'usage, puisqu'il est formé de deux mots grecs qui signifient, l'un mesure, et l'autre c/i«laur. Sans son secours, en effet, on pourrait difficilement aprécier le degré de chaleur convenable dans

un grand nombrede circonstances. On l'emploio journellement dans l'agriculture et dans IVrononiie domestique; il est d'un usage très fréquent dans les arts; il est indispensable pour une foule d'expériences de physique et de chimie; enfin on le consulte chaque jour pour sa propre satisfaction, et pour connaître exactement la température de l'air dans lequel on vit. C'est ce qui est arrivé ce mois-ci à bien des gens, et ce qui a excité, de la part de mes jeunes amis, une curiosité très louable, que je désire avoir satisfaite en leur adressant cet article.

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