‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 9 sur 136 · DE L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

DE L'IMPRIMERIE

Vous lisez tous les jours, mes jeunes amis, des livres imprimés; je vous adresse chaque dimanche ce journal imprimé, et je n'ai pas encore songé à vous dire re que c'est que l'imprimerie et comment on imprime. Ce sujet vaut cependant bien la peine qu'on s'en occupe, car il n'est aucun art qui ait contribué, plus que celui de l'imprimerie, à répandre et ii conserver les connaissances humaines.

Jadis, avant que cet art eut été inventé, on ne pouvait multiplier les copies des ouvrages composés par les plus grands écrivains, qu'en faisant ces copies à la main. On employait à ce travail un grand nombre de copistes; mais vous concevez que de gros livres, ainsi écrits à la main, devaient coûter extrêmement cher; que par conséquent peu de personnes pouvaient les acheter et les lire; et que d'ailleurs il était impossible d'en multiplier beaucoup les exemplaires. C'est pourtant ainsi que nous ont été conservées les œuvres des .\nciens qui ont servi de modèles aux auteurs modernes. Les bibliothèques publiques et, entre autres, la Bibliothèque du Roi, renferment plusieurs de ces anciens manuscrits, que l'on regarde aujourd'hui comme très précieux, et qui sont un objet de curiosité et d'admiration. C'est d'après ceux de ces manus-

crits qui sont parvenus jusqu'à nous, qu'on a imprime^ depuis, les Saintes Ecritures en langue hébraïque, et les ouvrages classiques des Grecs et des Latins. Il est probable que, si l'imprimerie eût été connue de leur temps, nous eu aiu'ions un bien plus grand nombre, et qu'une multitude de productions anciennes ont été perdues parce qu'il n'en existait que peu d'exemplaires. Jean Guttemberg, né à Mayence, en l'année i joo, passe pour avoir été le premier inventeur de l'imprimerie. Il imagina de faire des caractères mobiles; de les arranger de manière à former des mots, des lignes, des pages; de les mouiller d'encre, et d'en faire l'empreinte sur une feuille de papier, au moyen d'une presse. Cette invention paraît extrêmement simple, et on a été cependant un bien grand nombre de siècles avant de s'en aviser. La chose sembla merveilleuse dans le principe, et pourtant vous concevrez sans peine que ces premières impressions étaient fort grossières. On a depuis perfectionné graduellement cet art admirable, et il semble avoir été porté de nos jours au plus haut degré de perfection. Je vais faire mon possible pour vous donner une idée de ce qu'il .^ est actuellement. Disons d'abord ce que sont les ea- » ractèies. -

On appelle ainsi un petit morceau dfe' .métal, de la. , hauteur d'un pouce, mince, et au bouti^aquêl^t jiîC^'

relief la figure d'une des lettres de l'alphabet. La matière métallique dont sont formés ces caractères, se nomme fonte, et est un composé de plomb ou d'ètain , et d'un autre métal appelé antimoine. On fait fondre et bouillonner cette matière sur un feu vif. Le fondeur remplit de cette liqueur une petite cuiller de fer, qu'il verse dans un moule par un trou pratiqué en dessus. iVu-dessous du moule est un morceau de ririvre, dans lequel se trouve gravée en creux la figure de la lettre. Le métal liquide y prend la forme de cette lettre, et en se refroidissant devient solide. On ouvre alors le moule, et on en retire le caractère. On fond ainsi des caractères représentant toutes les lettres de l'alphabet, les points, les virgules, les chiffres, etc.

Dans un atelier d'imprimerie, tous ces caractères sont rangés sur une espèce de pupitre, qu'on appelle casse, et qui est divisé en compartiments, dont chacun porte le nom de cassedn. Chaque cassetin est rempli de caractères représentant la même lettre. Un ouvrier, nommé compositeur, est placé devant une casse, et a sous les yeux la copie, c'est-à-dire le manuscrit qu'on veut imprimer. Il tire avec activité, de chaque cassetin, les caractères dont il a besoin, et il les range un à un sur le rebord d'une règle en fer, dont le nom est composteur. Tous les caractères ayant la même hauteur, les lettres en relief se trouvent sur un même plan, et une coulisse adaptée au composteur détermine la longueur de la ligne, qui est toujours la même pour 4Mbut un ouvrage, et qu'on iiouime j ustificalioii. Eriire les lignes, on place des petites réglettes qui les écartent plus ou moins, selon le nombre (ju'on en veut mettre à la page. Quand le composteur est rempli , on dépose sur une planche garnie de rebords, qui est la galée, les lignes composées, jusqu'à ce que la page soit faite.

Suivant que les pages sont plus ou moins grandes, il en tient plus ou moins sur une feuille de papier. Quand on en a le nombre suffisant pour faire un côté d'une feuille, on les dispose dans un carré de fer, eu les écartant convenablement avec des morceaux de bois, et on serre le tout au moyen de coins qu'on chasse à coups de marteau. Cet arrangement fait s'appelle la forme; et l'action de le faire se nomme imposer. C'est alors que commence une autre opération. La forme est port('C sous la presse, instrument que je n'essaierai pas de vous décrire, parce que la vue seule pourra vous en donner une juste idée, mais dont le nom indique assez l'usage. Un ouvrier armé de deux tampons de laine recouverts de cuir et imbibés d'une encre épaisse, en Irappe la forme, de manière que toutes les lettres en relief prennent de l'encre (i). Une.

(i)()n a roinniaci', (lf'|mis jiru , ces lnin|ions pai- tl.'s rtju- Uiaux iiu'oii (lusbr siii l;i liii'uie [xmr y (UsUiljiU'i- IViicri,'.

feuille de papier, qu'on a eu la précaution de mouiller pour qu'elle reçoive plus facilement l'impression, est posée sur un châssis mobile, qui s'abat sur la forme; le tout glisse sous la platine, c'est-à-dire la partie de la presse qui foule, et la feuille reçoit l'impression de tous les caractères. On recommence, pour une autre feuille, cette opération qui est le tirarje, et cela se fait avec une grande rapidité, en sorte qu'il ne faut que peu de temps pour avoir un nombre considérable d'exemplaires de la même feuille.

Jusqu'ici cette feuille n'est imprimée que d'un seul côté. Mais OIS, conçoit que l'opération est la même pour iqiprimer l'autre côté, avec une nouvelle forme composée des autres pages; seulement ce dernier travail porte le nom de reliration.

Quand tout est imprimé, on lave la forme, puis on distribue dans les cassetins les caractères, qui doivent servir à imprimer ensuite d'autres ouvrages.

C'est ainsi que peuvent se multiplier à l'infini les copies d'un même écrit. Je n'espère pas vous avoir donné une idée bien complète de tous les détails du mécanisme de l'imprimerie; mais je pense au moins que cet exposé peut suffire pour vous faire concevoir le principe de cet art, et pour vous mettre à même de comprendre ce que vous verrez, si vous allez jamais visiter un atelier d'imprimeur.

MOTS A L'OREILLE

(^ Kappelez-voiis qu'on ne peut être vérital)Ienient aimable, si l'on n'est simple et naturel clans SCS discours et dans ses manières.

(| Rappelez-vous, en même temps, qu'il est impossible d'être ainiable avec de la prétention et de l'affectation.

(| N'oubliez pas qu'on fera toujours beaucoup plus de cas des qualités et des talents (ju'ou découvrira en vous, sans en être prévenu, que de celles ou de ceux que vous vous efforcerez de faire paraître.

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