‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 82 sur 136 · LE BAROMÈTRE · texte numérisé non relu

LE BAROMÈTRE

Je suis bien sur que la plupart de mes lecteurs ont compté qu'après leur avoir parle' du Thermomètre, je les entretiendrais du Baromètre. C'est en effet ce que je me suis propose; et comme j'en ai un peu long à dire, je commence sans préambule.

11 n'est peut-être aucun de vous, mes amis, qui ne se soit amusé quelquefois à lancer de l'eau avec une petite seringue. Pour remplir cette seringue, vous en plongiez le bout dans un vase plein d'eau, vous retiriez le piston, et l'eau montait d'elle-même dans la seringue. Vous avez vu cela, mais vous n'avez probablement pas songé à vous rendre compte de la cause pour laquelle l'eau montait ainsi quand vous retiriez le piston. Je vais vous l'expliquer.

Je vous ai déjà appris que l'air est un corps de la nature de ceux qu'on nomme fluides; que ce fluide est pesant, et qu'en raison de sa pesanteur, l'atmosphère exerce une pression considérable sur tous les corps. Eh bien , lorsque vous retirez le piston de la sermgue, comme ce piston joint exactement tout autour, l'air ne peut pénétrer par aucune issue dans la seringue, et il s'y forme un espace vide. Alors la pression que l'air exerce par son poids sur l'eau du vase force une partie de cette eau à monter

dans- la seringue, et à y remplir cet espace vide.

C'est par le même effet que l'eau monte dans les pompes. Un gros tuyau, qu'on nommecor/jsc/epom/x', plonge dans un réservoir; un piston se meut dans ce corps de pompe, et y fait le vide; la pression que l'air exerce sur l'eau du réservoir force une partie de cette eau à monter dans le corps de pompe, et l'y tient en équilibre.

On sait, par les expériences qui ont été faites, que la pression de l'air sur un réservoir peut soutenir ainsi dans le vide une colonne d'eau de 32 pieds de hauteur, ou une colonne de mercure de 28 pouces. Le mercure étant beaucoup plus pesant que l'eau, une colonne de ce métal, de 28 pouces de hauteur, a exactement le même poids qu'une colonne d'eau de la même grosseur et de 32 pieds de hauteur. La pression de l'air équivaut à ce poids, puisqu'elle le tient en équilibre.

Cependant la force de cette pression varie un peu dans diverses circonstances. Ainsi, par exemple, l^ir est souvent mélangé de fluides étrangers qui sont plus ou, moins pesants que lui, et dont la présence, par conséquent , doit rendre plus ou moins forle la pj**»^ ^; sion qu'il exerce. Lorsqu'on se transporte daijffljii, lieux élevés, sur une haute montagne, la pii>JSfc<L; •'• l'air diminue par une raison bien simple : la li^-((jçtr de la colonne d'air qui exerce cette pression selntïUu' t

en effet, alors, diminuée de toute la hauteur de la montagne sur laquelle on est monté, et par conséquent la pression doit être moins forte»

Eh bien , mes amis , le Baromètre est un instrument qui sert à mesurer les différents degrés de cette pression, ou, si vous voulez, la pesanteur de l'air; et son nom indique cet usage, puisqu'il est formé de deux mots grecs, dont l'un signifie pesanteur et l'autre mesure. Au moyen des principes que je viens de vous exposer, vous comprendrez sans peine en quoi consiste cet instrument.

Pour construire un Baromètre, on prend un tube de verre d'une hauteur de trente et quelques pouces, fermé à l'une de ses extrémités et ouvert à l'autre. On remplit ce tube de mercure, puis on place le doigt sur l'extrémité ouverte, et on renverse le tube dans un petit réservoir rempli du même métal. On retire ensuite le doigt; aussitôt le mercure descend, en laissant un espace vide dans le haut du tube, et il s'arrête dans le tube à la hauteur de vingt-huit pouces audessus du niveau du réservoir. On fixe cet appareil sur une tablette graduée en pouces, et en lignes, qui doit indiquer la hauteur de la colonne de mercure, dans les diverses circonstances où sera placé l'instrument : cet instrument est le Baromètre.

D'après ce que je vous ai dit plus haut, vous comprendrez que si on le transporte dans des lieux élevés, la colonne de mercure s'abaissera en proportion de la hauteur de ces lieux. On a observé que sur le sommet de la montagne d'Auvergne, appelée le Puyde-Dôme, cette colonne descendait de trois pouces audessous de la hauteur qu'elle avait au pied de la même montagne. Cette propriété du Baromètre offre un moyen très simple de mesurer les hauteurs, sans autre secours que celui de cet instrument; car si l'on a remarqué de combien le mercure descend pour une hauteur déterminée, il est bien aisé de calculer, d'après ses mouvements, à quelle élévation il se trouve porté dans tel ou tel autre endroit. Il est des cas oii lé Baromètre est Je seid instrument dont on puisse se servir pour mesurer les hauteurs. Ainsi, par exemple, lorsqu'on s'élève dans un ballon , il est bien sûr qu'on ne peut avoir d'autre moyen de savoir à quelle hauteur on est parvenu.

Vous entendez tous les jours que l'on consulte le Baromètre pour savoir s'il fera beau ou mauvais temps; je dois vous expliquer comment il l'indique. Je vous ai dit, il n'y a qu'un instant, que la pression de l'air variait en raison des variations de sa pesan- 'teur, lesquelles dépendent de la présence des fluides étrangers qui peuvent être répandus dans l'air. On a observé ces variations sur le mercure du Baromètre, et l'on a reconnu qu'elles étaient effectivement de nature h présager les changements qui pouvaient arri-

ver dans l'état de l'atmosphère. Lorsque le temps est couvert de nuages, il n'est pas difficile de prévoir qu'il pleuvra; mais lorsque le ciel est serein et l'air parfaitement transparent, la pluie est quelquefois très prochaine aussi , et alors le Baromètre l'indique. Voici comment : lorsque l'eau à l'état de vapeur est répandue dans l'air, elle n'altère point sa transparence et sa pureté apparente ; mais comme elle est plus légère que lui, elle diminue sa pesanteur, et il en résulte que la pression de l'air devient moins forte et que le Baromètre baisse.

Lorsque la vapeur d'eau se sépare ensuite de l'air pour former les nuages et retomber en pluie, le Baromètre devrait remonter, s'il n'arrivait pas encore, pendant un certain temps, de nouvelle vapeur qui continue de se mêler à l'air et de diminuer sa pesanteur naturelle. Ce n'est que lorsque toute cette vapeur s'est séparée de l'air, et qu'il ne s'en forme plus qui se mêle à lui, que le mercure remonte ; alors il annonce le retour prochain du beau temps, quand même on aperceviait encore quelques nuages.

Il ne faut pas croire cependant que le Baromètre soit toujours un oracle, et vous avez sûrement entendu dire qu'il trompait quelquefois. En général, lorsque ses variations sont lentes, on ne peut guère en tirer de conséquences ; mais lorsqu'il passe subitement d'un état à un autre, il est rare que ses indications soient fausses. Lorsqu'il baisse, il annonce le vent et la pluie, quelquefois assez long-temps d'avance; et lorsqu'il monte rapidement, on peut, avec assez de certitude, compter sur le beau temps. Cette propriété en fait un instrument d'une grande utilité, soit pour les agriculteurs, lorsqu'il s'agit de retarder ou de hâter les travaux de la campagne, soit pour les voyageurs qui ont un grand intérêt à le consulter.

Je ne dois pas omettre de dire que les mouvements de la colonne de mercure sont circonscrits dans un espace assez limité. La hauteur moyenne en France est de 27 pouces et demi environ; elle ne descend guère au-dessous de -2.6 pouces, et ne s'élève pas audessus de 2C) : en sorte que le mercure ne se meut pas dans un espace de plus de trois pouces.

On a imaginé une forme de Baromètre qui peut servir d'ornement dans les apparlesnents; c'est une espèce de tableau sur lequel est tracé un cercle gradué. Au milieu, se meut une aiguille qui suit sur ce cercle les indications de l'état de l'atmosphère. Vous comprendrez facilement connnent se meut cette aiguille. Le tid)e est placé derrière le tableau; au lieu de plonger dans un réservoir, il est recourbé dans sa partie inférieure, de manière que la pression de l'air s'exerce sur la branche ouverte. Un petit poids est posé sur le mercure dans cette branche ouverte. A ce poids est attaché un fil qui va passer sur une poulie

placée au milieu du cercle, et qui tient à l'aiguille qui est devant. Ce fil supporte, de l'autre côté de la poulie, un second poids capable de le faire appuyer sur cette poulie assez fortement pour la faire tourner. Vous concevez que le poids qui appuie sur le mercure doit suivre tous les mouvements de ce métal , et qu'alors le fil doit faire tourner en effet la poulie. Comme celle-ci tient à l'aiguille, il est clair que les mouvements dans lesquels l'aiguille est entraînée sont conformes à ceux du mercure, et les indiquent en avant du tableau. Ce Baromètre ne diffère du premier que par la forme, et donne tous les mêmes résultats.

Vous savez maintenant, mes amis, ce que cest qu'un Baromètre, et vous voyez qu'il faut bien se garder de le confondre avec le Thermomètre, comme cela arrive quelquefois aux personnes qui n'ont aucune idée de ce que sont ces deux instruments.

Je voulais vous donner aujourd'hui , à l'occasion du Baromètre, quelques notions sur le mercure comme métal ; mais j'ai été entraîné trop loin, et je suis forcé de réserver ce sujet pour un autre article. Je crains bien que celui-ci ne soit un peu sérieux, et difficile à comprendre pour les plus jeunes de mes lecteurs; mais j'ai dû céder au désir que m'ont exprimé quelques uns des plus avancés d'entre eux. J'espère que ceuxci m'en sauront gré, et que les autres ne m'en voudront pas de les avoir peut-être ennuyés aujourd'hui.

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