LES JEDNES FILLES ET LES FLEURS
Plusieurs jeunes personnes confiées à une institutrice qui ne les quittait jamais, se promenaient un jour dans un beau jardin resplendissant de l'éclat de raille fleurs. Tandis que la surveillante de ce joli troupeau s'occupait à broder, et que ses élèves folâtraient autour d'elle, une société vint à passer. » Voici, dit une des dames qui la composaient (et assez haut pour être entendue), un parterre de fleurs plus joli vraiment que celui qu'entretient ici le jardinier. » Ce compliment ne déplut point à celles qu'il désignait, et leur donna l'idée de s'approprier chacime le nom d'une des fleurs qui les environnaient, u Moi, je voudrais être la tubéreuse, dit une jeune fille blonde extrêmement délicate, parce qu'elle demande des soins et vaut la peine d'être recherchée. — Oh, moi, dit une petite espiègle que la nature n'avait pas douée d'une jolie figure, je serai la violette: elle n'est ni belle ni remarquée; mais on est averti de sa présence par son parfum. C'est l'emblème de l'esprit. —Ce beau lis me plaît, ajouta une troisième jeune personne, dont la taille était aussi élégante que majestueuse; il domine toutes les autres Heurs; par-tout il obtient l'hommage des poètes; il est l'image de la royauté. — Quant à moi, dit à son
tour une quatrième pensionnaire dont la figure était charmante, mon choix est fait; il se fixe sur la rose.», Elle rougit un peu en achevant ces mots, et il est permis de supposer que ce fut par un mouvement d'amour-propre plutôt que de modestie. "On sait, ajouta-t-elle, qu'elle réunit le parfum au coloris et à la beauté des contours. Je ne conçois pas qu'on puisse à côté d'elle regarder une autre fleur, d ]1 restait un« cinquième jeune personne, qui, s'approchant d'un petit pécher couvert de fleurs, en cueillit une et dit: "Celle-ci sera la mienne; car elle n'est pas plus faite pour briller dans un parterre, que moi pour être remarquée dans un salon. » Ses compagnes commençaient à railler Juliette (c'était son nom) sur la singularité de son choix, et l'institutrice, tout en paraissant attentive à sa broderie, n'avait rien perdu de la conversation, lorsque tout-à-coup un orage, dont le ciel depuis quelque temps était surchargé, annonça sa présence par un coup de tonnerre. Les jeunes filles, réunies en un clin d'oeil autour deleur ma îtresse, s'enfuirent avec elle vers un pavillon qui leur offrit un abri. L'orage fut violent, et accompagné d'un ouragan qui courba jusqu'aux arbres et déracina plusieurs arbrisseaux. Une pluie abondante lui succéda, et, lorsque l'azur du firmament reparut, notre petite troupe effrayée se hasarda timidement à gagner la porte du jariin. Il fallait, pour y arriver, passer devant ce parterre, peu d'instants avant objet de comparaisons si flat.fcuses pour la vanité de nos jeunes personnes, qui , ainsi qu'on a pu le remarquer, en avaient une assez bonne dose. Quel spectacle les attendait! Tout était ravagé. Le lis, penché sur sa tige, ne dominait plus les autres fleurs, et la rose, cette reine qui fixait tous les regards, qui réunissait tous les suffrages, avait été la première effeuillée. " Oh ! ciel ! s'écrièrent les jeunes filles, quelle triste image! quel pénible rapprochement! — Il est trop vrai, leur dit l'institutrice qui les avait entendues, que les fleurs, fraîches et passagères, sont ici-bas l'image de la jeunesse et de la beauté. Leur éclat, leur parfum peuvent encore servir de comparaison aux charmes de l'esprit et à tous les agréments qui, en général, fixent l'attention de la multitude; mais l'adversité, la maladie, le temps, amènent toujours, plus ou moins tardivement, l'effet qu'a produit l'ouragan. Que reste-t-il maintenant de ces fleurs que vous avez vantées? A peine, sur la terre jonchée de leurs débrii, peut-on dire avec certitude, elles étaienl là. Le choix de votre compagne Juliette a été plus sage que les vôtres, et vous offre une utile leçon ; car l'orage a bien emporté les fleurs du pêcher; les pétales sonttombés; mais le fruit est resté et se développera. Il en est ainsi des qualités solides et des bonnes actions ; elles portent des fruits dont la maturité console d'avoir vu leur fleur s'effeuiller, **,