LE SONGE DU BUCHERON
Vax revenant du bois, un bon vieux bûcheron,
Près d'une petite rivière ,
A deux cents pas de sa chaumière ,
S'étendit sur un vert gazon.
Il avait déposé son faix et sa cognée;
Et là, bien fatigué, bien las, En cherchant le repos, il commença tout bas A récapituler sa pauvre destinée.
« Voilà, dit-il, j'ai soixante ans;
i< J'ai travaillé toute ma vie:
i( Usé par le labeur, mon corps sans énergie
Il Se courbe, et mes cheveux sont blancs. '• Hélas! je n'en ai pas acquis plus de richesse;
Il Mais j'ai vu grandir mes enfants, i. Et je serais heureux, si d'un peu de bon temps 11 Le ciel favorisait les jours de ma vieillesse. » Tout en disant ces mots, son front s'appesantit.
Et le vieux Simon s'endormit.
A peine le sommeil eut fermé sa paupière ,
Qu'il crut voir un petit bateau , Conduit par un pécheur, quitter le bord de l'eau , Et, pour venir à lui, traverser la rivière. Bientôt, dans ce pécheur, le pauvre bûcheron
A reconnu son saint patron.
Alors, tout en rêvant, par trois fois il se signe:
Il Qui peut , dit-il , grand saint Simon , *
Il Qui peut me procurer cette faveur insigne?
Il — Écoute, répond le pécheur" -
Il J'apporte un céleste message :
11 Le travail jusqu'ici dut être ton partage; 11 Tu t'es , sans murnmrer, soumis à sa rigueur ;
li Eh bien , ajiprends donc que d'avance
Il Le ciel , à ton obéissance.
Il A ton courage, à ton ardeur,
Il Préparait une récompense.
u Au repos bien acquis livre-toi désormais; 11 Deux anges prendront soin de ta douce existence. u Tu vas, en t'éveillant, en avoir l'assurance;
11 Tu n'emporteras pas ton faix. »
A ces mots le bateau s'éloigna de la rive.
Et disparut en un moment,
Comme une vapeur fugitive
Que dissipe un souffle du vent.
IjC bûcheron s'éveille, il regarde, il s'étonne : Près de lui , le gazon est parsemé de fleurs ; On a tnis sur son front une verte couronne; l'^t pour le garantir des brillantes chaleurs,
Un petit berceau de feuillage Est formé sur sa tête et la couvre d'ombrage.
Il n'aperçoit plus son fardeau ; Mais il trouve, à la place, une fraîche corbeille lienfermant quelques fruits, un flacon, un gâteau.
Il Quoi donc? est-il vrai que je veille? "
Dit-il en se frottant les yeux ;
u Ah ! ceci n'est point un mensonge,
11 Et je comprends le sens du songe
11 (^ui me fut envoyé des cieux.
Il Mes enfants! mes enfants! mon Tony, ma Justine, II Vous êtes ces appuis que le ciel me destine ; II Je vous ai reconnus, ah ! ne vous cachez pas,
Il Votre père vous tend les bras. »
Derrière un vaste chêne, et la sœur, et le frère S'étaient blottis tous deux, et tous deux, tendrement. Observaient du vieillard le doux étonnement. Ils volent, à sa voix, sur le sein de leur père: Il Mon père, dit Tony, vous n'irez plus au bois; Il Votre absence aujourd'hui nous éta'ît trop cruelle, 11 Nous avons csaint pour vous! je suis fort, j'ai du zèle, u Et je puis travailler, à moi seul, pour nous trois.
11 — Oh! oui, dit Justine attendrie,
u Vos deux enfants vous serviront; Il II faut vous reposer. Promettez , je vous prie.
Il Qu'ils ne verront plus, de ce front,
11 Couler la sueur que j'essuie, n Le bûcheron ému la pressa sur son cœur ;
Puis, pour regagner la chaumière, La jeune fille offrit un bras à son vieiLX père;
Tandis que Tony, plein d'ardeur, Marchait devant , heureux et fier de sa journée.
Portant le faix et la cognée.
Oh ! la vilaine et triste chose que la colère! Combien je plains une jeune personne qui a le malheur de s'y abandonner ! J'ai éprouvé dimanche dernier un grand chagrin. Je me reposais aux Tuileries à l'ombre d'un vieux oranger, autour duquel jouaient plusieurs jeunes personnes. Quelques unes m'étaient connues sans me connaître, et je me plaisais à être témoin de leurs jeux. Tout-à-coup, j'entends des cris, des pleurs, et je vois une de ces jeunes filles (c'était la plus grande), le visage contracté, enflammé, et ne pouvant articuler que des mots entrecoupés. Je pensai d'abord qu'elle s'était blessée; mais je m'aperçus bientôt que c'était un accès de colère, provoqué par une malheureuse plaisanterie de son frère. Ses cris attiraient l'attention publique, et l'embarras de sa bonne et indulgente mère était extrême. J'allais joindre mes efforts aux siens; mais l'affliction m'en ôta la force, lorsque je reconnus, dans cette jeune personne toute défigurée,
une de mes plus anciennes abonnées! Je ne veux
point la nommer, et je forme des vœux ardents pour que ce récit lui fasse faire des réflexions sérieuses, et lui inspire une bonne résolution. Je suis sorti bien triste des Tuileries.
Je reçois trop tard une lettre remplie de détails sur un affreux désastre arrivé à Salins. Je regrette d'être obligé de la renvoyer au numéro prochain.
iMPiiDiEnic UE JULES DIDOT AINK, iMPRiMeiin Dii noi ,
(lu l'oni-ile-Loill
DlMA^CHE, i4 AouTiS^S.
Le pr
de l'abonnemeiu
csl, pour Paris, d
par :
eide
franc francs pou
mois. Pour les dciiarle menis, de 24 francs par an et i3 francs pour six mois.
ir ANKK.E. N" 16.
Bureau Je rabonnement, clicz Louis Colas, libraire, rue Daupliiiie , n" Sa; ei chez les principaux bbraires cl directeurs des posles dca départements.
ILl ®©M (EÉMai